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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302108

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302108

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302108
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023, M. A B, représenté par la SCP Artaud Castillon Belfiore Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points à la suite des infractions commises les 27 janvier 2015, 3 juin 2015, 7 août 2016, 28 décembre 2016, 14 février 2019, 27 mai 2019, 11 octobre 2019, 13 janvier 2020, 14 mars 2021 et 6 mars 2023, et, d'autre part, la décision référencée 48 SI du 28 juin 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire affecté du capital de points reconstitué dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision 48 SI du 28 juin 2023 est illégale dès lors que les points qu'il a récupérés lors de son stage de récupération de points, effectué les 16 et 17 juin 2023, auraient dû être pris en compte avant qu'elle lui soit notifiée le 13 juillet 2023 ;

- les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 27 janvier 2015, 3 juin 2015, 7 août 2016, 28 décembre 2016, 14 février 2019, 27 mai 2019, 11 octobre 2019, 13 janvier 2020, 14 mars 2021 et 6 mars 2023 sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'a pas bénéficié d'une information préalable au sens des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions constatées les 27 janvier 2015, 3 juin 2015, 7 août 2016, 28 décembre 2016, 14 février 2019, 27 mai 2019, 11 octobre 2019, 13 janvier 2020, 14 mars 2021 et 6 mars 2023 n'est pas établie, dès lors qu'il a contesté les avis de contravention afférents auprès de différents officiers du ministère public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, les conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre de la décision 48 SI du 28 juin 2023 sont dépourvues d'objet compte tenu de la suppression de sa mention au relevé d'information intégral, et celles dirigées contre les retraits de points intervenus à la suite de la constatation des infractions des 3 juin 2015, 28 décembre 2016, 27 mai 2019, 11 octobre 2019 et 14 mars 2021 sont irrecevables, d'une part, les points ayant été restitués sur le permis du requérant s'agissant des infractions des 3 juin 2015, 28 décembre 2016, 27 mai 2019, et 14 mars 2021, et, d'autre part, l'infraction du 11 octobre 2019 n'ayant emporté aucun retrait de point ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme C pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler, d'une part, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points sur le capital de points affecté à son permis de conduire à la suite des infractions commises les 27 janvier 2015, 3 juin 2015, 7 août 2016, 28 décembre 2016, 14 février 2019, 27 mai 2019, 11 octobre 2019, 13 janvier 2020, 14 mars 2021 et 6 mars 2023, et, d'autre part, la décision du 28 juin 2023 référencée 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa notification.

Sur l'étendue du litige :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral édité le 30 octobre 2023, que la mention de la décision 48 SI du 28 juin 2023 n'y apparaît pas, et qu'il y est d'ailleurs fait état d'un solde de points positif du permis de conduire du requérant, crédité de deux points, à la suite de la prise en compte du stage de sensibilisation aux causes et accidents de la route qu'il a suivi les 16 et 17 juin 2023. Dans ces conditions, les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48 SI du 28 juin 2023 sont, ainsi que le soutient le ministre, devenues sans objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par le ministre de l'intérieur :

3. Il résulte du relevé d'information intégral, ainsi que le soutient le ministre en défense, que l'infraction relevée le 11 octobre 2019 n'a donné lieu à aucun retrait de point, et que les points retirés à la suite des infractions commises les 3 juin 2015, 28 décembre 2016, 27 mai 2019 et 14 mars 2021 ont respectivement été restitués au capital de points du permis de conduire du requérant les 26 décembre 2015, 16 juillet 2017, 8 décembre 2019 et 12 octobre 2021. Par suite, les conclusions dirigées à l'encontre des décisions de retrait de points afférentes à ces infractions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation restant en litige :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

5. L'information prévue par ces dispositions constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

S'agissant des infractions commises les 27 janvier 2015, 7 août 2016 et 14 février 2019 :

6. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

7. Il ressort des mentions figurant sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire du requérant qu'il a acquitté, à des dates postérieures aux infractions commises les 27 janvier 2015, 7 août 2016 et 14 février 2019 et relevées par radar automatique, les amendes forfaitaires consécutives à celles-ci. M. B n'alléguant ni ne démontrant s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au paiement des amendes relatives à ces trois infractions. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points consécutifs aux infractions relevées les 27 janvier 2015, 7 août 2016 et 14 février 2019 doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 13 janvier 2020 et 6 mars 2023 :

8. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

9. Il résulte de l'instruction, et en particulier du relevé d'information intégral, que les infractions commises les 13 janvier 2020 et 6 mars 2023 ont été constatées par des procès-verbaux dressés avec un appareil électronique sécurisé et que le requérant a payé les amendes forfaitaires correspondantes. Par suite, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers M. B de son obligation de lui délivrer les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de ces amendes. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points consécutifs aux infractions relevées les 13 janvier 2020 et 6 mars 2023 doit être écarté.

En ce qui concerne la réalité des infractions en litige :

10. Aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () / La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive () ".

11. Il résulte de la combinaison des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code la route et des articles 529, 529-1, 529-2 et 530 du code de procédure pénale que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 du code de la route dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Ainsi, l'émission d'un titre exécutoire établit la réalité d'une infraction, sans que le juge ne doive rechercher si l'intéressé a reçu notification d'un avis d'amende forfaitaire majorée.

12. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral produit par le ministre, que les infractions en litige, ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire à l'encontre de M. B, qui se borne à soutenir avoir contesté les avis de contravention correspondants " auprès de différents OMP ". Ce faisant, il ne fait valoir aucun élément de nature à mettre en doute l'exactitude des mentions du relevé d'information intégral ou à établir la présentation de requêtes en exonération ou de réclamations qui auraient été regardées comme recevables par l'officier du ministère public. Par suite, la réalité de ces infractions doit être tenue pour établie au sens de l'article L. 223-1 du code de la route.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 27 janvier 2015, 7 août 2016, 14 février 2019, 13 janvier 2020 et 6 mars 2023, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision référencée 48 SI du 28 juin 2023.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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