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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401366

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401366

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401366
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 mai 2024, la commune de Segonzac (Charente), représentée par Me Drouineau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner sans délai, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de la société à responsabilité limitée (SARL) Doriem optique qui occupe sans droit ni titre le local situé 14, rue Pierre Frapin à Segonzac et de l'autoriser à procéder, au besoin, à l'exécution d'office de cette expulsion avec le concours de la force publique et à l'enlèvement ainsi qu'à la destruction des biens meubles appartenant à cette société ;

2°) de mettre à la charge de la SARL Doriem optique une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la mesure ne se heurte à aucune contestation sérieuse ; par une délibération de son conseil municipal du 30 octobre 2023, la commune a décidé classer l'immeuble situé 14, rue Pierre Frapin, qui était, depuis le 1er septembre 2016, loué à la SARL Doriem optique par contrat de bail commercial, dans son domaine public afin d'y installer, en partenariat avec La Poste, une agence postale tenue par un agent de la collectivité ainsi que des activités complémentaires avec l'installation au sein du même local d'une maison portant le label " France Services " ; le bail commercial passé avec la SARL Doriem optique, qui est un contrat de droit privé, ne pouvant se poursuivre sur une parcelle appartenant au domaine public de la commune, la relation contractuelle avec cette société s'est transformée en une convention d'occupation du domaine public ; elle a, par suite, signifié à cette société la fin de cette occupation, précaire et révocable, sous un mois par lettre recommandée avec accusé de réception en date du 22 mars 2024, dont l'intéressée a été avisée le 16 avril suivant ; cette dernière n'ayant pas quitté les lieux à l'issue du délai imparti, la SARL Doriem optique est à ce jour occupante sans droit ni titre de l'immeuble ;

- la mesure demandée présente, à la fois, un caractère d'utilité et d'urgence ; d'une part, la SARL Doriem optique est, depuis le 17 mai 2024, occupante sans droit ni titre d'une dépendance du domaine public de la commune dont elle ne règle d'ailleurs plus, depuis 2022, les loyers, puis les redevances d'occupation dues, tandis que le local et l'activité en vue de l'exploitation de laquelle il avait été mis à disposition de la société ont été abandonnés ; d'autre part, il est urgent pour la commune de Segonzac de reprendre possession de son local en vue d'y faire procéder aux travaux et aménagements nécessaires à l'installation de l'agence postale et de la maison France Services, qui ont vocation à ouvrir au plus tard au début de l'année 2025, en considération des accords passés avec La Poste et de la nécessité impérative de revitaliser les services en cause, et avec eux, de redynamiser le territoire, ceci en tenant compte des orientations de la communauté d'agglomération du Grand Cognac, compétente pour l'installation de la maison France Services ;

- la mesure demandée ne fait obstacle à aucune décision administrative.

La requête a été communiquée à la SARL Doriem optique qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Marron, greffier d'audience, M. A a lu son rapport et entendu Me Contat représentant la commune de Segonzac, la SARL Doriem optique n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

2. Il résulte de ces dispositions que lorsque le juge des référés est saisi, sur leur fondement, d'une demande d'expulsion d'un local, y compris lorsque celui-ci ne fait pas partie du domaine public de la personne publique propriétaire, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire ou du propriétaire de ce local de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse.

3. Il résulte des pièces versées au dossier que la commune de Segonzac (Charente) a consenti à la société à responsabilité limitée (SARL) Doriem optique un contrat de bail commercial portant sur un local situé au 14, rue Pierre Frapin à Segonzac le 1er septembre 2016. Il est constant que ce local appartenait au domaine privé de la commune. Il n'est pas contesté qu'à partir du mois de septembre 2020, cette société a cessé de s'acquitter des loyers prévus par ce contrat. Par une délibération de son conseil municipal du 30 octobre 2023, la commune de Segonzac a décidé classer ce local dans son domaine public afin d'y installer, en partenariat avec La Poste et la communauté d'agglomération du Grand Cognac, une maison portant le label " France Services ". Estimant que le bail commercial passé avec la SARL Doriem optique ne pouvait se poursuivre sur un immeuble appartenant désormais au domaine public de la commune et que ce contrat s'était, en conséquence, transformé en une convention d'occupation du domaine public, la commune de Segonzac a signifié le 22 mars 2024 à son locataire la fin de cette convention, sous un mois, par lettre recommandée dont celui-ci a été avisé le 16 avril suivant. La SARL Doriem optique n'ayant pas quitté les lieux à l'issue du délai imparti, la commune de Segonzac demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de cette société du local qu'elle occupe, selon elle, sans droit ni titre, et de l'autoriser à procéder, au besoin, à l'exécution d'office de cette expulsion avec le concours de la force publique ainsi qu'à l'enlèvement et la destruction des biens meubles appartenant à cette société et se trouvant encore dans ce local.

