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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2401789

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2401789

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2401789
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantTGS FRANCE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juillet 2024, l'Université de Poitiers demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion de la société Biocydex à libérer les locaux qu'elle occupe dans le bâtiment B37 sur le domaine public universitaire dans un délai de sept jours sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à défaut, de l'autoriser à procéder à l'exécution d'office de cette expulsion avec le concours de la force publique

Elle soutient que :

- la mesure demandée présente un caractère urgent compte tenu de la nécessité pour l'Université d'assurer la continuité du service public et, plus précisément, de reprendre possession du bâtiment concerné en vue de réaliser le projet de restructuration et d'extension du pôle Biologie Santé, dans les bâtiments B36 et B37 ;

- elle ne se heurte à aucune contestation sérieuse ; la société Biocydex n'est plus titulaire d'une convention d'occupation du domaine public depuis le 1er février 2024 ; elle l'a mise en demeure de quitter les lieux avant le 30 avril 2024, par un courrier du 20 mars 2024 reçu le 28 mars 2024 ; la société Biocydex n'ayant pas quitté les lieux à l'issue du délai imparti, elle est à ce jour occupante sans droit ni titre du bâtiment ;

- elle présente un caractère utile dès lors qu'elle a besoin des locaux occupés sans titre par la société Biocydex afin d'y relocaliser une unité de recherche dans l'optique de la réalisation de travaux de réaménagement projetés dès 2023 ;

- la mesure demandée ne fait obstacle à aucune décision administrative, l'Université ayant refusé le renouvellement de la convention d'occupation du domaine universitaire conclue à un tarif préférentiel dont était titulaire la société Biocydex jusqu'au 31 janvier 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2024, la société Biocydex, représentée par Me Monzala, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Université de Poitiers sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition relative à l'urgence de la mesure à prononcer n'est pas satisfaite, le risque de perturbation de la continuité du service public n'étant pas établi ni l'imminence des travaux projetés par l'Université de Poitiers ;

- la redevance due au titre de l'occupation des locaux a été réglée le 8 juillet 2024 ;

- son expulsion des locaux de l'Université entraînerait, pour elle, des conséquences graves et priverait son gérant et ses salariés de leur unique moyen de subsistance ;

- la mesure sollicitée porte atteinte à la liberté d'entreprendre et à la liberté du commerce et de l'industrie ;

- elle n'a jamais manifesté aucune opposition à la libération éventuelle des locaux au terme de l'autorisation d'occupation du domaine public ;

- le motif tenant à l'absence de partenariat substantiel en recherche et innovation manque en fait compte tenu des 11 brevets déposés depuis sa création ;

- l'augmentation de 600% du montant de la redevance due au titre de l'occupation des locaux de l'Université de Poitiers constitue un abus de position dominante ainsi qu'une violation du principe de loyauté contractuelle.

La société Biocydex a produit une note en délibéré, enregistrée le 18 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les observations de M. B, représentant l'Université de Poitiers, qui indique que la société Biocydex est informée depuis plus de dix-huit mois qu'elle doit quitter les locaux qu'elle occupe, qu'elle n'a participé à aucun projet de recherche substantiel depuis plusieurs années et qu'il n'est pas contesté qu'elle occupe sans droit ni titre le domaine public de l'Université depuis la fin du mois de janvier 2024. Il précise que cette occupation fait obstacle à la mise en œuvre du projet de réorganisation conduit par l'Université et tendant à la création du Campus Santé avec des partenaires extérieurs et que des mesures exceptionnelles ont déjà été accordées à la société Biocydex pour lui permettre de demeurer plus longtemps dans les locaux occupés afin de préparer son déménagement ;

- les observations de Me Wenceslas, représentant la société Biocydex, qui rappelle la longue collaboration de la société en cause avec l'Université et précise qu'il existe bien une contestation sérieuse à la mesure sollicitée par l'Université, que les contrats de recherche conclus avec l'Université n'ont pas été dénoncés et que cette dernière tente d'abuser de ses prérogatives de puissance publique pour l'expulser de ses locaux sans un projet de réorganisation abouti ni imminent. Il indique que la société a fait son possible pour libérer les locaux qu'elle occupe mais n'a pas été en mesure de le faire, en raison de ses recherches immobilières infructueuses, et demande que soit ordonnée une mesure de médiation sur le fondement de l'article L. 213-7 du code de justice administrative ;

