mercredi 7 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2401900 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | CABINET PHELIP & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2024 et le 5 août 2024, la société anonyme (SA) Resina, représentée par Me Bardet, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler la décision en date du 3 juillet 2024 par laquelle le Syndicat de l'eau et de l'assainissement de la Vienne (SIVEER) a rejeté l'offre qu'elle a présentée dans le cadre de la consultation concernant la réhabilitation des réservoirs de Millac - Bel Air ;
2°) d'enjoindre au SIVEER de reprendre la procédure d'attribution de ce marché au stade de l'analyse des offres ;
3°) de mettre à la charge du SIVEER la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par le SIVEER au même titre.
Elle soutient que :
- la décision contestée ne pouvait pas indiquer que son offre n'était pas la plus avantageuse dès lors que le prix qu'elle a proposé était significativement plus bas que celui proposé par l'attributaire du marché ;
- le SIVEER s'est livré à une mauvaise appréciation de l'offre qu'elle a présentée pour le lot n° 3 " Réhabilitation des réservoirs de Millac - Bel Air " en ce qu'il lui a attribué la note 2,5 points sur 4 au titre du critère " Hygiène/Sécurité ", et celle de 2 points sur 5 au titre du critère " Développement durable et sociétal " alors que, pour le lot n°1 " Réservoir de Cissé-Le-Bourg " et pour le lot n°2 " Réhabilitation du réservoir de Vouillé ", dont les CCAP sont identiques en ce qui concerne la clause environnementale et les obligations liées à la sécurité, elle a obtenu respectivement, pour le premier lot, 3 points sur 4 pour l'hygiène et la sécurité et 2,5 points sur 5 pour le développement durable et, pour le deuxième lot, 3 points sur 4 pour l'hygiène et la sécurité et 2,5 points sur 5 pour le développement durable et sociétal ; le maître d'ouvrage ne lui a jamais demandé de précisions sur ses propositions en ce qui concerne les critères d'hygiène et de sécurité ou du développement durable et sociétal ; le SIVEER a dénaturé son offre ;
- le SIVEER ne lui n'a jamais indiqué les motifs des notes qu'il lui a attribuées en matière d'hygiène et de sécurité et en matière de développement durable et sociétal ; aucune explication n'a été donnée sur les notes de 10/10 au titre du phasage, organisation et contrainte du chantier et de 4/4 sur les modes opératoires de chantiers accordées à la société attributaire du marché, ni sur les notes qui lui ont été attribuées au titre des mêmes critères et des deux critères précités ; le rejet de son offre sans que lui soit indiqué les motifs justifiant ce rejet, ni les éléments d'appréciation des mérites respectifs des offres et les méthodes de notation mise en œuvre, constitue un manquement à l'obligation de transparence et de mise en concurrence et méconnaît les dispositions des articles L. 2181-1, R. 2181-1 et R. 2181-2 du code de la commande publique ;
- la décision attaquée ne mentionne pas la date à compter de laquelle l'attributaire est susceptible de signer le marché en méconnaissance des dispositions de l'article R. 2182-1 du code de la commande publique ;
- la décision attaquée est partiale dès lors, que ses offres ont déjà été écartées à quatre reprises par le SIVEER, dont trois fois par la même personne ;
- au cas où le tribunal estimerait que sa requête est irrecevable, elle n'était pas informée de ce que le contrat avait déjà été conclu au jour de la saisine de la juridiction des référés et ne peut donc être condamnée au paiement de frais irrépétibles.
Par lettre du 1er août 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête, l'acte d'engagement relatif au marché dont la société requérante conteste les conditions d'attribution, ayant été signé par le représentant du pouvoir adjudicateur le 3 juillet 2024.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 2 août 2024, le SIVEER, représenté par Me Phelip, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que la SA Resina lui verse une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que le marché litigieux a été signé le 3 juillet 2024, avant l'enregistrement de la requête ;
- les moyens soulevés par la SA Resina ne sont, en toute hypothèse, pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Campoy, vice-président, en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Bompas, greffière d'audience, M. Campoy a lu son rapport et entendu les observations de M. A, représentant la SA Resina qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que dans sa requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, ou la délégation d'un service public./ Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. ". Il résulte de ces dispositions que les pouvoirs conférés au juge administratif, en vertu de la procédure spéciale instituée par l'article L. 551-1 précité du code de justice administrative, ne peuvent plus être exercés après la conclusion du contrat.
2. Il résulte de l'instruction que l'acte d'engagement relatif au marché dont la société requérante conteste les conditions d'attribution, a été signé par le représentant du pouvoir adjudicateur le 3 juillet 2024. A dater de l'accomplissement de cette formalité, qui constitue la " conclusion du contrat " au sens des dispositions précitées l'article L. 551-1 du code de justice administrative, la procédure instituée par cet article ne pouvait plus être introduite. Il s'ensuit que la demande formée le 18 juillet 2024 devant le juge des référés précontractuels du tribunal par la SA Résina, candidate non retenue à cette consultation et tendant à ce que la procédure de passation du contrat soit reprise au stade de l'examen des offres, est irrecevable en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
3. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SA Resina une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le SIVEER et non compris dans les dépens.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la SA Resina est rejetée.
Article 2 : La SA Resina versera au SIVEER une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société anonyme Resina, à la société par actions simplifiée Travaux spéciaux Mournes et au Syndicat de l'eau et de l'assainissement de la Vienne.
Fait à Poitiers, le 7 août 2024.
Le juge des référés,
Signé
L. CAMPOY
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER
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