lundi 17 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2400834 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LAGRAVE - JOUTEUX & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 avril 2024, l'association Université populaire des amis de l'école laïque de La Rochelle et des communes incluses dans le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme (UPAEL), représentée par Me Verger, demande au juge des référés :
1°) de condamner la commune de La Rochelle à lui verser, sur le fondement des dispositions de l'article L. 541-1 du code de justice administrative, une provision de 450 000 euros à valoir sur la réparation de ses différents chefs de préjudice ;
2°) de mettre à la charge de la commune de La Rochelle une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la créance qu'elle invoque n'est pas sérieusement contestable, d'une part, en ce que la responsabilité sans faute de la commune de La Rochelle est engagée du fait de la résiliation unilatérale pour motif d'intérêt général de la convention du 1er décembre 1972 décidée par la délibération en date du 30 janvier 2023, laquelle entraîne, de fait, celle de la convention du 2 novembre 1973, d'autre part, en ce que la responsabilité pour faute de la commune est également engagée, faute de réalisation par cette dernière des travaux d'entretien et de grosses réparations prévus par l'article 3 de la convention du 1er décembre 1972 et l'article 4 de la convention du 2 novembre 1973 et, enfin, en ce que la commune a reconnu, au terme d'une tentative de médiation entre les parties, lui être redevable de la somme de 450 000 euros ;
- il existe un lien direct et certain entre les pertes financières diverses qu'elle a subies et la rupture du bail ainsi que le défaut d'entretien des bâtiments ; la résiliation de la convention du 1er décembre 1972, ainsi que, par voie de conséquence, de celle de la convention du 2 novembre 1973, conduit au transfert à l'association de la charge d'entretien des bâtiments permettant le bon fonctionnement du centre de loisirs alors que son budget ne lui permet pas de financer les travaux de remise en état de ces bâtiments, en conséquence de quoi l'ensemble des bâtiments a été fermé pour des raisons de sécurité depuis le 1er juillet 2023 ;
- son préjudice s'élève à 241 564,96 euros au titre des pertes subies, dont 145 594,50 euros en ce qui concerne le coût des licenciements et des salaires versés à ses employés ainsi que leur préavis, 39 851,63 euros en ce qui concerne le remboursement des aides qui lui ont été versées à titre d'avances par la caisse d'allocations familiales de la Charente-Maritime, 32 240 euros au titre du remboursement d'une partie des subventions annuelles allouées par la commune au titre de l'année 2020 et 23 878,83 euros au titre de ses frais d'expertise, d'huissier ainsi que d'accompagnement juridique et comptable ;
- elle a également subi un manque à gagner de 816 000 euros au titre de la perte d'un excédent d'exploitation de 17 000 euros annuel sur les 48 années restant à courir pour le bail ainsi qu'une perte de 2 290 512 euros au titre de l'absence de mise à disposition des locaux appartenant à la commune, d'une valeur annuelle de 47 719 euros, pour la même durée, sans que la commune puisse se prévaloir sur ce point de la valeur des bâtiments dont la propriété lui revient après résiliation dès lors, d'une part, que le 3° de l'article 3 de la convention du 1er décembre 1972 stipule que la ville n'est indemnisée de la valeur des constructions dont elle a la propriété qu'en cas de résiliation du contrat " du fait de l'association ", ce qui n'est pas le cas en l'espèce, et, d'autre part, que les bâtiments sont inexploitables en l'état ;
- à ces pertes se rajoutent le coût de la démolition qui s'élève à 239 244 euros et de la reconstruction des bâtiments d'une surface de 1 773 m², pour un prix au m² de 1 600 euros HT soit 3 400 000 euros TTC auxquels se rajoutent les frais d'étude et d'assistance à maître d'ouvrage d'un montant de 400 000 euros ;
- la provision de 450 000 euros qu'elle réclame, qui correspond à la somme dont la commune a reconnu être redevable aux termes de la tentative de médiation, n'est donc contestable, ni dans son principe, ni dans son montant.
La requête a été communiquée à la commune de La Rochelle qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Campoy, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande de provision :
1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n'a d'autre limite que celle résultant du caractère non sérieusement contestable de l'obligation dont les parties font état.
2. Le 1er décembre 1972, l'association Université populaire des amis de l'école laïque de La Rochelle et des communes incluses dans le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme (UPAEL), a donné à bail à la commune de La Rochelle, pour une durée de 99 ans, un terrain sis au lieu-dit " Château de Cheusse " à Sainte-Soulle (Charente-Maritime) pour que celle-ci y construise un centre aéré permanent, ouvert à tous les enfants des écoles primaires de La Rochelle. Cette convention stipulait qu'outre l'édification de ce centre, la commune aurait à sa charge son entretien et qu'elle confierait à l'association l'exploitation et la gestion du centre aéré selon les modalités qui seraient fixées ultérieurement par voie de convention. Après réalisation des bâtiments, la commune a confié la gestion de cet ensemble immobilier à l'association par une convention du 2 novembre 1973 et un avenant du 26 janvier 2010, s'achevant à la même date que le bail emphytéotique du 1er décembre 1972. Cette dernière convention stipulait que la commune supporterait les grosses réparations tandis que l'avenant du 26 janvier 2010 confirmait que la commune ferait son affaire des réparations portant sur la structure du bâtiment.
