vendredi 5 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401594 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2024, le département de la Charente-Maritime, représenté par la présidente du conseil départemental, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de M. A C de la maison située au lieu-dit " Marais de la Chaudière ", 139 route de Sèvres à Taugon (Charente-Maritime) que celui-ci occupe sans droit ni titre, ainsi que l'évacuation de ses affaires personnelles ;
2°) d'enjoindre à M. C de remettre en état la parcelle d'assiette de cette maison dans un délai de 10 jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de M. C une indemnité d'occupation de 315 euros par mois à compter du mois de décembre 2023.
Il soutient que :
- il a fait l'acquisition le 22 octobre 2021 de la parcelle cadastrée section C n°1708 située au lieu-dit " Marais de la Chaudière " à Taugon (Charente-Maritime) d'une superficie de 2 065 m² dans le cadre de sa mission de service public de protection des paysages et des espaces naturels sensibles ; en novembre 2023, il a été alerté par la commune et les riverains de l'occupation sans titre de la maison bâtie sur cette parcelle, qui était destinée à être démolie ; cette occupation sans droit ni titre, a été constatée à deux reprises par un commissaire de justice en avril 2024 et par le maire de Taugon qui a informé les occupants du caractère illégal de cette occupation ;
- la libération de cette parcelle, qui est située en zone humide inondable et a d'ailleurs été longuement inondée durant l'hiver 2023-2024, présente un caractère d'urgence en raison des risques que cette situation représente pour son occupant sans titre ; en outre, cette occupation porte atteinte à la salubrité publique en ce que cette parcelle, sur laquelle sont amoncelés des débris et des déchets de toutes sortes et qui ne dispose d'aucun système d'assainissement, présente un état d'insalubrité manifeste ; une telle occupation porte également atteinte à la protection de l'espace naturel sensible de la boucle de la Sèvre de La Ronde à Marans et fait obstacle à la mise en œuvre de la politique du département pour la préservation et la valorisation du site ;
- l'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que les procès-verbaux de constat du commissaire de justice ainsi que de l'attestation du maire de Taugon établissent que l'occupant de cette parcelle est entré par effraction dans la maison bâtie sur cette parcelle et en a changé les verrous ;
- la mesure d'expulsion demandée est utile dès lors qu'elle permettra de mettre fin à cette occupation sans droit ni titre, tout en permettant la préservation du site qui fait partie d'un espace naturel sensible.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la propriété des personnes publiques ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 5 juillet 2024 à 10h30, en présence de Mme Bompas, greffière d'audience, M. B a lu son rapport, informé les parties qu'il était susceptible de fonder l'ordonnance sur le moyen soulevé d'office tiré de l'incompétence du juge administratif des référés pour connaître de la demande du département, et entendu les observations de Mme D, représentant le département de la Charente-Maritime, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans sa requête et fait valoir que le département a prévu d'aménager la parcelle concernée pour permettre au public d'y accéder.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Les demandes présentées au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, ne doivent pas être manifestement insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative. Il en va également ainsi lorsque l'autorité administrative gestionnaire d'une dépendance du domaine public le saisit d'une demande d'expulsion d'un occupant sans titre de ce domaine.
2. Aux termes, d'autre part, de l'article L. 2111-1 du code de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ".
3. Aux termes, enfin, de l'article L. 113-8 du code de l'urbanisme : " Le département est compétent pour élaborer et mettre en œuvre une politique de protection, de gestion et d'ouverture au public des espaces naturels sensibles, boisés ou non, destinée à préserver la qualité des sites, des paysages, des milieux naturels et des champs naturels d'expansion des crues et d'assurer la sauvegarde des habitats naturels selon les principes posés à l'article L. 101-2. ".
4. La compétence donnée aux départements par les articles L. 113-8 et suivants du code de l'urbanisme pour l'élaboration et la mise en œuvre d'une politique de protection, de gestion et d'ouverture au public des espaces naturels sensibles doit faire regarder les mesures prises pour l'application de ces dispositions comme la mise en œuvre d'un service public de protection de l'environnement par ces collectivités territoriales. Figure au nombre de ces mesures l'acquisition, comme en l'espèce, par un département, d'une parcelle de terrain située dans un espace naturel sensible, laquelle doit être regardée comme affectée aux besoins du service public en cause.
5. En revanche, il résulte de l'instruction que la parcelle cadastrée section C n°1708 située au lieu-dit " Marais de la Chaudière " à Taugon (Charente-Maritime) d'une superficie de 2 065 m², dont le département de la Charente-Maritime a fait l'acquisition le 22 octobre 2021, auprès d'un propriétaire privé et qui supporte une petite maison d'habitation, ne présente aucune spécificité la distinguant d'une autre propriété privée et n'a pas fait l'objet d'aménagements indispensables en vue de son affectation au service public de protection des paysages et des espaces naturels sensibles, au sens des dispositions précitées de l'article L. 2111-1 du code de la propriété des personnes publiques. Si le département soutient à l'audience que de tels aménagements sont prévus pour permettre au public d'accéder à cette parcelle, il est constant que ces aménagements ne sont pas encore réalisés. Au surplus, le département n'apporte aucune précision sur la nature et l'importance de ces aménagements, ni sur l'imminence des travaux correspondants.
6. Dans ces conditions, cette maison d'habitation et sa parcelle d'assiette sont manifestement insusceptibles d'être regardées comme appartenant au domaine public départemental et le juge des référés ne saurait statuer sur la demande du département de Charente-Maritime tendant à l'expulsion de l'occupant sans titre de cette propriété sans méconnaître l'étendue de sa compétence juridictionnelle. Il s'ensuit que la demande du département doit être rejetée comme présentée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête du département de la Charente-Maritime est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée au département de la Charente-Maritime et à M. A C.
Fait à Poitiers, le 5 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. B
La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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