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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400138

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400138

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400138
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU
Avocat requérantSCP BCJ

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Poitiers a rejeté la demande de Mme B tendant à la remise totale de sa dette de prime d'activité (1 146,21 euros), résultant d’un trop-perçu lié à la déclaration tardive de sa vie maritale. La requérante invoquait sa situation financière, mais le tribunal a estimé qu’elle ne se trouvait pas dans une situation de précarité l’empêchant de rembourser la dette, même en supposant sa bonne foi. La décision s’appuie sur l’article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, qui conditionne la remise d’un indu à la bonne foi ou à la précarité du débiteur.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2024, Mme A B demande au tribunal de lui accorder la remise totale de sa dette relative à deux trop-perçus de prime d'activité, d'un montant de 734,31 euros et de 411,90 euros, soit la somme totale de 1 146,21 euros.

Elle soutient que sa situation financière ne lui permet pas de la rembourser.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2024, la caisse d'allocations familiales de la Vienne, représentée par la SCP BCJ, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que la décharge qui pourrait être accordée à la requérante soit limitée à 10 % des sommes dues et, enfin, à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les indus en cause trouvent leur origine dans la déclaration tardive faite par Mme B de sa vie maritale, alors qu'elle avait déclaré sa grossesse, ce qui a eu pour effet, en tant que célibataire, de majorer le montant de sa prime d'activité du fait de son isolement supposé ;

- Mme B ne pouvant être considérée comme étant de bonne foi, elle ne peut prétendre à une remise de sa dette,

- en tout état de cause, elle n'apporte aucun élément de nature à établir qu'elle ne peut pas procéder au remboursement de cette dette et sa dernière déclaration de ressources laisse, au contraire, apparaître qu'elle peut rembourser sa dette.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dumont,

- et les observations de Me Carré, représentant la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, déclarée comme célibataire, est bénéficiaire de la prime d'activité. Elle a déclaré sa grossesse le 11 août 2023, ce qui a entraîné une majoration de sa prime d'activité, compte tenu de son isolement. Le 20 septembre 2023, elle a déclaré être en situation de vie maritale depuis le 16 avril 2023. La prise en compte des revenus de son conjoint et la suppression de sa situation d'isolement ont conduit à recalculer ses droits au bénéfice de la prime d'activité. Le 16 octobre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne lui a notifié une dette d'un montant de 1 146,21 euros. Sur sa demande, par deux décisions du 19 décembre 2023, la caisse d'allocations familiales de la Vienne a refusé de lui accorder une remise de cette dette. Par sa requête, elle demande au tribunal d'en prononcer la remise.

2. Aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

3. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise ou de réduction d'indu de prestation sociale, de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de son jugement, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.

4. Il résulte de l'instruction que l'indu dont Mme B demande la remise trouve son origine la déclaration tardive de sa vie maritale. A supposer que Mme B puisse être regardée comme étant de bonne foi, il résulte de l'instruction, notamment de la dernière déclaration des revenus perçus par Mme B et son conjoint, que, à la date du présent jugement, Mme B ne se trouve pas dans une situation de précarité telle qu'elle ne serait pas en capacité de rembourser, de manière échelonnée, la dette demeurant à sa charge. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de lui accorder la remise de cette dette.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la requérante la somme que la caisse d'allocations familiales de la Vienne demande au titre des frais qu'elle a exposés dans le cadre de la présente instance.

D É C I D E :

Article 1 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la caisse d'allocations familiales de la Vienne sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes.

Copie en sera adressée pour information à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

G. DUMONTLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au ministre des solidarités, de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes à ce requis en ce qui le concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Signé

S. GAGNAIRE

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