jeudi 27 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401623 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juin 2024, M. C A demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle la présidente de l'université de Poitiers a rejeté sa demande, reçue le 19 juin 2024, d'annuler sans délai toutes les évaluations du master 1 " Ingénierie, Médiation, e-Education " (IME) passées et à venir et a ainsi décidé de poursuivre les évaluations telles qu'elles ont été réalisées depuis le début de l'année ;
2°) d'annuler les évaluations du master 1 IME telles qu'ont été réalisées depuis le début de l'année et celles à venir ;
3°) d'ordonner la réorganisation de tous les examens du master 1 IME de l'année 2023 - 2024 ;
4°) de condamner l'université de Poitiers à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation des troubles dans ses conditions d'existence du fait de cette illégalité ;
5°) de mettre à la charge de l'université de Poitiers la somme de 1 000 au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
6°) de condamner l'université de Poitiers à lui verser les intérêts au taux légal sur la somme de 6 000 euros à compter du 19 juin 2024, date de réception de sa demande indemnitaire.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que le non-respect des conditions réglementaires de passation des évaluations du master 1 IME lui ont rendu impossible l'accès à la formation ; les outils numériques sont inaccessibles et contraires au cadre réglementaire ; les prochaines délibérations pour le master 1 sont prévues le 4 juillet 2024 ; cela porte atteinte à l'ordre public ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision d'évaluer les étudiants du master 1 IME dans les conditions réglementaires où ils l'ont été ;
- en effet, les modalités de contrôle des connaissances ont été modifiées un mois après qu'il les ait acceptées, en méconnaissance de la charte d'examen ;
- ces modalités de contrôle des connaissances sont imprécises et manquent de clarté, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'éducation, ce qui ne permet pas un déroulement régulier des épreuves ;
- le recours aux plateformes Google Classroom et Discord, ainsi que la messagerie Gmail, n'apporte aucune protection des échanges et des données, en méconnaissance de la charte d'examen et du droit à la protection des données que les candidats tirent du règlement sur la protection des données à caractère personnel ;
- ce recours rend inaccessible la formation aux étudiants en situation de handicap, ce qui porte atteinte au prince d'égalité ;
- les règles de désignation et de composition du jury de la charte des examens sont irrégulières.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes du second alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentés par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ". Enfin, en vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, lorsqu'il apparaît manifeste qu'une requête est irrecevable, la rejeter par une ordonnance motivée sans instruction ni audience.
2. D'une part, il résulte de la mission impartie au juge des référés par l'article L. 511-1 du code précité que celui-ci ne peut, sans excéder sa compétence, prononcer l'annulation d'une décision administrative. Par suite, les conclusions à fin d'annulation des évaluations du master 1 IME présentées par le requérant sont manifestement irrecevables. D'autre part, si M. A présente des conclusions à fin de suspension de la décision de la présidente de l'université de Poitiers, il n'a pas introduit par ailleurs de requête distincte à fin d'annulation contre la décision dont il sollicite la suspension. Sa requête est, dès lors, manifestement irrecevable.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
4. Il ressort des prescriptions du titre II du livre V du code de justice administrative, notamment des articles L. 521-2, L. 521-3, L. 523-1 et R. 522-5, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles distinctes de celles qui sont applicables aux demandes présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1. Par suite, elles ne peuvent pas être présentées dans une même requête.
5. En l'espèce, en dépit de son intitulé (" Requête en référé suspension "), lequel est, au demeurant, suivi dans la requête de la citation de la notion de " doute sérieux quant à la légalité de la décision " attaquée, la requête de M. A fait confusément état des possibilités d'intervention du juge des référés tant au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative qu'au titre de l'article L. 521-3 du même code. Par suite, les conclusions présentées par M. A au titre des articles L. 521-1 et L. 521-3 du code de justice administrative sont irrecevables.
6. En troisième lieu, si M. A demande au tribunal de condamner l'université de Poitiers à lui verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subi, il n'appartient pas au juge des référés, statuant sur le fondement des articles L. 521-1 et L. 521-3 du code de justice administrative, de se prononcer sur des conclusions indemnitaires.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A.
Fait à Poitiers, le 27 juin 2024.
Le juge des référés,
Signé
V. B
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
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