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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2301952

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2301952

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2301952
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. B E contestant la décision 48 SI du 28 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de l'auteur de l'acte, la délégation de signature étant régulière. Il a également jugé que le moyen tiré du défaut d'information préalable pour les infractions des 13 et 15 avril 2021 n'était pas fondé, les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ayant été respectées. La solution retenue confirme la légalité de la décision ministérielle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 juillet 2023, M. B E, représenté par Me Ali, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée 48 SI du 28 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté la perte de validité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de restituer son permis de conduire ainsi que d'annuler les décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions constatées les 5 décembre 2016, 20 août 2017, 27 novembre 2017, 16 avril 2019, 15 mai 2019, 14 mars 2021, 9 avril 2021, 13 avril 2021 et 15 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui restituer son permis de conduire assorti d'un capital de douze points, dans un délai de 10 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil en renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision 48SI du 28 février 2023 est signée par une autorité incompétente ;

- les retraits de points à la suite des infractions relevées les 13 avril 2021 et 15 avril 2021 sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'une information préalable ;

- les infractions commises les 13 avril 2021 et 15 avril 2021 ne lui sont pas imputables ;

- le stage de sensibilisation réalisé les 24 et 25 février 2023 n'a pas été pris en compte par la décision 48SI du 28 février 2023

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen portant sur l'absence d'imputabilité est porté devant une juridiction incompétente pour en connaitre ;

- pour le surplus, les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. D pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat statuant seul a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E demande au tribunal d'annuler la décision référencée 48 SI du 28 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul résultant des retraits de points à la suite des infractions constatées les 5 décembre 2016, 20 août 2017, 27 novembre 2017, 16 avril 2019, 15 mai 2019, 14 mars 2021, 9 avril 2021, 13 avril 2021 et 15 avril 2021 et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son lieu de résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision 48 SI :

2. Par une décision du 28 janvier 2020 portant délégation de signature à la délégation à la sécurité routière, parue au journal officiel de la République française du 31 janvier 2020, et accessible en ligne, le ministre de l'intérieur a donné compétence à Mme C A, cheffe du bureau national des droits à conduire, pour signer les décisions de la nature de la décision " 48SI " en litige dans la présente instance. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

Sur les conclusions relatives aux infractions commises les 13 avril 2021 et 15 avril 2021 :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

4. L'information prévue par ces dispositions constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

5. Il résulte de l'article R. 49 du code de procédure pénale que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire peut être dressé au moyen d'un appareil électronique sécurisé, qui permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". En outre, il ressort des dispositions des articles R. 49-1, A. 37-10 et A. 37-11 du même code que lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation. Le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis, qui comporte toutes les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'information légale, dès lors que seule l'indication du nombre de points dont l'infraction entrainait le retrait figurait sur la page écran présentée au contrevenant et non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Néanmoins, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Par ailleurs, quelle que soit la date de l'infraction, la preuve de la délivrance des informations exigées par la loi peut également résulter de la circonstance que le contrevenant a acquitté l'amende forfaitaire ou l'amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pu procéder à ce paiement qu'au moyen des documents nécessaires à cet effet, dont le modèle comporte l'ensemble des informations requises.

6. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. M. E a été destinataire de l'ensemble des informations préalables prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des infractions récemment commises les 14 mars 2021 et 9 avril 2021, pour lesquelles le ministre établit que l'intéressé s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire.

7. Dès lors l'omission de l'information, s'agissant du retrait des points contestés, n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver le requérant de la garantie instituée par la loi pour lui permettre d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Il suit de là que l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers l'intéressée de son obligation d'information préalable concernant les infractions des 13 avril 2021 et 15 avril 2021, et par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable pour les infractions susvisées doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'imputabilité :

8. Pour demander l'annulation des décisions susmentionnées par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré six points du capital affecté à son permis de conduire pour deux infractions au code de la route commises le 13 avril 2021 et le 15 avril 2021, toutes les deux à Tsingoni, M. E soutient qu'il n'a pas commis ces infractions dès lors qu'il disposait d'un contrat de mission valable du 30 mars 2021 au 16 avril 2021 à Châteauroux, et produit son contrat de travail pour ladite période, ainsi qu'un dépôt de plainte pour des faits d'usurpation d'identité. Toutefois, un tel moyen présenté devant le juge administratif est, en tout état de cause, inopérant dès lors qu'il n'appartient qu'au juge judiciaire, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il aurait été valablement saisi d'une requête, d'apprécier l'imputabilité de l'infraction à la demande de la personne intéressée.

En ce qui concerne le stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 24 et 25 février 2023 :

9 Il résulte du relevé d'information intégral édité le 25 octobre 2023, produit en défense, que le capital du permis de conduire de M. E a été crédité de quatre points le 26 février 2023, à la suite du stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'il a suivi les 24 et 25 février 2023. Par suite, le moyen tiré de l'absence de prise en compte de ce stage sur son capital de points doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation de la décision référencée 48 SI du 28 février 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul résultant des retraits de points à la suite des infractions constatées les 5 décembre 2016, 20 août 2017, 27 novembre 2017, 16 avril 2019, 15 mai 2019, 14 mars 2021, 9 avril 2021, 13 avril 2021 et 15 avril 2021 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

P. DLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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