Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 3 août 2023, le 17 décembre 2024 et le 31 décembre 2024, M. B... A... représenté par Me Vigié, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d’enjoindre à la région Nouvelle-Aquitaine de réaliser les travaux préconisés par l’expert judiciaire dans son rapport du 22 mars 2023, à savoir le chemisage de la canalisation litigieuse et la remise en état des regards situés en pied de la canalisation métallique apparente sur son terrain, dans un délai de six mois à compter du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retards ;
2°) de condamner la région Nouvelle-Aquitaine à lui verser la somme de 9 387,15 euros, à actualiser en fonction de l’évolution de l’indice BT01 du coût de la construction depuis le 12 janvier 2023, en réparation de son préjudice matériel ;
3°) de condamner la région Nouvelle-Aquitaine à lui verser la somme de 5 000 euros au titre de son préjudice moral ;
4°) de condamner la région Nouvelle-Aquitaine aux entiers dépens ;
5°) de mettre à la charge de la région Nouvelle-Aquitaine la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
il est victime de ruissellements d’eau dans son garage et de remontée d’humidité dans les pièces d’habitation attenantes en lien avec la canalisation enterrée sous son habitation servant à l’évacuation des eaux pluviales du lycée Bellevue ;
il a subi un préjudice matériel de 9 387,15 euros, montant du devis des travaux de remise en état des deux pièces concernées, à actualiser en fonction de l’évolution de l’indice BT01 du coût de la construction depuis le 12 janvier 2023 ; il a subi un préjudice de jouissance qu’il évalue à 5 000 euros.
Par deux mémoires, enregistrés le 10 janvier 2024 et le 14 décembre 2024, la SCA Veolia Eau, représentée par Me Nouaille, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête, qu’il la déclare hors de cause et à ce que la somme de 3 000 euros soit mis à la charge de tout succombant au titre des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
à titre principale, que la canalisation litigieuse relève des ouvrages privés du lycée Bellevue, propriété de la région de Nouvelle-Aquitaine ;
à titre subsidiaire, que les travaux préconisés par l’expert excèdent ceux impartis à la société Veolia en application du contrat de délégation.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, la région de Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
sa responsabilité sans faute ne peut être engagée dès lors que ni le fait générateur lui serait clairement imputable, ni un lien de causalité entre ce fait et le préjudice et qu’en tout état de cause, le requérant avait connaissance des désordres au moment de l’achat immobilier ;
il existe une présomption de responsabilité incombant à la communauté d’agglomération de Saintes concernant l’évacuation des eaux litigieuse ;
il résulte du rapport d’expertise que la canalisation litigieuse n’est pas à usage exclusif du lycée Bellevue ;
lors d’un précédent sinistre, l’expert avait désigné la commune de Saintes comme responsable de la gestion de cette canalisation ; cette collectivité avait procédé à ses frais à des travaux sur la partie aérienne de la canalisation traversant la propriété ;
le préjudice moral du requérant n’est pas établit ;
le caractère prévisible du dommage est de nature à exonérer de tout ou partie l’indemnisation du requérant.
Par un mémoire, enregistré le 19 décembre 2024, la communauté d’agglomération de Saintes conclut au bien-fondé de la requête et que la communauté d’agglomération soit mise hors de cause.
Elle soutient que la canalisation litigieuse est la propriété privée de la région Nouvelle-Aquitaine.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Lacampagne, premier conseiller ;
- les conclusions de M. Martha, rapporteur public ;
- les observations de Me Vigier, avocat de M. A... ;
- les observations de Me Duclos, avocat de la société Véolia ;
- les observations de Me Faré, avocat de la communauté d’agglomération de Saintes ;
- et les observations de M. C..., représentant de la région Nouvelle-Aquitaine.
