vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401200 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 mai 2024, la société par actions simplifiée (SAS) Provost frères, représentée par Me Richard, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er mars 2024 par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Deux-Sèvres a rejeté sa réclamation du 7 février 2024 tendant à la décharge de l'obligation de payer les créances déclarées le 8 décembre 2023 à titre définitif et provisionnel par la comptable publique du pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Deux-Sèvres ;
2°) la décharge de l'obligation de payer, à hauteur de 16 233 euros et de 1 264 098 euros, les créances déclarées le 8 décembre 2023 à titre définitif et provisionnel par la comptable publique du pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Deux-Sèvres ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la décision du 1er mars 2024 attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce que l'administration a estimé que sa réclamation n'entrait pas dans le champ d'application de l'opposition à poursuite prévue à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales ; le 8 décembre 2023, elle a reçu la lettre de dénonciation prévue par l'article L. 622-24 du code de commerce qui mentionnait qu'elle avait la possibilité de contester la régularité de cette lettre de dénonciation dans les conditions prévues aux articles L. 281 et R. 281-1 du livre des procédures fiscales ; elle entend se prévaloir sur ce point de la doctrine administrative exprimée au paragraphe 1 du BOI-REC-EVTS 10-30 du 23 décembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes, d'une part, de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () ; 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens () inopérants () ".
2. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " () Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter :1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° () sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. () ". Aux termes de l'article R. 281-4 du même livre : " () le redevable () doit, à peine de forclusion, porter l'affaire devant le juge compétent tel qu'il est défini à l'article L. 281. Il dispose pour cela de deux mois à partir : a. Soit de la notification de la décision du chef de service ou de l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 ; b. Soit de l'expiration du délai de deux mois accordé au chef de service ou à l'ordonnateur mentionné au deuxième alinéa de l'article L. 281 pour prendre sa décision. () ".
3. Par un jugement du tribunal de commerce de Niort du 27 octobre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Provost frères a fait l'objet de la procédure de sauvegarde prévue aux articles L. 621 et suivants du code de commerce. Le 8 décembre 2023, la comptable du pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Deux-Sèvres a, en application de l'article L. 622-24 du même code, déclaré ses créances, d'un montant de 1 969 733 euros à titre définitif et de 7 838 534 euros à titre provisionnel, auprès de l'un des co-mandataires judiciaires désignés par le tribunal. Par une réclamation du 7 février 2024, reçue par l'administration le 12 février 2024, la SAS Provost frères a contesté l'obligation de payer cette créance à hauteur de 16 233 euros pour les créances déclarées à titre définitif et de 1 264 098 euros pour les créances déclarées à titre provisionnel. Par une décision en date du 1er mars 2024, dont il n'est pas contesté qu'elle a été reçue par l'intéressée le 14 mars 2024, le directeur départemental des finances publiques des Deux-Sèvres a rejeté cette réclamation. La SAS Provost frères demande, d'une part, l'annulation de cette dernière décision et, d'autre part, la décharge de l'obligation de payer, à hauteur de 16 233 euros et de 1 264 098 euros, les créances déclarées le 8 décembre 2023 à titre définitif et provisionnel par la comptable publique du pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Deux-Sèvres.
4. En premier lieu, la décision par laquelle l'administration chargée du recouvrement de l'impôt statue sur l'opposition à contrainte d'un contribuable ne constitue pas un acte détachable de la procédure engagée pour le recouvrement de la créance fiscale. Elle ne peut, en conséquence, être déférée à la juridiction administrative par la voie du recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions de la SAS Provost frères tendant à l'annulation de la décision du 1er mars 2024, par laquelle le directeur départemental des finances publiques des Deux-Sèvres a rejeté sa réclamation ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables en application des dispositions du 4°) de l'article R. 222 1 du code de justice administrative.
5. En deuxième lieu, les vices qui peuvent entacher la décision par laquelle le directeur des finances publiques rejette une réclamation relative au recouvrement d'impositions prises en charge par un comptable public, sont sans incidence sur les questions que le contribuable peut soumettre au juge de l'impôt dans le cadre défini au 2°) de l'article L.281 du livre des procédures fiscales. Il suit de là que le moyen tiré de ce que la décision du 1er mars 2024 rejetant la réclamation de la SAS Provost frères serait entachée d'erreur de droit en ce qu'elle estime que les chefs de contestation soulevés par cette dernière se rattachent à la mise en œuvre des règles propres à la procédure collective et doivent être portés devant le mandataire judiciaire dans le cadre de la procédure d'établissement des créances prévue par l'article L. 624-1 du code de commerce, est inopérant. Le délai de recours contre la décision du 1er mars 2024 étant expiré, les conclusions de la requête de la SAS Provost frères tendant à la décharge de l'obligation de payer les créances déclarées le 8 décembre 2023 par la comptable public du pôle de recouvrement spécialisé de la direction départementale des finances publiques des Deux-Sèvres, qui ne sont ainsi assorties que d'un moyen inopérant, doivent être rejetées en application des dispositions du 7°) de l'article R. 222 1 du code de justice administrative.
6. En dernier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SAS Provost frères est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la SAS Provost frères et au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera transmise au directeur départemental des finances publiques des Deux-Sèvres.
Fait à Poitiers, le 5 juillet 2024.
Le président de la 1ère chambre,
signé
L. CAMPOY
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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