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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401178

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401178

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401178
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantSELARL D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai et 30 juillet 2024, Mme B C, représentée par le cabinet KPL Avocats, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, de désigner sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, un expert chargé de se prononcer sur ses préjudices résultant de la rechute de sa maladie professionnelle, survenue le 26 juin 2017, de condamner le centre communal d'action sociale de Mouterre-sur-Blourde à lui verser la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de statuer sur les dépens.

Elle soutient que la mesure est utile pour déterminer et évaluer l'ensemble des préjudices qu'elle subit du fait de sa rechute.

Par un mémoire, enregistré le 1er juillet 2024, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Mouterre-sur-Blourde, représenté par Me Leeman, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la mesure est inutile au motif que l'éventuelle action indemnitaire à laquelle elle est susceptible de se rattacher est prescrite.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente-Maritime, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, alors adjointe technique de 1ère classe exerçant les fonctions d'entretien du linge au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) " La Petite Suisse ", à Mouterre-sur-Blourde, souffre d'une pathologie affectant le membre supérieur droit, figurant au tableau n°57 A et B des maladies professionnelles, survenue le 1er janvier 2009 et reconnue imputable au service par un arrêté du 26 novembre 2010.

2. Mme C a été victime d'une rechute de sa maladie professionnelle le 26 juin 2017. Une expertise médicale amiable a eu lieu le 6 septembre 2017 et a conclu que les lésions de la rechute étaient à rattacher de façon directe et certaine à la maladie professionnelle du 1er janvier 2009 et étaient constitutives d'une aggravation nette. Par un arrêté du 1er août 2017, le CCAS de Mouterre-sur-Blourde a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de la rechute de Mme C. Par un jugement du 26 décembre 2019, le tribunal administratif de Poitiers a annulé l'arrêté du 1er août 2019 et enjoint au CCAS de Mouterre-sur-Blourde de reconnaître l'imputabilité au service de la rechute de Mme C.

3. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal qu'une expertise soit ordonnée aux fins de se prononcer sur ses préjudices résultant de la rechute de sa maladie professionnelle survenue le 26 juin 2017.

Sur la demande d'expertise :

4. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. ". En vertu des dispositions précitées du premier alinéa de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, le juge des référés ne peut prescrire l'une des mesures qu'il mentionne qu'à la condition qu'elle soit utile. Tel n'est pas le cas d'une demande d'expertise formulée à l'appui de prétentions indemnitaires dont il est établi qu'elles sont prescrites.

5. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ".

6. S'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de prescription prévu par ces dispositions est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées. Il en est ainsi pour tous les postes de préjudice, aussi bien temporaires que permanents, qu'ils soient demeurés à la charge de la victime ou aient été réparés par un tiers, tel qu'un organisme de sécurité sociale, qui se trouve subrogé dans les droits de la victime. La consolidation de l'état de santé de la victime d'un dommage corporel fait courir le délai de prescription pour l'ensemble des préjudices directement liés au fait générateur qui, à la date à laquelle la consolidation s'est trouvée acquise, présentaient un caractère certain permettant de les évaluer et de les réparer, y compris pour l'avenir. Si l'expiration du délai de prescription fait obstacle à l'indemnisation de ces préjudices, elle est sans incidence sur la possibilité d'obtenir réparation de préjudices nouveaux résultant d'une aggravation directement liée au fait générateur du dommage et postérieure à la date de consolidation. Le délai de prescription de l'action tendant à la réparation d'une telle aggravation court à compter de la date à laquelle elle s'est elle-même trouvée consolidée.

7. Pour contester l'utilité de la mesure d'expertise sollicitée, le CCAS de Mouterre-sur-Blourde fait valoir que l'éventuelle action indemnitaire tendant à la réparation des préjudices résultant de la maladie professionnelle de Mme C, consolidée depuis le 22 juillet 2013, est prescrite depuis le 31 décembre 2017 et que l'éventuelle action indemnitaire tendant à la réparation des préjudices résultant de sa rechute est prescrite depuis le 31 décembre 2023 au motif qu'il est " probable " qu'elle ait été consolidée en 2019, à défaut pour la requérante de produire des éléments permettant de déterminer la date de consolidation de sa rechute.

8. D'une part, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la circonstance qu'une action indemnitaire tendant à la réparation des préjudices résultant de la maladie professionnelle de Mme C soit prescrite est sans incidence sur la possibilité d'obtenir la réparation de préjudices nouveaux résultant de sa rechute avant l'expiration du délai de prescription courant à compter de la date de la consolidation de la rechute. D'autre part, en l'état de l'instruction, la date à laquelle la consolidation de la rechute de Mme C s'est trouvée acquise étant incertaine et ne permettant pas de déterminer avec exactitude le point de départ du délai de prescription, il n'est pas établi que les prétentions indemnitaires sur lesquelles s'appuie la mesure d'expertise sollicitée, visant uniquement à déterminer et évaluer les préjudices résultant de la rechute de la maladie professionnelle de Mme C, sont prescrites.

9. Dans ces conditions, la mesure d'expertise demandée par Mme C est utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire droit à sa demande et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

Sur les frais du litige :

10. Il résulte des dispositions de l'article R. 621-13 du code de justice administrative qu'il n'appartient au juge des référés ni de déterminer la charge des dépens de la mesure d'expertise qu'il ordonne, ni de la réserver pour le futur. En outre, il n'y a pas lieu, dans le cadre de la présente procédure qui ne tend qu'au prononcé d'une mesure d'instruction, de faire droit aux conclusions présentées par Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : M. D A, demeurant 46 avenue du docteur E, à Pessac (33600) est désigné en qualité d'expert.

Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer les documents médicaux utiles à sa mission, examiner Mme C et décrire son état actuel ;

2°) préciser dans quelle mesure l'état actuel de Mme C est imputable à la rechute de sa maladie professionnelle survenue le 26 juin 2017 ;

3°) dire si cette rechute a entraîné un déficit fonctionnel temporaire et en préciser les dates de début et de fin, ainsi que le ou les taux ;

4°) indiquer à quelle date l'état de Mme C peut être considéré comme consolidé ; préciser s'il subsiste un déficit fonctionnel permanent et, dans l'affirmative, en fixer le taux, en distinguant la part imputable à cette rechute de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ; dans le cas où cet état ne serait pas encore consolidé, indiquer, si dès à présent, un déficit fonctionnel permanent est prévisible et en évaluer l'importance ;

5°) dire si l'état de Mme C est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

6°) donner son avis sur l'existence éventuelle de préjudices annexes (souffrances endurées, préjudice d'agrément), avant la date de consolidation de son état comme après celle-ci, et le cas échéant, en évaluer l'importance, en distinguant la part imputable à la rechute de sa maladie professionnelle de celle ayant pour origine toute autre cause ou pathologie, eu égard, notamment aux antécédents médicaux de l'intéressée ;

7°) donner son avis sur la répercussion de l'incapacité médicalement constatée sur la vie personnelle et professionnelle de Mme C, notamment en termes de dépenses de santé actuelles et futures et de frais divers.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu en présence, outre de Mme C, du CCAS de Mouterre-sur-Blourde et de la CPAM de la Charente-Maritime.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la présente ordonnance, dont un sous une forme numérisée. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, au centre communal d'action sociale de Mouterre-sur-Blourde, à la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente-Maritime et à M. D A, expert.

Fait à Poitiers, le 2 octobre 2024.

Le président,

signé

A. JARRIGE

La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Christelle ROBIN

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