Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 décembre 2024, M. D... C... B... demande au tribunal :
1°) d’annuler le titre de recette n°0077498 / 2022 émis et rendu exécutoire le 1er décembre 2022 par le directeur général du Centre national d’enseignement à distance (CNED) à l’effet de recouvrer 693 euros de frais d’inscription de sa fille A... aux cours à la carte de 1ère générale complète et de le décharger de cette somme ;
2°) de prononcer la décharge de l’obligation de payer la somme de 554,40 euros procédant de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 14 octobre 2024 par l’agent comptable du CNED en vue du recouvrement du surplus du titre exécutoire n°0077498 / 2022 du 1er décembre 2022.
Il soutient que :
- sa requête n’est pas tardive dès lors que le CNED ne l’a jamais informé des voies et délais de recours ;
- il ne doit pas la somme qu’on lui réclame dès lors que le CNED a lui-même résilié le contrat liant sa fille à cet établissement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : « Les présidents de tribunal administratif (...) et les présidents de formation de jugement des tribunaux (...) peuvent, par ordonnance : / (…) 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser (…) ; 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours (…) les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. (…) ».
Sur la recevabilité des conclusions à fin d’annulation du titre exécutoire du 1er décembre 2022 :
2. Aux termes de l’article 112 du décret du 7 novembre 2012 visé ci-dessus : « Les ordres de recouvrer relatifs aux autres recettes comprennent : / 1° Les titres de perception mentionnés à l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales ; (…) ». Aux termes de l’article 118 du même décret : « (…) Le droit de contestation d'un titre de perception se prescrit dans les deux mois suivant la notification du titre ou, à défaut, du premier acte de poursuite qui procède du titre en cause. (…) ».
3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le décret du 7 novembre 2012, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d’un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l’exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu’il en a eu connaissance. Cette règle, qui a pour seul objet de borner dans le temps les conséquences de la sanction attachée au défaut de mention des voies et délais de recours, ne porte pas atteinte à la substance du droit au recours, mais tend seulement à éviter que son exercice, au-delà d’un délai raisonnable, ne mette en péril la stabilité des situations juridiques et la bonne administration de la justice, en exposant les défendeurs potentiels à des recours excessivement tardifs. Il appartient dès lors au juge administratif d’en faire application au litige dont il est saisi, quelle que soit la date des faits qui lui ont donné naissance.
4. S’agissant des titres exécutoires, sauf circonstances particulières dont se prévaudrait leur destinataire, le délai raisonnable ne saurait excéder un an à compter de la date à laquelle le titre, ou à défaut, le premier acte procédant de ce titre ou un acte de poursuite a été notifié au débiteur ou porté à sa connaissance.
5. En l’espèce, il est constant que le directeur général du Centre national d’enseignement à distance (CNED) a émis et rendu exécutoire le 1er décembre 2022 le titre de recette n°0077498/2022 d’un montant de 693 euros à l’effet de recouvrer les frais d’inscription de la fille de M. D... C... B... aux cours de 1ère générale organisés par cet établissement. Si M. C... B... soutient que ni ce titre exécutoire, ni aucun acte subséquent du CNED ne comportait l’indication des voies et délais de recours, il résulte des pièces versées au dossier par l’intéressé lui-même que, par un courrier en date du 8 novembre 2023, celui-ci a accusé réception de la mise en demeure du comptable du CNED de payer ce titre exécutoire et en a contesté le montant. M. C... B..., qui doit ainsi être regardé comme en ayant eu connaissance de ce titre ou du premier acte de poursuite en procédant au plus tard le 8 novembre 2023, n’a demandé au tribunal administratif l’annulation de ce titre et la décharge de la somme qu’il vise à recouvrer que le 18 décembre 2024, soit après l’expiration du délai raisonnable d’un an précité. Par conséquent, les conclusions dirigées contre ce titre de recette ne sont pas recevables et doivent, par suite, être rejetées en application des dispositions du 4° de l'article R. 222 1 du code de justice administrative.
Sur les conclusions à fin de décharge de l’obligation de payer :
6. Aux termes de l’article L. 281 du livre des procédures fiscales : « Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Lorsque les contestations portent sur le recouvrement de créances détenues par les établissements publics de l'Etat, (…), dotés d'un agent comptable, ces contestations sont adressées à l'ordonnateur de l'établissement public (…) pour le compte duquel l'agent comptable a exercé ces poursuites. / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / (…) / b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance ; / (…) ».
7. M. C... B..., dont il est constant qu’il a eu connaissance, au plus tard, le 12 novembre 2024 de la saisie administrative à tiers détenteur émise le 14 octobre 2024 par l’agent comptable du CNED en vue du recouvrement du surplus du titre exécutoire n°0077498 / 2022 du 1er décembre 2022 ainsi que des voies et délais de recours contre cet acte de poursuite, soutient qu’il n’est pas redevable des sommes que lui réclame le CNED dès lors que la formation à laquelle sa fille était inscrite n'a jamais eu lieu puisque aucun document, excepté un fascicule d'espagnol, aucun devoir, aucune correspondance avec un quelconque professeur, n’a été proposé par le CNED. Il résulte toutefois des dispositions de l’article L. 281 du livre des procédures fiscales que les moyens relatifs au bien-fondé de la créance sont irrecevables dans le cadre d’une opposition à poursuite. Il s’ensuit que les conclusions du requérant tendant à la décharge de l’obligation de payer la somme de 554,40 euros, qui ne se fondent que sur un moyen irrecevable, doivent être rejetées en application des dispositions du 7° de l'article R. 222 1 du code de justice administrative.
8. Il résulte de tout ce qui précède que l’ensemble des conclusions de la requête de M. C... B... doit être rejeté.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C... B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D... C... B... et au Centre national d'enseignement à distance.
Fait à Poitiers, le 21 janvier 2025.
Le président de la 1ère chambre,
Signé
L. Campoy
La République mande et ordonne à la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,
Signé
D. GERVIER