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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2303321

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2303321

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2303321
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantSCP BCJ

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a rejeté la requête de M. B, qui demandait l'annulation du refus du département de la Vienne de lui accorder une remise gracieuse de sa dette de 1 800,48 euros, correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active (RSA). Le juge a estimé que, même en supposant sa bonne foi, M. B ne justifiait pas d'une situation de précarité suffisante pour justifier une remise totale de la dette, conformément à l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles. La solution retenue est donc le rejet de la demande de remise gracieuse.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023 et des pièces enregistrées le 13 décembre 2023, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 24 octobre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a refusé de lui accorder une remise de sa dette relative à un trop-perçu de revenu de solidarité active et de lui accorder la remise totale de cette dette.

Il soutient qu'il n'était pas tenu de déclarer qu'il était marié avec une ressortissante comorienne, ni de déclarer les ressources perçues par cette dernière aux Comores.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 avril 2024, le département de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- M. B n'a pas contesté l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge et en a demandé la remise ;

- il ne démontre pas sa bonne foi ;

- il ne justifie d'aucune situation de précarité : il dispose d'un emploi et est désormais célibataire.

La requête a été communiquée à la caisse d'allocations familiales de la Vienne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme Dumont a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis février 2020 a déclaré à la caisse d'allocations familiales de la Vienne en septembre 2022 l'arrivée dans son foyer de sa fille née le 3 décembre 2020 aux Comores. L'acte de naissance de sa fille a révélé que M. B n'était pas isolé comme il l'avait déclaré jusqu'alors, mais qu'il était marié depuis le 29 juillet 2019. La prise en compte de sa nouvelle situation familiale et des ressources de son épouse a conduit à réviser les droits de M. B et a généré un indu de 1 800,48 euros qui lui a été notifié le 29 mars 2023. Par une décision du 24 octobre 2023, le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté sa demande de remise de cette dette. Par sa requête, il doit être regardé comme demandant au tribunal de prononcer la remise de cette dette.

2. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise ou de réduction d'indu de revenu de solidarité active, de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de son jugement, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.

4. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prestation sociale ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B, à supposer qu'il puisse être considéré comme de bonne foi, ne justifie pas de sa situation financière et n'établit pas qu'il se trouve dans une situation de précarité telle qu'il ne pourrait pas rembourser, de manière échelonnée, la dette demeurant à sa charge. Dès lors, il n'y a pas lieu de lui accorder la remise gracieuse qu'il demande.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B à fin de remise gracieuse doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de la Vienne.

Copie en sera adressé à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

G. DUMONTLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Signé

S. GAGNAIRE

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