En ce qui concerne l'utilité et l'urgence :

4. Aux termes de l'article 27 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 : " Afin d'améliorer, pour tous les usagers, la qualité des services au public et leur accessibilité, en milieu rural et en milieu urbain, des conventions, dénommées conventions France Services, peuvent être conclues aux niveaux départemental et infra-départemental entre l'Etat, des collectivités territoriales ainsi que leurs groupements et des organismes nationaux ou locaux chargés d'une mission de service public ou concourant à la satisfaction des besoins de la population. / La convention, qui doit respecter un référentiel approuvé par arrêté du ministre chargé des collectivités territoriales ainsi que le schéma d'amélioration de l'accessibilité des services au public prévu à l'article 26 de la loi n° 95-115 du 4 février 1995 d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire, définit l'offre de services proposée, qui peut être organisée de manière itinérante ou selon des modes d'accès dématérialisés, ainsi que la nature des prestations fournies. L'ensemble des services ainsi offerts porte le label "France Services". Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat. ".

5. Il résulte de l'instruction que la commune de Segonzac a décidé de reprendre possession du local loué à la SARL Doriem optique en vue d'y faire réaliser les travaux et aménagements nécessaires à l'installation d'une agence postale intégrée au sein d'une structure portant le label " France Services ", au plus tard au début de l'année 2025. Il n'est pas contesté que cette opération vise, notamment, à pallier la fermeture prochaine du bureau de poste de la commune qui connaît une importante chute de sa fréquentation. Le maintien de la SARL Doriem optique dans les lieux est ainsi susceptible de compromettre le bon fonctionnement du service public de la poste et des télécommunications et la demande d'expulsion formée par la commune de Segonzac présente un caractère d'utilité et d'urgence.

En ce qui concerne l'existence d'une contestation sérieuse :

6. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Le domaine public d'une personne publique () est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ".

7. Lorsqu'une personne publique a pris la décision d'affecter un bien qui lui appartient à un service public et que l'aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public peut être regardé comme entrepris de façon certaine, eu égard à l'ensemble des circonstances de droit et de fait, telles que, notamment, les actes administratifs intervenus, les contrats conclus, les travaux engagés, ce bien doit être regardé comme une dépendance du domaine public. Il en va de même lorsque la personne publique décide d'affecter à un service public un bien lui appartenant et qui est déjà doté des aménagements indispensables à l'exécution des missions de ce service public, alors même qu'un droit d'occupation de ce bien serait, à la date de cette décision d'affectation, conféré à un tiers par voie contractuelle.

5. Il n'est pas contesté que, compte tenu des engagements pris par la commune tant vis-à-vis de La Poste que de la communauté d'agglomération du grand Cognac, compétente pour installer une structure de type " France Services ", les travaux et aménagements indispensables à la réalisation de l'agence postale intégrée au sein d'une telle structure, au plus tard au début de l'année 2025, qui visent à permettre l'exercice du service public de la poste et des télécommunications, peuvent être regardés comme entrepris de façon certaine. Il résulte des pièces versées au dossier ainsi que du site www.laposte.fr, accessible librement tant au juge qu'aux parties, que la décision en date du 22 mars 2024 par laquelle la commune de Segonzac a décidé de retirer le titre d'occupation dont bénéficiait la SARL Doriem optique, qui a été distribué à cette société, sans succès, le 29 mars suivant, a été retourné à la commune le 16 avril 2024 avec la mention " Pli avisé non réclamé ". A la date de la présente ordonnance, cette décision, qui doit ainsi être regardée comme ayant été notifiée à la société le 29 mars 2024 et qui n'a fait l'objet d'aucun recours contentieux, est devenue définitive. En l'état de l'instruction, la mesure d'expulsion demandée par la commune de Segonzac ne se heurte donc à aucune contestation sérieuse.

6. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la SARL Doriem optique de libérer le local situé au 14, rue Pierre Frapin à Segonzac qu'elle occupe dans un délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et d'autoriser la commune de Segonzac à procéder, à l'expiration de ce délai, à l'expulsion d'office de cette société, le cas échéant, avec le concours de la force publique ainsi qu'à l'enlèvement et la destruction des biens meubles pouvant encore s'y trouver.

Sur les frais de l'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Doriem optique la somme que réclame la commune de Segonzac au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E:

Article 1er : Il est enjoint à la SARL Doriem optique de libérer le local situé au 14, rue Pierre Frapin à Segonzac dans un délai de vingt jours à compter de la notification de la présente ordonnance. La commune de Segonzac est autorisée à procéder, à l'expiration de ce délai, à l'expulsion d'office de cette société, le cas échéant, avec le concours de la force publique ainsi qu'à l'enlèvement et la destruction des biens meubles pouvant encore se trouver dans ce local.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la commune de Segonzac est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Segonzac et à la société à responsabilité limitée Doriem optique.

Fait à Poitiers, le 10 juin 2024.

Le juge des référés,

Signé

L. A

La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

La greffière,

D. GERVIER

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