mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2302608 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2023 sous le n°2302608, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur régional de Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine lui a refusé le versement de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'avril 2022 à avril 2023.
Il soutient que :
- il a été privé de ses droits à l'ASS au motif qu'il ne pouvait obtenir du service des impôts une attestation de non-imposition ;
- il a été destinataire d'informations contradictoires de la part de Pôle emploi, lui indiquant, d'une part, de ne pas faire de déclaration mensuelle et, d'autre part, qu'il aurait pu cumuler une allocation mensuelle et son salaire ; il a subi un préjudice financier et a dû en conséquence confier la garde de son fils à sa mère ; suite à des problèmes de santé, il a rencontré des difficultés pour trouver un emploi.
La requête a été communiquée à France Travail Nouvelle-Aquitaine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
II. Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023 sous le n°2303198, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'enjoindre à France-Travail Nouvelle-Aquitaine de procéder à sa réinscription rétroactive sur la liste des demandeurs d'emploi au mois d'avril 2022 et de lui reverser dès lors les sommes qu'il aurait dû toucher au titre de l'ASS sur la période d'avril 2022 à avril 2023.
Il soutient que :
- il a été privé de ses droits à l'ASS au motif qu'il ne pouvait obtenir du service des impôts une attestation de non-imposition ;
- il a été destinataire d'informations contradictoires de la part de Pôle emploi, lui indiquant, d'une part, de ne pas faire de déclaration mensuelle et, d'autre part, qu'il aurait pu cumuler une allocation mensuelle et son salaire ; il a subi un préjudice financier et a dû en conséquence confier la garde de son fils à sa mère ; suite à des problèmes de santé, il a rencontré des difficultés pour trouver un emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, France travail (anciennement Pôle emploi) conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Pipart, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :
- Mme C, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n° 2302608 et n° 2303198 de M. B présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. M. A B a été inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi depuis le 26 mars 2021. Il a bénéficié de l'allocation de recherche d'emploi de cette date au 14 février 2022. Par un courrier du 21 décembre 2022, il a interrogé Pôle emploi afin de savoir pour quel motif il ne bénéficiait pas de l'allocation spécifique de solidarité (ASS). Suite à plusieurs échanges portant sur la complétude de son dossier, notamment en ce qui concerne la production de son avis d'imposition, il a fait parvenir le 24 mai 2023 son dossier comprenant l'intégralité des pièces demandées par Pôle emploi. Le 8 juin 2023, il conteste la date de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi en tant qu'elle n'est effective qu'à compter du 26 mai 2023. Après intervention du médiateur de Pôle emploi, son inscription comme demandeur d'emploi a été acceptée rétroactivement à la date du 13 janvier 2023, date du premier envoi de son dossier complet de demande d'ASS. M. B demande l'annulation de la décision implicite par laquelle Pôle emploi lui a refusé le versement de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'avril 2022 à avril 2023 et à ce que son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi soit effective au mois d'avril 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les services de Pôle emploi ont notamment pour mission, aux termes des dispositions de l'article L. 5312-1 du code du travail, de : " () 3° Procéder aux inscriptions sur la liste des demandeurs d'emploi () ". Aux termes de l'article L. 5411-1 du même code : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1. " Aux termes de l'article R. 5411-2 de ce code : " L'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi est faite par voie électronique auprès de Pôle emploi. Le travailleur recherchant un emploi qui demande son inscription déclare sa domiciliation et transmet les informations permettant de procéder à son identification. À défaut de parvenir à s'inscrire lui-même par voie électronique, le travailleur recherchant un emploi peut procéder à cette inscription dans les services de Pôle emploi, également par voie électronique, et bénéficier le cas échéant de l'assistance du personnel de Pôle emploi. ".
4. Les dispositions précitées du code du travail conditionnent l'inscription du travailleur sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par Pôle emploi à la formulation d'une demande d'inscription, puis soumettent le travailleur inscrit à des obligations telles que notamment le renouvellement de cette demande, l'acceptation d'emploi ou d'action de formation proposés, ou la réponse à des convocations. Ces dispositions font ainsi obstacle à ce que l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi soit opérée à une date antérieure à la date à laquelle la demande a été formulée, dès lors que cette inscription rétroactive permettrait aux demandeurs d'emploi effectuant tardivement leur demande d'inscription de se soustraire aux obligations afférant à celle-ci.
