jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Poitiers |
| Section | Tribunal Administratif de Poitiers |
| N° Dossier | TA86-2402120 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre - JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, Mme C A, représentée par sa tutrice, l'Union départementale des associations familiales des Deux-Sèvres (UDAF 79), demande au tribunal d'enjoindre au préfet des Deux-Sèvres de lui attribuer un logement adapté à sa situation et à ses capacités financières.
Elle soutient que :
- par une décision du 15 février 2024 de la commission de médiation du département de la Charente, elle a été reconnue prioritaire et devant être logée en urgence ;
- aucune logement ne lui a été proposé.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 août 2024, la préfète des Deux-Sèvres conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'en dépit de la mobilisation des services de l'Etat, il n'a pas encore été possible de trouver un logement adapté aux besoins de Mme A, qui se trouve en situation de handicap et de grande vulnérabilité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article L. 778-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D ;
- les observations de Mme E et M. B, représentant l'UDAF 79, qui font valoir que Mme A vit toujours dans la rue, ce qui rend l'intervention des services susceptibles de lui apporter une aide sociale et médicale beaucoup plus difficile.
En application des dispositions de l'article R. 778-5 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ". Aux termes de l'article L. 441-2-3-1 du même code : " I.-Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du gouvernement. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. () ".
2. Ces dispositions éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable par le législateur. Le juge administratif, saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande tendant à ce qu'il ordonne le logement ou le relogement d'une personne dont la commission de médiation a estimé qu'elle est prioritaire et doit être logée en urgence, doit y faire droit s'il constate qu'il n'a pas été offert à cette personne un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités tels qu'ils ont été définis par la commission. Lorsque le demandeur refuse un logement qui lui avait été proposé à la suite de la décision de la commission, la juridiction ne peut adresser une injonction à l'administration que si l'offre ainsi rejetée n'était pas adaptée aux besoins et capacités de l'intéressé tels que définis par la commission ou si, bien que cette offre fût adaptée, le demandeur a fait état d'un motif impérieux de nature à justifier son refus.
3. Par une décision du 15 février 2024, la commission de médiation du département des Deux-Sèvres a reconnu Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
4. Il résulte de l'instruction que, malgré cette décision de la commission de médiation, la préfète des Deux-Sèvres n'a fait aucune offre d'hébergement à Mme A. Dans ces conditions et alors même que, du fait des besoins particuliers de la requérante, peu de logement sont susceptibles de convenir, l'Etat ne peut être regardé comme étant délié de l'obligation de résultat qui pèse sur lui. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète des Deux-Sèvres de présenter à Mme A une offre effective de logement répondant à ses besoins et à ses capacités, conformément à la décision de la commission de médiation du 15 février 2024.
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, d'assortir d'office l'injonction d'une astreinte de 300 euros par mois complet de retard à compter du 1er novembre 2024. Tant que la liquidation définitive de l'astreinte ne sera pas intervenue, la préfète des Deux-Sèvres versera spontanément l'astreinte au fonds dès qu'elle sera due pour une période de six mois, deux fois par an. En vue de permettre la liquidation définitive de l'astreinte, il appartient à cette dernière de justifier auprès du tribunal de l'exécution totale de l'injonction prononcée au point 4 ou d'une cause d'inexécution.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète des Deux-Sèvres de présenter à Mme A une offre effective de logement répondant à ses besoins et à ses capacités, sous astreinte destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement de 300 euros par mois entier de retard à compter du 1er novembre 2024.
Article 2 : Les sommes dues en exécution de l'article 1er ci-dessus doivent être versées jusqu'à l'ordonnance de liquidation définitive. Lorsque la préfète des Deux-Sèvres estimera avoir exécuté l'injonction, il lui appartiendra de demander au juge de constater cette exécution et de procéder en conséquence à une liquidation définitive de l'astreinte.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à l'UDAF 79 et au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement.
Copie en sera adressée à la préfète des Deux-Sèvres.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
I. D La greffière d'audience,
Signé
K. GIBAULT
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, chargé du logement, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme, Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
G. FAVARD
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026