Considérant ce qui suit :
M. A... a acquis, en février 2018, une maison d’habitation individuelle située au 31 quai des roches à Saintes sur un terrain grevé notamment d’une servitude d’égout datant de 1961. Sa propriété est traversée par une canalisation d’eau pluviale provenant du plateau de Bellevue, en surplomb de son terrain, dans un premier temps aérienne, puis enterrée sous son habitation et la voie publique attenante. Les eaux sont déversées dans le fleuve Charente, de l’autre côté de la voie publique. Le 29 janvier 2019, il a transmis à son assureur une déclaration de sinistre après avoir constaté des infiltrations d’eau dans son garage. Par une ordonnance du tribunal administratif de Poitiers du 24 décembre 2021, a été prescrite une expertise judiciaire, étendue à la région Nouvelle-Aquitaine et à la communauté d’agglomération de Sainte par une seconde ordonnance du 19 avril 2022. Par cette requête, M. A... demande au tribunal d’enjoindre à la région Nouvelle-Aquitaine de réaliser les travaux de remise en état préconisés par l’expert et de condamner cette personne publique à l’indemniser de ses préjudices.
Aux termes de l’article R. 621-1 du code de justice administrative : « La juridiction peut, soit d’office, soit sur la demande des parties ou de l’une d’elles, ordonner, avant dire droit, qu’il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que la commune de Saintes a délégué, par un contrat de délégation de service public de février 2013, la collecte, le transport et le traitement des eaux usées et pluviales sur l’ensemble du territoire communal à la SCA Veolia Eau. Puis, en application de la loi du 21 février 2020, la compétence communale de ce service public a été transférée à la communauté d’agglomération de Saintes. Par suite, la communauté d’agglomération de Saintes et par voie de délégation, la SCA Veolia Eau sont responsables de l’entretien du réseau d’assainissement des eaux pluviales sur la commune de Saintes. Toutefois, cette responsabilité se limite au réseau public.
S’il n’est pas contesté que la canalisation litigieuse a été construite par la commune de Saintes pour les seuls besoins en évacuation des eaux pluviales de l’ancien collège de jeunes filles, aujourd’hui devenu un lycée propriété de la région Nouvelle-Aquitaine, en l’état du dossier, et en dépit d’une première expertise judiciaire dont ni la partialité ni l’étendue de sa mission n’ont été mises en cause par les parties, des doutes persistent sur la provenance des eaux pluviales déversées dans cette canalisation litigieuse et l’étendue du réseau. Ainsi, l’état de l’instruction ne permet pas d’imputer à une personne morale déterminée, le préjudice causé à M. A.... Il y a donc lieu d’ordonner avant dire droit une expertise sur les points détaillés ci-après.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de M. A..., procédé à une expertise technique.
Article 2 : L’expert sera désigné par le président du tribunal. Il accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : L’expert aura pour mission de :
1°) se faire communiquer tous documents relatifs au dommage subi par M. A... du fait de la canalisation d’eau pluviale traversant sa propriété, conformément à la servitude d’égout acté en 1961, ainsi que tous document relatif au réseau des eaux pluviales sur la commune de Saintes, y compris le réseau implanté dans l’enceinte du lycée Bellevue ;
2°) identifier l’amont de la canalisation litigieuse et la provenance des eaux pluviales déversées dans la canalisation traversant la propriété de M. A..., et de préciser si ce réseau est indépendant ou connecté à un autre réseau ; en cas de connexion avec un autre réseau, préciser son étendue ;
3°) donner toutes précisions et informations permettant au tribunal de se prononcer sur l’imputabilité des dommages subis par M. A... du fait du dommage de la canalisation litigieuse.
Article 4 : L’expert déposera son rapport au tribunal en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de sa désignation.
Article 5 : Les frais et honoraires dus à l’expert seront taxés ultérieurement par le président du Tribunal conformément aux dispositions de l’article R. 621-11 du code de justice administrative.
Article 6 : Tous droits, moyens et conclusions des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la région Nouvelle-Aquitaine, à la communauté d’agglomération de Saintes Grande Rive et à la SCA Veolia Eau.
Copie en sera adressée à la commune de Saintes.
Délibéré après l’audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère
M. Lacampagne, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2025.
Le rapporteur,
Signé
P. LACAMPAGNE
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Nouvelle-Aquitaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET