Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 août 2024, le 14 août 2024, le 23 août 2024, le 5 août 2025 et le 24 novembre 2025, M. C... A..., Mme D... A... et M. B... E... demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d’annuler les trois arrêtés du 9 juillet 2024 par lesquels le préfet de la Vienne leur a refusé la délivrance d’un titre de séjour et les a obligés à quitter le territoire français, ensemble les rejets de leur recours gracieux du 1er août 2024 ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Vienne de réexaminer leur situation dans le délai de deux mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir.
Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :
- les décisions en litige sont entachées d’erreur d’appréciation, car ils sont intégrés en France où résident des membres de leur famille, ont une activité professionnelle et sont propriétaires de leur résidence, alors qu’ils n’ont plus aucune attache en Grande-Bretagne ;
- elles méconnaissant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme ;
- la demande pour M. et Mme A... de visas « entrepreneur » et « conjoint collaborateur » résulte d’une erreur de bonne foi, et l’autorité préfectorale aurait dû réexaminer leur demande sur les fondements sur lesquels ils étaient éligibles, à savoir « entrepreneur » pour M. A..., et « vie privée et familiale » pour Mme A... et M. E....
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2025 et non communiqué, le préfet de la Vienne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
- le code des relations entre le public et l’administration,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Le rapport de Mme Duval-Tadeusz a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. C... A..., Mme D... A... et M. B... E..., ressortissants britanniques nés respectivement les 4 septembre 1961, 11 juillet 1981 et 10 octobre 2023, sont entrés sur le territoire français le 4 juin 2021 sous couvert de visas visiteurs. M. C... A... et Mme D... A... ont ensuite bénéficié d’une carte de séjour temporaire « entrepreneur- profession libérale » valable du 2 décembre 2022 au 1er décembre 2023, M. B... E... bénéficiant d’un visa « vie privée et familiale » sur la même période. Le 6 septembre 2023 et le 12 octobre 2023, ils ont déposé une demande de renouvellement de leurs titres de séjour, sous le statut d’entrepreneur pour M. A... et au titre de la vie privée et familiale pour Mme A... et M. E.... Par trois décisions du 9 juillet 2024, le préfet de la Vienne a refusé les titres de séjour sollicités et a édicté à leur encontre une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire. Leurs recours gracieux contre ces décisions ont fait l’objet d’un rejet par décision du 1er août 2024. Par la présente requête, M. A..., Mme A... et M. E... demandent l’annulation des décisions du 9 juillet 2024, ensemble le rejet de leurs recours gracieux.
Sur le refus de visa « entrepreneur » opposé à M. A...
Aux termes de l’article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, « L’étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d’existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « entrepreneur/profession libérale » d’une durée maximale d’un an ».
Il ressort des pièces du dossier qu’à l’appui de sa demande de titre de séjour en qualité d’entrepreneur, M. A... a fourni, concernant son activité économique, trois factures émanant de son entreprises la copie d’un certificat d’inscription au répertoire des entreprises et des établissements, et son avis d’impôt sur le revenu. S’il produit, à l’appui de sa requête, des courriers de soutien en anglais et un business plan non daté, ces seuls éléments ne permettent pas d’établir qu’il tirerait des moyens d’existence suffisant de son activité. Par suite, M. A... ne rapporte pas la preuve qui lui incombe de la viabilité de son entreprise et n’est donc pas fondé à soutenir que le préfet de la Vienne aurait méconnu les dispositions de l’article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant le titre de séjour sollicité.
Sur le refus de titre de séjour « vie privée et familiale » opposé à Mme A... et à M. E...
Aux termes de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui n’entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d’une durée d’un an, sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d’existence de l’étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d’origine (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a demandé un titre de séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale avec son époux et son fils majeur. Si elle se prévaut de la présence régulière de ses parents sur le territoire français et de la propriété de son logement dans la Vienne, elle ne prouve ni même n’allègue être intégrée socialement ou professionnellement en France. Son arrivée sur le territoire est de plus récente, et elle n’établit pas ne plus avoir de lien en Grande-Bretagne, où elle a vécu la majeure partie de sa vie. La circonstance qu’elle ait fait le choix de vivre en France est sur ce point sans incidence, de même que la possession d’un logement, Mme A... continuant de bénéficier de la possibilité de venir ponctuellement en France en tant que visiteur. Enfin, son mari et son fils font également l’objet d’une obligation de quitter le territoire français à destination de la Grande-Bretagne, où la cellule familiale pourra se recomposer.
M. E..., à l’appui de sa requête, invoque la présence en France de deux de ses grands-parents, de sa mère et de son beau-père. Toutefois, ces deux derniers font également l’objet d’une obligation de quitter le territoire français à destination de la Grande-Bretagne. En outre, s’il a travaillé ponctuellement de juillet à septembre 2024 en tant que travailleur saisonnier, ce seul élément ne permet pas de caractériser une particulière insertion professionnelle.
Dans ces conditions, en refusant les titres de séjour « vie privée et familiale » à Mme A... et à M. E..., le préfet de la Vienne n’a pas entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.
Sur l’atteinte à la vie privée et familiale
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ».
Il ressort des pièces du dossier que M. A..., Mme A... et M. E... font l’objet de décisions d’obligation de quitter le territoire français concomitantes et pourront reconstituer la cellule familiale dans leur pays d’origine. Les circonstances évoquées relatives à la possibilité de rendre pérenne l’activité économique de M. A..., au demeurant non démontrée, et au choix des intéressés d’investir dans l’immobilier en France ne sont pas de nature à porter une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale. Dans ces conditions, et au regard de ce qui a été indiqué aux points 5 et 6, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litige méconnaitraient leur droit à une vie privée et familiale.
En dernier lieu, la circonstance, non établie, que les requérants aient été mal conseillés est sans incidence sur la solution du litige. Le préfet n’était, en outre, pas tenu d’examiner leur demande sur un fondement autre que celui sollicité.
Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetées dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées à titre d’injonction.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A... et de M. E... est rejetée.
Article : Le présent jugement sera notifié à M. C... A..., représentant unique, et au Préfet de la Vienne.
Une copie sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
M. Lacampagne, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2025.
La rapporteure,
Signé
J. DUVAL-TADEUSZ
Le président,
Signé
P. CRISTILLE
La greffière,
Signé
N. COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Vienne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
N. COLLET