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AccueilJurisprudence administrativeN° TA86-2501364

Tribunal Administratif de Poitiers — Décision N° TA86-2501364

jeudi 29 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Poitiers
SectionTribunal Administratif de Poitiers
N° DossierTA86-2501364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELARL RACHID RAHMANI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Poitiers a annulé la décision du préfet de la Charente du 10 mars 2025 refusant d'admettre au séjour Mme A..., ressortissante algérienne. Le tribunal a jugé que le préfet n'avait pas procédé à un examen complet et suffisamment approfondi de la nouvelle demande de titre de séjour de l'intéressée, faute de démontrer l'absence de changement de situation depuis un précédent refus. La solution retenue est fondée sur l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande dans un délai d'un mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2025, Mme B... A..., représentée par Me Rahmani, demande au tribunal :

1°)
d’annuler la décision du 10 mars 2025 par lequel le préfet de la Charente a refusé de l’admettre au séjour ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Charente de lui délivrer un certificat de résidence mention « vie privée et familiale » d’un an, au visa de l’article 6 de la Convention franco-algérienne, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu’il renonce à percevoir la part contributive de l’Etat.

Elle soutient que :
la décision est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
elle est entachée d’une erreur d’appréciation eu égard à l’intensité de ses liens personnels et familiaux en France.

Par un mémoire, enregistré le 16 décembre 2025, le préfet de la Charente a produit des pièces.


Vu les autres pièces du dossier.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2025.


Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Lacampagne a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

Mme B... A..., ressortissante algérienne née le 24 octobre 2004, est entrée régulièrement en France en novembre 2018, en compagnie de sa mère, de son frère et de sa sœur, également mineurs. Mme A... a sollicité une première fois un titre de séjour, refusé par un arrêté du 18 septembre 2023 du préfet de la Charente-Maritime assorti d’une obligation de quitter le territoire français. Le 3 février 2025, elle a déposé une demande de titre de séjour « étudiant » auprès de la préfecture de la Charente qui a rejeté sa demande jugée irrecevable par une décision du 10 mars 2025, faute de nouveaux éléments depuis le précédent refus du 18 septembre 2023. Par sa requête, Mme A... demande l’annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : « (…) Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus… ».

Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a déposé le 7 novembre 2022 une demande de titre de séjour, puis une seconde le 3 février 2025 accompagnée notamment d’un diplôme de baccalauréat obtenu en 2023 et de pièces attestant qu’elle suit actuellement depuis un BTS Négociation et digitalisation de la relation client (NDRC) au sein du lycée Palissy à Saintes. Pour justifier du caractère « irrecevable » de sa nouvelle demande de titre de séjour le préfet de la Charente soutient que Mme A... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français le 18 septembre 2023 qui n’a pas été exécutée et qu’elle ne présentait pas de nouveaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale lors de sa nouvelle demande en 2025. Toutefois, le préfet de la Charente n’apporte pas la preuve qui lui incombe que les éléments fournis par Mme A... à l’occasion de ses demandes de titre de séjour de 2022 et 2025 sont identiques et ne révèlent aucun changement de situation. Dans ces conditions, et eu égard au délai écoulé entre les deux demandes de titres de séjour, le préfet n’a pas procédé à un examen complet et suffisamment approfondi de la demande dont il était saisi.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision attaquée.

Sur l’injonction :

Eu égard au moyen d’annulation retenu au point n°3, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet de la Charente de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A..., dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Rahmani sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l’Etat.



D E C I D E :



Article 1er : La décision du 10 mars 2025 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Charente de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme A..., dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Me Rachid Rahmani, avocat de Mme A..., une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Rachid Rahmani et au préfet de la Charente.

Une copie sera adressée au ministre de l’intérieur.

Délibéré après l’audience du 13 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Cristille, président,
Mme Duval-Tadeusz, première conseillère,
M. Lacampagne, premier conseiller.





Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2026.

Le rapporteur,

Signé

P. LACAMPAGNE




Le président,

Signé

P. CRISTILLE








L’assesseure la plus ancienne,



M. C...


Le président-rapporteur,



A. MARCHAND






L’assesseure la plus ancienne,



M. C...

La greffière,

Signé

N. COLLET

La République mande et ordonne au préfet de la Charente en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour le greffier en chef,
La greffière,

Signé

N. COLLET


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