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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401302

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401302

lundi 15 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401302
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers, statuant en référé sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, rejette la demande de provision de M. et Mme C. Les requérants sollicitaient le versement d'une prime "MaPrimeRénov'" de 2 208,89 euros, accordée en 2021 par l'Agence nationale de l'habitat (ANAH), mais non payée en raison d'un blocage technique lié à l'utilisation du numéro fiscal de leur mandataire. Le juge estime que l'obligation de l'ANAH est sérieusement contestable, car les requérants n'ont pas donné suite aux relances de l'agence leur permettant de déposer les pièces justificatives nécessaires au paiement. La requête est donc rejetée, y compris les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 mai 2024, M. et Mme B et D C, représentés par Me Enard-Bazire, demandent au juge des référés :

1°) de condamner l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) à leur verser une provision de 2 208,89 euros assortie des intérêts de droit à compter de l'introduction de leur requête, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ;

2°) de mettre à la charge de l'ANAH une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- faute de disposer d'un ordinateur et d'une adresse électronique au moment du dépôt de leur demande, ils ont constitué avec l'ordinateur et l'adresse électronique de l'entreprise Gueret, mandataire pour ce dossier, un dossier de demande d'aide " MaPrimeRénov' " auprès de l'ANAH lequel a bien été enregistré ; le 4 août 2021, la prime sollicitée, d'un montant de 2 208,89 euros, leur a été accordée ; bien qu'ayant, par la suite, remplacé l'adresse électronique de leur mandataire par la leur, nouvellement créée, ils n'ont pu se connecter à leur compte personnel pour demander le paiement de cette subvention dans la mesure où le numéro fiscal qui y était enregistré était celui de leur mandataire ; en dépit de multiples demandes et relances de leur part, l'administration n'a jamais procédé au changement du numéro fiscal figurant dans leur dossier, ce qui les a privés de la possibilité de déposer les pièces justificatives de leur demande de paiement ; à la date de la présente requête, ils n'ont toujours pas pu compléter leur dossier ; ne pouvant, de ce fait, percevoir la prime à laquelle ils ont droit, ils ont sollicité le versement de cette prime par un courrier du 18 octobre 2023, dont l'ANAH a accusé réception le 24 octobre 2023 ; leur demande a été rejetée implicitement à l'expiration d'un délai de deux mois ;

- les travaux qu'ils ont fait réaliser sont bien des travaux éligibles au dispositif " MaPrimeRénov' " ;

- ils ont des droits acquis au versement de la prime qu'ils réclament dès lors que la décision en date du 4 août 2021 leur accorde cette prime d'un montant de 2 208, 89 euros.

Par un mémoire en défense enregistrés le 8 juillet 2024, l'Agence nationale de l'habitat, représentée par sa directrice générale, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne lui ont pas adressé le recours administratif préalable obligatoire prévu par l'article 9 du décret du 14 janvier 2020 ;

- la créance dont se prévalent les requérants est, en toute hypothèse, sérieusement contestable dès lors qu'en dépit des multiples messages électroniques que leur a adressés l'ANAH en 2024, ceux-ci n'ont jamais mis à jour les informations figurant sur leur compte personnel et n'ont, par voie de conséquence, jamais procédé au dépôt des pièces justificatives permettant d'instruire leur demande de paiement de la prime.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. ".

2. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B et D C, ont sollicité en 2021 de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) le bénéfice de la prime de transition énergétique en vue de faire installer une pompe à chaleur air/eau à leur domicile situé 7 rue du Général Quetineau à Saint-Léger-de-Montbrun (Deux-Sèvres). Faute de disposer d'un ordinateur et d'une adresse électronique au moment du dépôt de leur demande, celle-ci a été présentée sur la plateforme en ligne de l'ANAH par l'intermédiaire de l'entreprise chargée de réaliser les travaux qui a, pour ce faire, utilisé sa propre adresse électronique et son propre numéro fiscal d'identification. Le 4 août 2021, la prime sollicitée, d'un montant de 2 208,89 euros, a été accordée aux requérants sous réserve que ces derniers en demandent ultérieurement le paiement, sur la plateforme en ligne de l'ANAH, en y joignant les factures justifiant les travaux réalisés. Le mandataire de M. et Mme C a refusé d'effectuer cette formalité. Bien qu'ayant remplacé l'adresse électronique de leur mandataire par la leur, nouvellement créée, les requérants n'ont pu, eux-mêmes, se connecter à leur compte personnel pour demander le paiement de cette subvention dans la mesure où le numéro fiscal qui y était enregistré était celui de leur mandataire. Compte tenu de ce blocage, l'assureur de protection juridique de M. et Mme C a, par un courrier en date du 18 octobre 2023, mis en demeure l'ANAH de verser à ces derniers la somme de 2 208,89 euros. L'ANAH, qui n'a pas répondu à ce courrier, a, en revanche, transmis le 5 mars 2024 aux requérants un lien internet leur permettant d'accéder de nouveau à leur dossier et de procéder au dépôt des pièces justificatives nécessaires à l'instruction de leur demande de prime. En l'absence d'actions de leur part, des relances leur ont été adressées le 17 avril 2024, le 29 mai 2024 et le 3 juillet 2024. M. et Mme C, qui, en dépit de ces relances, n'ont toujours pas effectué les démarches indiquées, demandent au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner l'ANAH à leur verser une provision de 2 208,89 euros assortie des intérêts de droit à compter de l'introduction de leur requête.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'ANAH :

3. Aux termes de l'article 9 du décret du 14 janvier 2020 visé ci-dessus : " L'introduction d'un recours afférent aux décisions relatives à la prime de transition énergétique est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif par le bénéficiaire auprès du directeur général de l'Agence nationale de l'habitat. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. ".

4. Le courrier du 18 octobre 2023 aux termes duquel M. et Mme C ont, par l'intermédiaire de leur assureur de protection juridique, sollicité le versement de la prime de transition énergétique qui leur a été attribuée le 4 août 2021, n'a pas pour objet de contester une quelconque décision de refus de verser cette prime par l'ANAH, dont il résulte de l'instruction et, notamment des différents courriels échangés avec les intéressés, qu'elle s'était, jusqu'à cette date, simplement bornée à suspendre l'instruction de leur dossier dans l'attente de l'activation de leur nouveau compte personnel et de la transmission des documents nécessaires au paiement de la somme qu'ils réclament. Ainsi, si ce courrier constitue une demande préalable, au sens de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, susceptible de donner naissance à une décision implicite de rejet de la demande de versement de cette prime, un tel refus doit néanmoins faire l'objet du recours administratif prévu par l'article 9 du décret du 14 janvier 2020, dont les dispositions mêmes font obstacle à ce qu'une des parties saisisse directement le juge administratif, y compris le juge statuant en référé. En dépit de la fin de non-recevoir opposée par l'ANAH dans son mémoire en défense, M. et Mme C n'établissent pas, ni d'ailleurs n'allèguent, avoir formé un tel recours. Il en résulte que les conclusions des requérants tendant au versement d'une provision, présentées directement par les intéressés devant le juge des référés, sont irrecevables.

Sur l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'ANAH qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme B et D C et à l'Agence nationale de l'habitat.

Fait à Poitiers, le 15 juillet 2024.

Le juge des référés,

signé

L. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

Signé

N. COLLET

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