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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2402329

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2402329

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2402329
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantROBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées les 28 et 29 août 2024, Mme B C, représentée par Me Robin, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 28 juin 2024 par laquelle la présidente du département de la Charente-Maritime a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision du 27 mai 2024 lui refusant le bénéfice du revenu de solidarité active ;

2°) d'enjoindre au département de la Charente-Maritime de lui verser le revenu de solidarité active et de réexaminer sa demande dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Mme C soutient que :

- la condition d'urgence est remplie car elle se trouve en situation de grande précarité financière, avec un jeune enfant à charge et sans aide à attendre de son mari, contre lequel elle a porté plainte pour violences conjugales ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée car, si elle ne remplit pas la condition de cinq années de résidence régulière en France, elle doit bénéficier de la dérogation prévue par l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles en tant que personne isolée assumant la charge d'un enfant ; la décision contestée est donc entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2024, le département de la Charente-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il n'existe pas de doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, car en application de l'article R. 262-2 du code de l'action sociale et des familles, le bénéfice de la dérogation invoquée par la requérante a pris fin lorsque son fils a atteint l'âge de trois ans, soit en janvier 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 22 août 2024 sous le numéro 2402328 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Bris, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Gibault, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Le Bris, juge des référés ;

- les observations de Me Robin, représentant Mme C, qui reprend l'ensemble de ses moyens, produit trois pièces complémentaires pour justifier de la précarité de sa situation et demande l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Les pièces produites à l'audience ont été communiquées au département de la Charente-Maritime et la clôture de l'instruction a été repoussée au 18 septembre 2024 à 12h.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C demande la suspension de l'exécution de la décision du 28 juin 2024 par laquelle la présidente du département de la Charente-Maritime a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision du 27 mai 2024 lui refusant le bénéfice du revenu de solidarité active.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder provisoirement l'aide juridictionnelle à Mme C.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. A termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". A termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

4. A termes de l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : 1° Être âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; 2. Être français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. Cette condition n'est pas applicable : Cette condition n'est pas applicable () b) A personnes ayant droit à la majoration mentionnée à l'article L. 262-9 du présent code () ". A termes de l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants () ". A termes de l'article R. 262-2 de ce code : " La durée maximale pendant laquelle la majoration du montant forfaitaire mentionnée à l'article L. 262-9 est perçue est de douze mois. () Toutefois, cette durée de douze mois est prolongée jusqu'à ce que le plus jeune enfant à charge ait atteint l'âge de trois ans () ". Enfin, en vertu de l'article R. 262-35 de ce code, le revenu de solidarité active cesse d'être dû à compter du premier jour du mois civil au cours duquel les conditions d'ouverture du droit cessent d'être réunies.

5. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme C n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

6. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées, par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin de suspension.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C, au département de la Charente-Maritime et à Me Robin.

Fait à Poitiers, le 19 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

I. LE BRIS

La République mande et ordonne au préfet de la Charente-Maritime, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier,

Signé

G. FAVARD

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