mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-1901905 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 septembre 2018, transmise par ordonnance du magistrat désigné du tribunal administratif de Dijon du 24 octobre 2019, M. B A, représenté par Me David, demande au Tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi en raison d'un placement au quartier d'isolement à la maison centrale de Saint-Maur le 23 mars 2012 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'administration a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en le plaçant de manière illégale au quartier d'isolement ;
- il a subi un préjudice moral en raison de ce placement à l'isolement et est fondé à en demander réparation à hauteur d'une somme de 15 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 14 janvier 2019 et le 6 avril 2023, le ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, d'une part, que la créance dont se prévaut M. A est prescrite, d'autre part, qu'aucune faute n'a été commise, enfin et subsidiairement que la demande de réparation présentée devra être ramenée à de plus justes proportions.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2018.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de M. Martha,
- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Après avoir placé provisoirement à l'isolement M. A le 21 mars 2012, le chef d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur, par une décision du 23 mars 2012, a prolongé ce placement jusqu'au 13 mai 2012 sur la base de l'existence d'un danger immédiat pour la sécurité de l'établissement en raison d'une suspicion de projet d'évasion impliquant l'intéressé. Par un jugement du 22 mai 2015, la chambre correctionnelle du tribunal correctionnel de Châteauroux a relaxé M. A du chef de tentative d'évasion par effraction pour des faits commis du 27 mai 2011 au 20 mai 2012 à la maison centrale de Saint-Maur. Par un courrier du 2 mars 2018, reçu le 5 mars suivant, M. A a formé un recours indemnitaire préalable sollicitant le versement d'une somme de 15 000 euros au titre du préjudice moral subi résultant, selon lui, de son placement fautif à l'isolement. Il demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 15 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de la mesure le plaçant à l'isolement.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. En principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
3. D'une part, aux termes de l'article 726-1 du code de procédure pénale : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office (). ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 57-7-62 du même code : " La mise à l'isolement d'une personne détenue, par mesure de protection ou de sécurité, qu'elle soit prise d'office ou sur la demande de la personne détenue, ne constitue pas une mesure disciplinaire. ". La décision de placer une personne détenue à l'isolement ou de prolonger une telle mesure ne constitue pas une sanction disciplinaire mais une mesure de police administrative tendant à assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité au sein de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions. Il appartient à l'autorité prenant une telle décision d'examiner, sous le contrôle du juge, si le comportement du détenu, apprécié à la date de la décision, révèle des risques de troubles incompatibles avec son maintien ou son retour en régime ordinaire de détention.
4. D'autre part, l'autorité de la chose jugée appartenant aux décisions des juges répressifs devenues définitives qui s'impose aux juridictions administratives s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif. La même autorité ne saurait, en revanche, s'attacher aux motifs d'un jugement de relaxe tirés de ce que les faits reprochés ne sont pas établis ou de ce qu'un doute subsiste sur leur réalité.
5. Pour prendre la décision le 23 mars 2012 de placer M. A à l'isolement, le chef d'établissement de la maison centrale de Saint-Maur s'est fondé sur l'existence d'une suspicion de projet d'évasion impliquant l'intéressé, suspicion notamment basée sur la découverte le 20 mars 2012 d'un ensemble d'objets dissimulés dans une salle d'activité et sur les liens entretenus par M. A avec certains détenus impliqués dans des projets d'évasion.
6. Pour contester la matérialité des faits qui ont fondé cette décision, M. A se prévaut principalement du jugement rendu le 22 mai 2015 par le tribunal correctionnel de Châteauroux aux termes duquel il a été relaxé des poursuites engagées contre lui pour des faits de tentative d'évasion par effraction.
7. Tout d'abord, en retenant pour relaxer M. A que " la seule présence de son ADN sur un pull retrouvé sur place et le fait qu'il fréquentait lui aussi la salle de sports ne suffisent pas à emporter la conviction de sa culpabilité, puisqu'il n'a pas reconnu sa participation et que M. C le dédouane totalement ", le tribunal correctionnel doit être regardé comme ayant considéré que les faits reprochés à M. A ne sont pas établis et non pas comme ayant procédé à des constatations matérielles constituant le support nécessaire du dispositif de la décision de justice rendue. Par suite et dès lors que l'autorité de chose jugée par le juge pénal ne s'attache qu'à ces constatations, ainsi qu'il résulte de ce qui a été dit au point 4, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision le plaçant à l'isolement serait entachée d'inexactitude matérielle des faits pour le seul motif que les appréciations de faits portées postérieurement à cette décision par le juge pénal et ayant conduit à sa relaxe seraient revêtues de l'autorité absolue de chose jugée et s'imposeraient à la juridiction administrative.
8. Ensuite, il résulte de l'instruction que M. A a été condamné à une peine de quinze ans de réclusion criminelle pour vol en bande organisée avec arme, destruction en bande organisée du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes et vol avec violence commis en bande organisée. Il a été condamné le 26 mai 2011 par la cour d'assises de l'Ardèche à vingt ans d'emprisonnement pour des faits similaires. En outre, il résulte de cette même instruction que le 20 mars 2012, un préparatif d'évasion a été découvert impliquant le détenu C dont le requérant était proche, sur lequel il avait un ascendant et avec lequel il s'est retrouvé à plusieurs reprises en activité, notamment lors des ateliers marqueterie le week-end. Il n'est par ailleurs pas contesté que M. A a changé de comportement après le transfert du détenu C le 15 mars 2012 à la maison centrale de Clairvaux ni qu'il était suivi par la cellule de renseignement de l'établissement au vu des risques d'évasion qu'il présentait et de sa proximité avec un détenu s'étant évadé avec violence de la maison centrale de Moulins en 2009 selon un mode opératoire proche de celui conçu et découvert à la maison centrale de Saint Maur. Dans ces conditions, quand bien même M. A a été relaxé par le tribunal correctionnel de Châteauroux des poursuites engagées contre lui pour des faits de tentative d'évasion ainsi que dit au point 6 et ne présentait pas d'antécédents disciplinaires, l'administration pénitentiaire pouvait à bon droit, à la date du 23 mars 2012, considérer qu'il existait des présomptions sérieuses, basées sur des éléments objectifs et concordants, quant à l'implication du requérant dans un projet d'évasion et par suite, compte tenu de l'ensemble du comportement de ce dernier et des éléments de nature à faire craindre la survenue de cette évasion, décider de le placer à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité, sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 23 mars 2012 par laquelle M. A a été placé à l'isolement n'est pas entachée d'illégalités fautives. Par suite, cette décision n'est pas de nature à engager la responsabilité de l'Etat de sorte que la requête présentée par M. A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de prescription quadriennale opposée en défense.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de M. A est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023 où siégeaient :
- M. Artus, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
Le rapporteur,
F. MARTHA
Le président,
D. ARTUS
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026