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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-1902245

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-1902245

mardi 13 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-1902245
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHAGNAUD CHABAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires en réplique et des pièces enregistrés le 20 décembre 2019, le 25 novembre 2020, le 10 décembre 2021 et le 4 février 2022, la société Loïc Flacassier, représentée par la SELARL Chagnaud Chabaud et Lagrange, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Bujaleuf à lui verser la somme de 3 778 euros TTC au titre du solde du marché public de travaux du 13 avril 2017 correspondant au lot n° 2 " démolition, maçonnerie, gros œuvre " ;

2°) de condamner la commune de Bujaleuf à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice subi ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Bujaleuf une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision du maire du 4 novembre 2019 rejetant sa demande de versement du solde du marché est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est inexact que la commune n'aurait pas signé les procès-verbaux de réception des travaux et de levées de réserves ; l'ensemble des réserves relatives aux travaux et aux prestations réalisés a été levé ; l'ouvrage a été réalisé dans les règles de l'art et le document technique unifié applicable à l'ouvrage admet des fissurations au droit des ouvrages béton portés en raison des contraintes associées ;

- le juge ne peut se fonder sur l'expertise non judiciaire, non contradictoire, produite par la commune ; contrairement à ce que précise l'expert, les plans DCE et les plans structurels ne prévoyaient absolument pas de distanciation entre la date créée et la maçonnerie existante.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 et 25 septembre 2020, le 29 décembre 2020, le 17 janvier 2022, le 8 mars 2022, et le 25 novembre 2022, la commune de Bujaleuf conclut :

1°) au rejet de la requête comme irrecevable et non-fondée ;

2°) à la condamnation de la société Loïc Flacassier à lui verser une somme de 8 855,52 euros afin de lever les réserves contenues dans le procès-verbal de réception du 24 septembre 2018 ;

3°) à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Loïc Flacassier au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) à ce qu'une amende de 5 000 euros pour recours abusif soit mise à la charge de la société Loïc Flacassier.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, d'une part, en ce qu'elle ne précise pas de quelle décision elle sollicite l'annulation et, d'autre part, car la société n'a pas respecté son obligation résultant de l'article 19 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) et l'article 50 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) qui imposaient, respectivement, de saisir le comité consultatif de règlement amiable des différents avant de saisir la juridiction administrative et de rédiger un mémoire en réclamation ;

- les réserves relatives à la présence de fissures sur les sols de l'extension n'ont pas été levées après réception des travaux ;

- elle est fondée à engager la responsabilité sans faute de la société qui ne saurait s'exonérer de sa responsabilité au prétexte du respect du DTU applicable dès lors qu'une obligation de résultat pèse sur la société ;

- la société ne saurait alléguer qu'il s'agissait d'un choix économique de sa part et se devait, en tout état de cause, de l'alerter ainsi que le maître d'œuvre de ses craintes sur des risques de désordres résultant du procédé choisi ;

- la responsabilité de l'entreprise sera engagée au titre des dispositions de l'article 1792-6 du code civil ; la commune est donc fondée à conserver la retenue de garantie prévue au CCAP et sollicite, en outre que la somme de 8 855,52 euros lui soit versée par la société afin qu'elle puisse faire réaliser les travaux nécessaires à la reprise des fissurations présentées sur le sol de l'extension ;

- la nature et le quantum des dommages et intérêts sollicités par la société ne sont pas justifiés.

Par un courrier du 23 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur les moyens d'ordre public relevés d'office tirés, d'une part, de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par la commune en conséquence de l'irrecevabilité des conclusions principales et, d'autre part, de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la condamnation de la société requérante à une amende pour recours abusif sur le fondement de l'article R. 741-12 du code de justice administrative dès lors que la faculté ouverte par ces dispositions constitue un pouvoir propre du juge.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Soltner, représentant la commune de Bujaleuf.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité des conclusions présentées par la société Loïc Flacassier :