- les observations de M. Belgsir, président de la société Biocydex, qui indique qu'il n'avait pas été informé, avant l'année 2023, de ce que les conventions trisannuelles auparavant conclues avec l'Université ne seraient pas renouvelées et qu'il a fait son possible, en vain, afin de quitter les locaux dans le délai imparti.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de conventions d'occupation du domaine public conclues avec l'Université de Poitiers trisannuelles, la société Biocydex, spécialisée dans la capture et la solubilisation de principes actifs, occupe le bâtiment B37 sur le campus de l'Université de Poitiers depuis 2002. La dernière convention d'occupation du domaine public était conclue entre les parties pour la période du 1er janvier 2023 au 31 janvier 2024. Par un courrier du 20 mars 2024, la présidente de l'Université de Poitiers a mis en demeure la société Biocydex de libérer les locaux de l'Université avant le 30 avril 2024. La société Biocydex n'ayant pas quitté les lieux à l'issue du délai imparti, l'Université de Poitiers demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de cette société du local qu'elle occupe, selon elle, sans droit ni titre, et de l'autoriser à procéder, au besoin, à l'exécution d'office de cette expulsion avec le concours de la force publique.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Il résulte de ces dispositions que lorsque le juge des référés est saisi, sur leur fondement, d'une demande d'expulsion d'un local, y compris lorsque celui-ci ne fait pas partie du domaine public de la personne publique propriétaire, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. S'agissant de cette dernière condition, dans le cas où la demande d'expulsion fait suite à la décision du gestionnaire ou du propriétaire de ce local de retirer ou de refuser de renouveler le titre dont bénéficiait l'occupant et où, alors que cette décision exécutoire n'est pas devenue définitive, l'occupant en conteste devant lui la validité, le juge des référés doit rechercher si, compte tenu tant de la nature que du bien-fondé des moyens ainsi soulevés à l'encontre de cette décision, la demande d'expulsion doit être regardée comme se heurtant à une contestation sérieuse.

4. Il résulte de l'instruction que, par des conventions d'occupations du domaine public trisannuelles conclues depuis 2002, l'Université de Poitiers a mis à disposition de la société Biocydex le bâtiment B37 situé sur le campus de Poitiers. Toutefois, au motif que la société n'entretient plus de partenariat substantiel en recherche ou innovation avec une unité de recherche de l'université, cette dernière a estimé qu'elle ne remplissait plus les conditions lui permettant de bénéficier d'une dérogation tarifaire et a signifié à la société Biocydex, dès le 17 juillet 2023, que la mise à disposition du bâtiment B37 prendra fin au 1er février 2024. La convention d'occupation du domaine public conclue pour cette période ne prévoyait aucune clause tacite de reconduction. Il s'ensuit que la société Biocydex occupe sans droit ni titre le bâtiment B37 de l'Université de Poitiers, de sorte que la demande d'expulsion présentée par l'Université de Poitiers ne se heurte, en premier lieu, à aucune contestation sérieuse, bien que la société Biocydex allègue avoir tenté, en vain, de trouver un local adéquat dans le délai imparti par l'université. En outre, la mesure sollicitée ne peut être regardée comme portant atteinte aux principes de la liberté d'entreprendre et de la liberté du commerce et de l'industrie.

5. En deuxième lieu, l'occupation irrégulière du bâtiment en cause compromet la réalisation de travaux de restructuration projetés par l'Université de Poitiers, dont la réalité n'est pas niée par la société Biocydex. Dans ces circonstances, l'urgence de la mesure sollicitée par l'Université de Poitiers est caractérisée par la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service public dont elle est chargée. Dès lors, la libération du local occupé par la société Biocydex présente un caractère d'utilité et d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.

6. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre à la société Biocydex de libérer le bâtiment B37 situé sur le campus de l'Université de Poitiers qu'elle occupe dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et d'autoriser l'Université de Poitiers à procéder, à l'expiration de ce délai, à l'expulsion d'office de cette société, le cas échéant, avec le concours de la force publique.

Sur les conclusions relatives à la médiation :

7. La faculté pour le juge d'ordonner une médiation en application de l'article L. 213-7 du code de justice administrative constitue un pouvoir propre de celui-ci. En tout état de cause, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné d'y procéder.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Université de Poitiers, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la société Biocydex demande au titre des frais liés au litige.

O R D O N N E:

Article 1er : Il est enjoint à la société Biocydex de libérer le bâtiment B37 situé sur le campus de l'Université de Poitiers dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. L'Université de Poitiers est autorisée à procéder, à l'expiration de ce délai, à l'expulsion d'office de cette société, le cas échéant, avec le concours de la force publique.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'Université de Poitiers et à la société Biocydex.

Fait à Poitiers, le 18 juillet 2024.

La juge des référés,

Signé

R. A

La République mande et ordonne au préfet de Vienne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Signé

S. GAGNAIRE

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