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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2302264

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2302264

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2302264
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre - JU
Avocat requérantCABINET KIRMEN & LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2023, Mme C A, représentée par le cabinet d'avocats Kirmen et Lefebvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler, d'une part, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points à la suite des infractions commises les 12 février 2019 et 21 mai 2022, et, d'autre part, la décision référencée 48 SI du 21 juin 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, ainsi que la décision par laquelle il a rejeté le recours gracieux qu'elle a exercé le 26 juillet 2023 à l'encontre de cette décision ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer son permis de conduire les points retirés et de retirer en conséquence sa décision référencée 48 SI du 21 juin 2023 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision 48 SI du 21 juin 2023 ne lui est pas opposable dès lors que les décisions de retrait de points attaquées ne lui ont jamais été notifiées ;

- les retraits de points consécutifs aux infractions commises les 12 février 2019 et 21 mai 2022 sont intervenus à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas payé les amendes correspondantes, et qu'elle n'a pas bénéficié d'une information préalable au sens des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate statuant seule a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A demande au tribunal d'annuler, d'une part, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a procédé à des retraits de points sur le capital de points affecté à son permis de conduire à la suite des infractions commises les 12 février 2019 et 21 mai 2022, et, d'autre part, la décision du 21 juin 2023 référencée 48 SI par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa notification. Elle doit également être regardée comme demandant l'annulation de la décision par laquelle la même autorité a implicitement rejeté le recours gracieux qu'elle a formé par un courrier du 26 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions portant retrait de points à la suite des infractions constatées les 12 février 2019 et 21 mai 2022 :

2. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve de la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, n'entache pas, par elle-même, les décisions de retraits de points d'illégalité. Elle a seulement pour conséquence de rendre le requérant recevable à contester la légalité de ces retraits de points. Par suite, le moyen tiré du défaut de notification des décisions portant retrait de huit et quatre points consécutivement à chacune des infractions relevées à l'encontre de Mme A les 12 février 2019 et 21 mai 2022 doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable aux retraits de points :

3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

4. L'information prévue par ces dispositions constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.

S'agissant de l'infraction commise le 21 mai 2022 :

5. Lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

6. Il ressort des mentions figurant sur le relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de la requérante, édité le 13 octobre 2023, qu'elle a acquitté, à une date postérieure à l'infraction commise le 21 mai 2022 et relevée par radar automatique, l'amende forfaitaire consécutive à celle-ci. Mme A n'alléguant ni ne démontrant s'être vue remettre un avis inexact ou incomplet, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers la titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route préalablement au paiement de l'amende. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable au retrait de points consécutif à l'infraction relevée le 21 mai 2022 doit être écarté.

S'agissant de l'infraction commise le 12 février 2019 :

7. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, la délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Toutefois, lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de cette formalité est sans influence sur la régularité du retrait de points résultant de la condamnation.

8. Il résulte de l'instruction, et en particulier du relevé d'information intégral, que l'infraction commise le 12 février 2019 a donné lieu au retrait de huit points et à la suspension immédiate du permis de conduire de la requérante, pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolique supérieur à 0,40 mg/litre, de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et de défaut d'assurance, et que la réalité de cette infraction est établie par une condamnation devenue définitive prononcée le 30 juin 2022 par le tribunal de grande instance de Bordeaux. Dans ces conditions, le défaut de délivrance de l'information préalable requise n'est pas de nature à entacher d'irrégularité le retrait de points en litige. Par suite, le moyen tiré du manquement à l'obligation d'information préalable prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne saurait, en tout état de cause, être utilement invoqué à l'encontre du retrait de points correspondant à l'infraction relevée le 12 février 2019.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A à fin d'annulation des décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 12 février 2019 et 21 mai 2022, de la décision référencée 48 SI du 21 juin 2023 et de la décision de rejet du recours gracieux qu'elle a exercé doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 18 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. GIBSON-THERYLa greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

N. COLLET

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