3. Il résulte de l'instruction qu'à compter de l'année 2016, l'état de la toiture de certains des bâtiments du centre aéré s'est dégradé à la suite de quoi la commune a bâché certains d'entre eux, sans procéder aux réparations correspondantes. La même année, un diagnostic des bâtiments a constaté la dégradation des poteaux de structure de certains locaux entraînant un danger grave et imminent pour les personnels et les usagers du centre. Là encore, la commune a décidé la fermeture immédiate ou la démolition des bâtiments concernés et leur remplacement par des structures provisoires, ainsi que la mise en œuvre des mesures conservatoires sur les façades Ouest des réfectoires avec la pose de poteaux métalliques, sans procéder à de véritables solutions réparatoires. Le 24 janvier 2022, l'association a mis la commune en demeure de réaliser les travaux de réfection de la couverture des bâtiments. La commune de La Rochelle a refusé le 20 avril 2022 de réaliser ces travaux. L'association a alors fait établir, le 23 décembre 2022, un rapport d'expertise confirmant les problèmes de couverture ainsi que des problèmes de sécurité résultant des dégradations de la structure en bois du bâtiment administratif, du bâtiment abritant les sanitaires, des bâtiments à usage de bureaux et du bâtiment abritant les réfectoires sans, une fois de plus, que la commune, à laquelle ce rapport a été communiqué, ne procède à de véritables réparations.
4. Par une délibération du 30 janvier 2023, le conseil municipal de La Rochelle a, compte tenu des demandes réitérées de l'association d'engager des travaux permettant de remise en état ses installations, décidé, d'une part, de résilier, à compter du 1er septembre 2023, la convention conclue le 1er décembre 1972 au motif que le coût d'entretien des bâtiments s'avérait disproportionné pour les finances de la commune et, d'autre part, d'autoriser le maire à entreprendre toute négociation relative aux conditions de résiliation et d'éventuelle indemnisation de l'association. L'association a fermé ses installations à compter du 1er juillet 2023. La médiation engagée entre la commune et l'association relative à l'indemnisation des conséquences de cette résiliation a échoué. L'association UPAEL demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 541-1 du code de justice administrative, de condamner la commune de La Rochelle, sur le fondement de sa responsabilité contractuelle pour faute et sans faute, à lui verser une provision de 450 000 euros à valoir sur la réparation des différents chefs de préjudice, d'un montant total de 7 387 077 euros, qu'elle allègue avoir subis du fait de la fermeture de ses installations à compter du 1er juillet 2023.
En ce qui concerne la responsabilité contractuelle sans faute de la commune :
5. En premier lieu, l'autorité administrative dispose, en vertu des règles générales applicables aux contrats administratifs, du pouvoir de résilier unilatéralement un contrat administratif si un motif d'intérêt général le justifie, sous réserve des droits à indemnisation du cocontractant. Celui-ci ne peut toutefois prétendre qu'à la réparation du préjudice directement causé par cette résiliation.
6. En l'espèce, il est constant que la résiliation du bail conclu le 1er décembre 1972, qui a pour effet de restituer à l'association requérante la pleine propriété des terrains sur lesquels sont construits les bâtiments du centre aéré et de lui transférer la propriété de ces mêmes bâtiments, ne fait pas, par elle-même, obstacle à la poursuite de l'exploitation de ces installations. Par suite, cette décision de résiliation n'a pas de lien direct avec le préjudice financier qu'invoque l'association et qui résulte, non pas de cette résiliation, mais de l'impossibilité alléguée par l'association d'exploiter les bâtiments du centre aéré compte tenu de leur vétusté.
7. En second lieu, la seule circonstance que la commune de La Rochelle a fait état, dans le cadre de la tentative de médiation organisée avec l'association, de l'écart existant entre sa propre proposition financière de 450 000 euros et les prétentions de l'association, qui s'élevaient alors à 650 000 euros, ne permet pas pour autant d'en conclure que cette collectivité aurait reconnu devoir à cette dernière la somme susmentionnée de 450 000 euros, ni, en toute hypothèse, que celle-ci présenterait, de ce seul fait, un caractère non contestable.
8. Ainsi, la créance dont se prévaut l'association sur le terrain de la responsabilité sans faute de la commune est sérieusement contestable.
