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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2400142

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2400142

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2400142
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre - JU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a examiné la demande de M. B, qui contestait le refus du président du conseil départemental de la Vienne de lui accorder une remise de sa dette de 8 094,80 euros, correspondant à un trop-perçu de revenu de solidarité active (RSA) pour des absences non déclarées du territoire français. Statuant en plein contentieux, le tribunal a rappelé qu'il lui appartient d'apprécier lui-même le bien-fondé de la demande de remise, sans se prononcer sur la compétence de l'auteur de la décision initiale. Sur le fond, il a appliqué l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, qui permet une remise en cas de bonne foi ou de précarité, sauf en cas de manœuvre frauduleuse. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que M. B, qui avait résidé 16 mois à l'étranger sans déclaration et effectué ses déclarations trimestrielles depuis l'étranger, ne démontrait pas sa bonne foi et que sa situation de précarité ne suffisait pas à justifier une remise face à un indu résultant de fausses déclarations.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 janvier 2024, M. A B, représenté par la SCP Breillat-Dieumegard-Masson, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 16 novembre 2023 par laquelle le président du conseil départemental de la Vienne a refusé de lui accorder une remise de sa dette relative à un trop-perçu de revenu de solidarité active ;

3°) de lui accorder la remise totale ou partielle de cette dette ou, à titre subsidiaire, de lui accorder des délais de paiement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision du 16 novembre 2023 a été signée par une autorité incompétente ;

- son omission à déclarer ses séjours à l'étranger ne relève pas d'une manœuvre frauduleuse dès lors qu'il ignorait qu'il devait les déclarer ;

- il ne dispose d'aucune ressource en dehors des prestations sociales dont il bénéficie et n'est dès lors pas en capacité de rembourser l'indu de revenu de solidarité active.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, le département de la Vienne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que M. B ne démontre pas sa bonne foi : il a résidé à l'étranger pendant 16 mois entre le 1er août 2021 et le 31 janvier 2023 sans déclarer ses absences du territoire français et a effectué, à quatre reprises, ses déclarations trimestrielles depuis l'étranger.

La requête a été communiqué à la caisse d'allocations familiales de la Vienne qui n'a pas produit d'observations.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Dumont, première conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Au cours de l'audience publique, après l'appel de l'affaire, les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de Mme Dumont a été entendu.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis octobre 2018, a fait l'objet d'un contrôle de la part de la caisse d'allocations familiales de la Vienne dont il résulte qu'il n'a pas déclaré ses absences du territoire français d'une durée supérieure à trois mois au cours de la période du 1er août 2021 au 31 janvier 2023. La prise en compte de ses périodes au cours desquelles il n'avait pas droit au bénéfice du revenu de solidarité active a généré un indu d'un montant de 8 094,80 euros qui lui a été notifié le 9 juin 2023. Par une décision du 16 novembre 2023, dont il demande l'annulation, le président du conseil départemental de la Vienne a rejeté sa demande de remise de cette dette. Par sa requête, il demande au tribunal de prononcer la remise totale ou partielle de cette dette.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 janvier 2024. Par suite, ses conclusions tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet.

Sur l'étendue du litige :

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande.

5. Il en résulte, d'une part, que la circonstance que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente est sans incidence sur le litige, d'autre part, que M. B doit être regardé comme demandant seulement au tribunal d'examiner s'il peut bénéficier de la remise qu'il a sollicitée.

Sur la demande de remise gracieuse :

6. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ".

7. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise ou de réduction d'indu de revenu de solidarité active, de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de son jugement, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise gracieuse. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration.

8. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à la prestation sociale ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que le trop-perçu de revenu de solidarité active de M. B s'explique par des omissions répétées de déclarer ses séjours de plus de trois mois en dehors du territoire français auprès de la caisse d'allocations familiales, ces omissions n'ayant été découvertes qu'à l'occasion d'un contrôle diligenté par la caisse d'allocations familiales. Il résulte également de l'instruction que M. B a été absent du territoire français pendant 16 mois sur une période de 18 mois et que, à quatre reprises, il a effectué ses déclarations trimestrielles depuis l'étranger. S'il soutient qu'il ignorait qu'il était tenu de déclarer ses séjours à l'étranger, il résulte de l'instruction que l'information relative à cette obligation déclarative est facilement accessible sur internet, notamment sur le site d'information " Service-Public.fr ". Dans ces conditions, compte tenu du caractère répété de l'omission déclarative en cause sur une période de 18 mois, M. B ne peut être considéré comme étant de bonne foi. Dès lors, il n'y a pas lieu de lui accorder la remise gracieuse qu'il demande.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B à fin de remise gracieuse doivent être rejetées ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à ce qu'il soit admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de la Vienne.

Copie en sera adressé à la caisse d'allocations familiales de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

G. DUMONTLa greffière,

Signé

D. GERVIER

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Signé

S. GAGNAIRE

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