jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401247 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | étrangers 96/144 heures |
| Avocat requérant | ORMILLIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 mai 2024, M. C B, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 17 mai 2024 par lesquelles la préfète des Deux-Sèvres l'a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an à compter de son éloignement et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres, à titre principal, de lui délivrer une autorisation de séjour temporaire ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que les décisions attaquées aient été prises par une autorité compétente ;
- elle sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été prises sur le fondement d'une décision portant obligation de quitter le territoire français caduque ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2024, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné M. A pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant arménien, né le 1er septembre 1984, est, selon ses déclarations, entré en France le 20 octobre 2016 sous couvert d'un visa court séjour valable jusqu'au 5 novembre 2016. A la suite du rejet définitif de sa demande d'asile par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 17 mai 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 septembre 2017, le préfet des Deux-Sèvres lui a notifié le 5 avril 2019 une première mesure d'éloignement. L'intéressé, qui s'est soustrait à cette mesure, a sollicité, le 16 septembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté en date du 30 mai 2022, la préfète des Deux-Sèvres a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le recours de M. B à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 2201660 du tribunal administratif de Poitiers du 18 octobre 2022, confirmé par une ordonnance n° 22BX02887 du 11 mai 2023 de la cour administrative d'appel de Bordeaux. L'intéressé, qui s'est soustrait à cette mesure, a sollicité, le 14 mai 2024, la délivrance d'un titre de séjour. Le 17 mai 2024, M. B a été interpelé pour violences contraventionnelles et non-respect d'une obligation de quitter le territoire français. Lors de son audition, il s'est vu notifier deux décisions de la préfète des Deux Sèvres portant, d'une part, assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et, d'autre part, interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par un arrêté du 11 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de l'Etat dans le département et accessible sur le site internet de la préfecture des Deux-Sèvres, M. Patrick Vautier, secrétaire général de la préfecture des Deux-Sèvres, a reçu délégation de la préfète des Deux-Sèvres à l'effet de signer tous arrêtés concernant les attributions de l'Etat dans le département à l'exception d'actes dans lesquels n'entre pas la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les décisions attaquées comportent les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles la préfète s'est fondée pour prononcer à l'encontre de M. B les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un et assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Selon les dispositions de l'article L. 612-10 du même code, pour décider d'édicter une interdiction de retour et en fixer la durée, " l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Aux termes de l'article L. 731-1 de ce code, alors applicable : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
7. Si le requérant soutient que l'obligation de quitter le territoire français précédemment prise à son encontre le 30 mai 2022 est caduque et ne peut justifier l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français et d'une assignation à résidence, il ressort des dispositions précitées que l'édiction d'une précédente mesure d'éloignement, quelle que soit sa date, figure parmi les circonstances pouvant justifier la prise d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la décision du 30 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français a été prise moins de trois ans avant la décision litigieuse portant assignation à résidence. Par suite, le moyen ainsi soulevé doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si M. B se prévaut de sa présence sur le territoire depuis 8 années, de son engagement en qualité de bénévole au sein des Restaurants du cœur et d'une activité professionnelle, ces éléments ne permettent pas, à eux-seuls, d'établir la nature et la stabilité de liens privés et familiaux que l'intéressé aurait développés en France où il est entré à l'âge de 32 ans et où il vit de manière isolée, célibataire et sans enfant, tandis qu'il se maintient sur le territoire français en dépit d'une précédente mesure d'éloignement édictée par la préfète des Deux-Sèvres le 30 mai 2022 à la suite du rejet définitif de sa demande d'asile. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant un an la préfète des Deux-Sèvres aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi, par voie de conséquence, que ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète des Deux-Sèvres, ainsi qu'à Me Ormillien.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
V. A
La greffière d'audience,
Signé
C. BERLAND
La République mande et ordonne à la préfète des Deux-Sèvres en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026