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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302058

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302058

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302058
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantERNST & YOUNG, SOCIETE D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 juillet 2023 et 19 janvier 2024, la société en nom collectif (SNC) Batisolaire 6, représentée par Me Bardet, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 dans les rôles de la commune de Mauprévoir (Vienne) ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, elle ne peut être regardée comme disposant pour les besoins de son activité professionnelle, au sens de l'article 1467 du code général des impôts, de tout ou partie du bâtiment sur lequel reposent ses panneaux photovoltaïques, car cet immeuble n'est matériellement utilisé, dans son ensemble, que par l'exploitant agricole, comme l'a jugé dans un cas identique le Conseil d'État dans sa décision nos 449273, 449278, 451510 du 15 novembre 2022 ;

- à titre subsidiaire, elle ne peut être regardée comme disposant pour les besoins de son activité professionnelle, au sens de l'article 1467 du code général des impôts, des parties du bâtiment autres que sa couverture, car celles-ci sont mises à disposition de l'exploitant agricole, de sorte qu'elle n'en a pas le contrôle et qu'elle ne les utilise pas matériellement pour les opérations qu'elle effectue ; elle entend se prévaloir sur ce point de la doctrine administrative exprimée au paragraphe n° 30 du bulletin officiel des impôts référencé BOI-IF-CFE-20-20-10-10 du 12 septembre 2012, ainsi que de celle exprimée au paragraphe n° 188 du bulletin officiel des impôts référencé BOI-IF-CFE-10-30-10-20 du 3 octobre 2018, qui reprend la réponse ministérielle publiée au Journal officiel du 4 septembre 2018 à la question écrite n° 3987 de Mme A, députée ; quant à la couverture du bâtiment, elle n'entre pas dans la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises, puisque l'article 1467 du code général des impôts dispose que " la cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France, à l'exclusion des biens exonérés de taxe foncière sur les propriétés bâties en vertu des 11°, 12° et 13° de l'article 1382 " ; or, la couverture est équipée de bacs aciers et de capteurs photovoltaïques qui, en ce qu'ils constituent des immobilisations destinées à la production d'électricité d'origine photovoltaïque, sont exonérés de taxe foncière en application des dispositions du 12° de l'article 1382 du code général des impôts ; en outre, les bacs aciers sont également exonérés de taxe foncière en application des dispositions du 11° du même article, en ce qu'ils constituent des biens d'équipement spécialisés ; elle entend se prévaloir sur ce point de la doctrine administrative exprimée au paragraphe n° 10 du bulletin officiel des impôts référencé BOI-IF-CFE-20-20-10-10 du 12 septembre 2012, ainsi que de celle exprimée aux paragraphes nos 160 et 170 du bulletin officiel des impôts référencé BOI-IF-TFB-10-50-30 du 12 septembre 2012 ;

- à titre infiniment subsidiaire, la couverture du bâtiment est exonérée de cotisation foncière des entreprises en application des dispositions combinées de l'article 1467 et des 11° et 12° de l'article 1382 du code général des impôts, comme il a été dit ci-dessus, et les autres parties du bâtiment, qui sont affectées à un usage agricole, bénéficient de l'exonération prévue au 6° de l'article 1382, la présence de capteurs photovoltaïques sur sa toiture n'étant, comme le prévoit le dernier alinéa de cet article, pas de nature à remettre en cause cette exonération ; sur ce dernier point, elle peut se prévaloir de la prise de position formelle exprimée par l'administration dans deux décisions de dégrèvement notifiées à la société par actions simplifiée (SAS) Batisoleil, placée dans une situation identique.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2023, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- les conclusions portant sur la cotisation foncière des entreprises de l'année 2021 sont irrecevables, la réclamation préalable ayant été adressée à l'administration par un courrier du 18 janvier 2023, soit après l'expiration du délai de réclamation prévu à l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales ;

- les moyens soulevés par la SNC Batisolaire 6 ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Henry,

- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société en nom collectif (SNC) Batisolaire 6, dont l'objet est la réalisation et l'exploitation de centrales de production d'électricité à partir de l'énergie radiative du soleil au moyen d'équipements photovoltaïques, a conclu avec M. et Mme B, d'une part, un bail emphytéotique afin d'édifier, sur le terrain que ces derniers possèdent à Mauprévoir (Vienne), un bâtiment comportant sur sa toiture des panneaux photovoltaïques destinés à la production d'électricité, exploités par la SNC Batisolaire 6, et, d'autre part, un contrat de prêt à usage gratuit mettant cet immeuble à la disposition de M. et Mme B pour un usage agricole. La SNC Batisolaire 6 demande la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 dans les rôles de la commune de Mauprévoir à raison de 60 % de la valeur locative de cet immeuble.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : a) De la mise en recouvrement du rôle, de la notification d'un avis de mise en recouvrement ou de l'émission d'un titre de perception ; () ".

3. La directrice départementale des finances publiques de la Vienne fait valoir qu'alors que le rôle contenant la cotisation foncière des entreprises de l'année 2021 contestée par la société requérante a été mis en recouvrement le 31 octobre 2021, si bien que le délai de réclamation expirait le 31 décembre 2022, la réclamation de la société ne lui a été adressée que le 18 janvier 2023. Il résulte toutefois de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté en défense, qu'avant d'adresser à l'administration sa réclamation préalable datée du 22 décembre 2022 par voie postale, la société requérante la lui a transmise par un courrier électronique du 23 décembre 2022, comme en attestent la copie de ce message et son accusé de réception par le service des impôts des entreprises de Poitiers, soit avant l'expiration du délai de réclamation. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur le bien-fondé des impositions :

4. Aux termes du I de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée () ". Aux termes de l'article 1467 du même code, dans sa version alors en vigueur : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence () ". Il résulte de ces dernières dispositions que les immobilisations dont la valeur locative est intégrée dans l'assiette de la cotisation foncière des entreprises sont les biens placés sous le contrôle du redevable et que celui-ci utilise matériellement pour la réalisation des opérations qu'il effectue.

5. La SNC Batisolaire 6 n'utilise matériellement, pour la réalisation des opérations de production d'électricité qu'elle effectue, que les panneaux photovoltaïques, le bâtiment qui supporte ces panneaux n'étant utilisé matériellement que par l'exploitant agricole. Dans ces conditions, la société requérante ne peut être regardée comme ayant disposé pour les besoins de son activité professionnelle, au sens de l'article 1467 du code général des impôts, d'une partie du bâtiment agricole sur lequel reposent ses panneaux photovoltaïques.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la SNC Batisolaire 6 est fondée à demander la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 dans les rôles de la commune de Mauprévoir.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la SNC Batisolaire 6 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La SNC Batisolaire 6 est déchargée des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2021 et 2022 dans les rôles de la commune de Mauprévoir.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SNC Batisolaire 6 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société en nom collectif Batisolaire 6 et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Campoy, président,

M. Henry, premier conseiller,

M. Pipart, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,

signé

B. HENRY

Le président,

signé

L. CAMPOYLa greffière,

signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

signé

D. GERVIER

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