mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400337 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2024, la société en nom collectif (SNC) Batisolaire 6, représentée par Me Bardet, demande au tribunal :
1°) la décharge des trois cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2022 dans les rôles de la commune de Mazerolles (Charente), pour les lieux d'imposition " Le Terrier " et " Aux Chatelars ", et dans ceux de la commune de Saint-Laurent-de-Céris (Charente) ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle ne peut être regardée comme disposant pour les besoins de son activité professionnelle, au sens de l'article 1467 du code général des impôts, de tout ou partie des bâtiments sur lesquels reposent ses panneaux photovoltaïques, car ces immeubles ne sont matériellement utilisés, dans leur ensemble, que par l'exploitant agricole, comme l'a jugé dans un cas identique le Conseil d'État dans sa décision nos 449273, 449278, 451510 du 15 novembre 2022 ;
- elle entend se prévaloir sur ce point de la doctrine administrative exprimée au paragraphe n° 30 du bulletin officiel des impôts référencé BOI-IF-CFE-20-20-10-10 du 12 septembre 2012, ainsi que de celle exprimée au paragraphe n° 188 du bulletin officiel des impôts référencé BOI-IF-CFE-10-30-10-20 du 3 octobre 2018, qui reprend la réponse ministérielle publiée au Journal officiel du 4 septembre 2018 à la question écrite n° 3987 de Mme C, députée.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024, la directrice départementale des finances publiques de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la SNC Batisolaire 6 ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Henry,
- et les conclusions de M. Revel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société en nom collectif (SNC) Batisolaire 6, dont l'objet est la réalisation et l'exploitation de centrales de production d'électricité à partir de l'énergie radiative du soleil au moyen d'équipements photovoltaïques, a conclu avec M. et Mme A, d'une part, des baux emphytéotiques afin d'édifier, sur les terrains que ces derniers possèdent à Mazerolles (Charente), deux bâtiments comportant sur leur toiture des panneaux photovoltaïques destinés à la production d'électricité, exploités par la SNC Batisolaire 6, et, d'autre part, des contrats de prêt à usage gratuit mettant ces immeubles à la disposition de M. et Mme A pour un usage agricole. La SNC Batisolaire 6 a procédé de même avec M. B pour la construction d'un bâtiment agricole supportant des panneaux photovoltaïques sur le terrain que celui-ci possède à Saint-Laurent-de-Céris (Charente). La SNC Batisolaire 6 demande la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2022 dans les rôles des communes de Mazerolles et Saint-Laurent-de-Céris à raison de 60 % de la valeur locative de ces immeubles.
2. Aux termes du I de l'article 1447 du code général des impôts : " I. - La cotisation foncière des entreprises est due chaque année par les personnes physiques ou morales, les sociétés non dotées de la personnalité morale ou les fiduciaires pour leur activité exercée en vertu d'un contrat de fiducie qui exercent à titre habituel une activité professionnelle non salariée () ". Aux termes de l'article 1467 du même code, dans sa version alors en vigueur : " La cotisation foncière des entreprises a pour base la valeur locative des biens passibles d'une taxe foncière situés en France () dont le redevable a disposé pour les besoins de son activité professionnelle pendant la période de référence () ". Il résulte de ces dernières dispositions que les immobilisations dont la valeur locative est intégrée dans l'assiette de la cotisation foncière des entreprises sont les biens placés sous le contrôle du redevable et que celui-ci utilise matériellement pour la réalisation des opérations qu'il effectue.
3. La SNC Batisolaire 6 n'utilise matériellement, pour la réalisation des opérations de production d'électricité qu'elle effectue, que les panneaux photovoltaïques, les bâtiments qui supportent ces panneaux n'étant utilisés matériellement que par l'exploitant agricole. Dans ces conditions, la société requérante ne peut être regardée comme ayant disposé pour les besoins de son activité professionnelle, au sens de l'article 1467 du code général des impôts, d'une partie des bâtiments agricoles sur lesquels reposent ses panneaux photovoltaïques.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que la SNC Batisolaire 6 est fondée à demander la décharge des cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2022 dans les rôles des communes de Mazerolles et Saint-Laurent-de-Céris.
5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la SNC Batisolaire 6 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La SNC Batisolaire 6 est déchargée des trois cotisations foncières des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2022 dans les rôles des communes de Mazerolles et Saint-Laurent-de-Céris (Charente).
Article 2 : Les conclusions présentées par la SNC Batisolaire 6 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société en nom collectif Batisolaire 6 et à la directrice départementale des finances publiques de la Vienne.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Campoy, président,
M. Henry, premier conseiller,
M. Pipart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
Le rapporteur,
Signé
B. HENRY
Le président,
Signé
L. CAMPOYLa greffière,
Signé
D. GERVIER
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026