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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302088

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302088

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302088
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a été saisi par M. A, qui contestait des décisions implicites de rejet de la Mutualité Sociale Agricole du Poitou portant sur des indus d’allocation logement et de revenu de solidarité active. La caisse opposait la tardiveté de la requête. Le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable, considérant que le délai raisonnable d’un an pour contester la décision, en l’absence d’accusé de réception conforme, était dépassé. Cette solution s’appuie sur les articles R. 421-2 du code de justice administrative et L. 112-3 et suivants du code des relations entre le public et l’administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un courrier du 31 mars 2023, le tribunal judiciaire de Niort, après s'être déclaré partiellement incompétent par une décision du 5 décembre 2022, a transmis au tribunal administratif de Poitiers la requête de M. B A.

Par sa requête enregistrée le 23 novembre 2021 au tribunal judiciaire de Niort et des mémoires enregistrés les 2 août 2023 et 9 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Poitiers, M. B A doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions implicites portant rejet de son recours administratif préalable formé le 4 février 2019 dirigé contre les décisions des 21 et 30 janvier 2019 par lesquelles la mutualité sociale agricole du Poitou lui a notifié un indu d'allocation logement et un indu de revenu de solidarité active.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- il n'était pas tenu de déclarer l'intégralité de ses indemnités d'élus dès lors qu'une fraction de ces indemnités n'est pas soumise à l'impôt sur le revenu ;

- les indus en cause ne tiennent pas compte de sa séparation de fait avec son ex-épouse.

Par un mémoire enregistré le 5 janvier 2024, la caisse de mutualité sociale agricole du Poitou conclut au rejet de la requête au motif de sa tardiveté.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C ;

- et les observations de M. A, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était bénéficiaire du revenu de solidarité active et de l'allocation logement. Par des courriers des 21 et 30 janvier 2019, la caisse de mutualité sociale agricole du Poitou lui a notifié, d'une part, un indu correspondant à un trop-perçu d'aide au logement d'un montant de 2 269 euros, d'autre part, un indu correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active d'un montant de 6 538,64 euros. Par un courrier du 4 février 2019, M. A a effectué un recours administratif contre ces décisions. Par une requête enregistrée le 23 novembre 2021 auprès du tribunal judiciaire de Niort et transmise par ce dernier au tribunal administratif de Poitiers, il conteste les décisions implicites rejetant son recours administratif obligatoire.

2. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. / () ". Aux termes de l'article L. 112-6 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation. / () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : / 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; / 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; / 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévues par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'un accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont pas opposables à son destinataire.

4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. Les règles énoncées au point 4, relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 3, dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

6. Il résulte de l'instruction et n'est pas contestée par M. A que la mutualité sociale agricole du Poitou a accusé réception de son recours administratif formé le 4 février 2019, par un courrier du 29 mai 2019 sollicitant de sa part des renseignements complémentaires afin que la commission de recours amiable puisse statuer sur sa demande, renseignements que le requérant a transmis le 14 juin 2019. La mutualité sociale agricole du Poitou n'ayant pas répondu expressément à son recours, des décisions implicites du rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par M. A à l'encontre des décisions lui notifiant un indu d'allocation logement et un indu de revenu de solidarité active, sont nées le 14 août 2019, deux mois après la réception des documents permettant d'instruire son recours. Si l'administration ne justifie pas avoir accusé réception du recours de M. A, dans les conditions prévues par les textes cités au point 3, il résulte toutefois de l'instruction qu'elle lui a adressé le 19 novembre 2020 une lettre l'informant qu'elle le considérait coupable de fraude et qu'elle envisageait de lui faire supporter une pénalité, aux termes de laquelle elle rappelle également que les indus notifiés en janvier 2019 sont fondés. M. A a contesté cette décision par un courrier du dimanche 22 novembre 2020, ce qui implique qu'il en a eu connaissance, au plus tard, le samedi 21 novembre 2020. Il avait ainsi, au plus tard à cette date, connaissance du rejet de ses recours contre les indus en litige. Dès lors, M. A disposait d'un délai raisonnable d'un an à compter de cette date pour exercer un recours contentieux. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A, enregistrées le 23 novembre 2021 auprès du tribunal judiciaire de Niort, sont tardives et doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au département des Deux-Sèvres et à la caisse de mutualité sociale agricole du Poitou.

Copie en sera adressée à M. D A.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

G. C La greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Signé

S. GAGNAIRE

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