5. M. B, comme l'a reconnu le médiateur de Pôle emploi, a déposé un dossier complet de demande d'ASS le 13 janvier 2023, lui ouvrant droit au versement de cette allocation à compter de cette date. Si le requérant soutient qu'il avait droit à l'ASS à compter du mois d'avril 2022, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé avait bien reçu, dès le 17 janvier 2022, un courrier l'informant de la fin de ses droits à l'ARE à compter du 14 février 2022 et lui indiquant que le dossier de demande d'ASS était à sa disposition dans son espace dématérialisé et qu'il devait le renseigner et l'envoyer. Dans ces conditions, Pole emploi était fondé à ne prendre en compte son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi qu'à compter du 13 janvier 2023.
6. En deuxième lieu, Les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance ont droit, sur le fondement de l'article L. 5423-1 du code du travail, s'ils remplissent des conditions d'activité antérieure et de ressources, au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique. Celle-ci peut, en vertu de l'article L. 5425-1 du même code, se cumuler avec les revenus tirés d'une activité occasionnelle ou réduite dans des conditions et limites fixées par décret en Conseil d'Etat. Aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période ". Aux termes de l'article R. 5425-6 de ce code : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique interrompt son activité professionnelle pendant une durée minimale de trois mois, il peut bénéficier à nouveau et dans leur intégralité des dispositions de la présente sous-section ". Aux termes de l'article R. 5411-6 du code du travail : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée ".
7. Il résulte de ces dispositions que celles-ci s'appliquent lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle, quels que soient les revenus perçus de cette activité et alors même que l'intéressé n'en tirerait aucune rémunération. La rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non.
8. En l'espèce, M. B, dont il n'est pas contesté qu'il a repris une activité professionnelle au cours des mois de février, mars et avril 2023, a interrogé sa conseillère le 16 mars 2023 à propos de l'opportunité d'une actualisation au regard de sa situation. Il s'est alors vu répondre par les services de Pôle emploi qu'aucune actualisation n'était nécessaire, dans la mesure où il ne bénéficiait d'aucune allocation. Toutefois, suite à la préconisation du médiateur de Pôle emploi, l'inscription du requérant sur la liste des demandeurs d'emploi a, par une décision du 25 juillet 2023, été acceptée à compter du 13 janvier 2023. Dans ces conditions, le requérant pouvait bénéficier du cumul de l'ASS avec son activité professionnelle pendant les mois de février, mars et avril, en application des dispositions précitées, sans qu'y fasse obstacle son défaut d'actualisation, dès lors qu'il ne connaissait pas encore la date réelle de prise en compte de son inscription et ne pouvait, en conséquence, y procéder.
9. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite par laquelle le directeur régional de Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine lui a refusé le versement de l'ASS d'avril 2022 à avril 2023 doit être annulée en tant qu'elle lui refuse le versement de cette allocation pour la période du 1er février 2023 au 30 avril 2023.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement implique nécessairement que Pôle emploi, devenu France Travail, procède au réexamen du droit à l'allocation de solidarité spécifique de M. B sur la base des motifs du point 8 de ce jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à France Travail de procéder au réexamen du droit à l'allocation de solidarité spécifique de M. B sur la base des motifs du point 8 de ce jugement, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le directeur régional de Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine lui a refusé le versement de l'ASS d'avril 2022 à avril 2023 doit être annulée en tant qu'elle lui refuse le versement de cette allocation pour la période du 1er février 2023 au 30 avril 2023.
Article 2 : Il est enjoint à France Travail Nouvelle-Aquitaine, de procéder au réexamen du droit à l'allocation de solidarité spécifique de M. B sur la base des motifs du point 8 de ce jugement dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à France Travail Nouvelle-Aquitaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
R. PIPARTLa greffière,
signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
2,2303198
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