En ce qui concerne la responsabilité contractuelle pour faute de la commune :
9. En premier lieu, il résulte des motifs de la délibération du 30 janvier 2023 que, pour décider de résilier la convention conclue 1er décembre 1972, le conseil municipal de La Rochelle a estimé que la poursuite de l'exécution de cette convention était devenue économiquement insoutenable pour la commune et qu'il était dans l'intérêt financier de cette dernière de résilier, pour un motif d'intérêt général, le contrat la liant à l'association. L'inexactitude des motifs ainsi retenus par le conseil municipal ne résulte d'aucune des pièces versées au dossier, lesquelles confirment, du reste, la vétusté de l'ensemble immobilier dont s'agit ainsi que le coût très important des travaux nécessaires à sa remise en état. Un tel motif financier fait partie des motifs d'intérêt général pouvant justifier qu'il soit mis fin à un contrat administratif avant son terme. La créance dont se prévaut l'association requérante, à supposer même qu'elle se fonde sur le caractère fautif de cette résiliation, apparaît donc sérieusement contestable.
10. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, même si la commune de La Rochelle n'a pas procédé aux solutions réparatoires nécessaires à la remise en état des équipements du centre aéré dont la gestion était confiée à l'association requérante, cette dernière a continué d'exploiter ces installations de 2016 à 2021 en dégageant un résultat d'exploitation positif de plus de 17 000 euros en moyenne par an, et en réalisant, au titre de son exercice clos en 2021, dernier exercice comptable communiqué au tribunal, un chiffre d'affaires de 517 268 euros, en hausse de presque 20 % par rapport à l'année précédente, ce qui indique qu'en dépit de sa vétusté, le centre aéré était toujours fonctionnel au cours de cet exercice. Si l'association n'apporte aucune indication sur le caractère exploitable de ses installations au cours des années 2022 et 2023, il ressort du constat d'huissier du 6 septembre 2023 que tel était bien le cas au moins jusqu'au mois de juin 2023, ce document relevant que les mesures conservatoires prises par la commune et, en particulier, le bâchage des principaux bâtiments, avait permis à l'association d'effectuer normalement l'accueil des groupes d'enfants, classes et groupes sportifs jusqu'aux mois de mai et de juin 2023. Hormis de vagues considérations relatives à la qualité de l'accueil des enfants, au découragement de ses salariés vis-à-vis de l'état général des installations et à la sécurité des usagers ainsi que de ses personnels, l'association UPAEL n'apporte aucun élément précis et circonstancié indiquant qu'une brusque dégradation de l'état du centre aéré aurait subitement rendu celui-ci inexploitable à compter du 1er juillet 2023 ou que l'autorité administrative aurait, pour des raisons de sécurité, décidé de procédé à la fermeture de ses installations à compter de cette même date. Dans ces conditions, il n'apparaît pas que l'arrêt des installations, qui a été décidé par l'association elle-même le 1er juillet 2023 et pour des raisons qui lui sont propres, ainsi que les différents chefs de préjudice y afférents résultent, de manière directe et certaine, du défaut de réalisation par la commune, depuis 2016, des réparations nécessaires à la remise à neuf des équipements du centre aéré dont la gestion était confiée à l'association requérante.
11. En dernier lieu, et à supposer même que les frais d'expertise, d'huissier et d'accompagnement juridique et comptable d'un montant total de 23 878,83 euros, dont la requérante demande l'indemnisation au titre des pertes subies, soient, en totalité, rattachables aux procédures engagées par cette dernière contre la commune de La Rochelle pour contraindre cette dernière à respecter ses obligations d'entretien et puissent, à ce titre, être imputés à la commune sur le terrain de sa responsabilité contractuelle pour faute, la créance dont l'association serait susceptible de se prévaloir, sur ce point, vis-à-vis de la commune ne présente pas davantage de caractère non sérieusement contestable dès lors que les stipulations du 3° de l'article 3 du bail conclu le 1er décembre 1972 qui, contrairement à ce qu'il est soutenu, s'appliquent qu'elle que soit la cause de la résiliation, prévoient l'indemnisation de la commune, par l'association, de la valeur des constructions dont la propriété est transférée, lesquelles sont valorisée dans le compte de résultat de l'association, à 47 719 euros au titre de l'année 2021, sans que l'association n'établisse, ni même n'allègue, qu'une telle valorisation comptable, qui résulte de ses propres choix de gestion, serait erronée.
12. Par suite, la créance dont se prévaut l'association requérante, en tant qu'elle se fonde sur l'exécution fautive, par la commune, des obligations résultant du 1° de l'article 3 du bail conclu le 1er décembre 1972 et de l'article 4 de la convention du 2 novembre 1973, apparaît, en toute hypothèse, sérieusement contestable.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de La Rochelle, qui n'a pas la qualité de partie perdante à la présente instance, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés par l'association UPAEL et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'association UPAEL est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Université populaire des amis de l'école laïque de La Rochelle et des communes incluses dans le schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme et à la commune de La Rochelle.
Fait à Poitiers, le 17 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. CAMPOY
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
N°2300234
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026
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01/06/2026