1. Aux termes des stipulations de l'alinéa 1er de l'article 19 intitulé " Règlement amiable " du cahier des clauses administratives particulières commun aux lots du marché passé par la commune de Bujaleuf pour la rénovation et l'agrandissement du foyer du bourg de la commune : " Les parties s'engagent, en cas de difficultés rencontrées dans l'application du présent marché à ne porter le litige devant les juridictions administratives qu'après épuisement des solutions amiables ". Aux termes du deuxième alinéa du même article : " Sur le fondement des dispositions respectives du décret relatif aux marchés publics (article 142) et du décret n° 2005-818 du 19 juillet 2003, les parties peuvent, comme alternative au règlement juridictionnel, convenir de saisir le Comité Consultatif de Règlement Amiable (CCRA) qui est chargé de trouver une solution amiable et équitable pour les litiges nés de l'exécution du marché ". Les alinéas suivants de l'article 19 du CCAP précisent les modalités de saisine dudit comité, qui s'effectue par la remise d'un mémoire accompagné des pièces du marché et de la preuve que l'entreprise titulaire s'est vue opposer un rejet de sa réclamation par le maître de l'ouvrage, ainsi que les conséquences de cette saisine sur les délais de recours contentieux, puis la forme que doit revêtir un éventuel accord des parties sur la base de l'avis rendu par le comité consultatif de règlement amiable des litiges.

2. Les stipulations du cahier des clauses administratives particulières applicables au lot n° 2 pour lequel la société Loïc Flacassier a été retenue, organisent une procédure de règlement amiable des litiges avant toute saisine du juge administratif, consistant en l'accomplissement d'une double formalité liée à l'obligation pour le titulaire du marché d'adresser au maître de l'ouvrage un mémoire en réclamation prévu à l'article 50.4 du CCAG travaux, et à la saisine préalable du comité consultatif de règlement amiable des litiges, qui font obstacle à ce que le tribunal administratif soit directement saisi d'un demande indemnitaire en lien avec l'exécution du marché, présentée par le titulaire du marché.

3. La société Loïc Flacassier ne pouvait donc saisir le tribunal administratif du différend qui l'opposait à la commune de Bujaleuf, né de l'exécution du contrat, qu'après qu'il a été satisfait à la saisine préalable du comité consultatif de règlement amiable des litiges. En se bornant, comme elle l'a fait, à adresser au maître de l'ouvrage un courrier daté du 28 mars 2019 par lequel elle proposait de réaliser un devis correspondant à la pose d'une résine sur le sol, puis un courrier de son avocat du 10 octobre 2019, mettant en demeure la commune de Bujaleuf de lui verser la somme de 3 778,08 euros en règlement du marché, la société n'a pas respecté les modes de règlement alternatif des différends prévus au marché. Dans ces conditions, elle ne peut être regardée comme ayant épuisé les solutions amiables au sens et pour l'application de l'article 19 du cahier des clauses administratives particulières applicable au marché en cause, avant de saisir le tribunal administratif. Par suite, les conclusions présentées par la société tendant à la condamnation de la commune à lui verser la somme de 3 778, 08 euros au titre du solde du marché, ainsi que la somme de 20 000 euros au titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice subi dans le cadre de l'exécution du même marché, sont irrecevables.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Loïc Flacassier doivent être rejetées en raison de leur irrecevabilité.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par la commune de Bujaleuf :

5. La commune de Bujaleuf a présenté, de façon incidente, à l'appui de ses écritures en défense, des conclusions reconventionnelles tendant à la condamnation de la société Loïc Flacassier à lui verser la somme de 8 855,52 euros sur le fondement de la garantie de parfait achèvement. Ces conclusions reconventionnelles doivent être rejetées comme irrecevables, par voie de conséquence de l'irrecevabilité des conclusions principales.

Sur les conclusions de la commune de Bujaleuf tendant à ce qu'une amende pour recours abusif soit prononcée à l'encontre de la société Loïc Flacassier :

6. Aux termes de l'article R. 741-12 du code de justice administrative : " Le juge peut infliger à l'auteur d'une requête qu'il estime abusive une amende dont le montant ne peut excéder 10 000 euros ". La faculté prévue par ces dispositions constituant un pouvoir propre du juge, les conclusions de la commune de Bujaleuf tendant à ce que la société Loïc Flacassier soit condamné au paiement d'une telle amende ne sont pas recevables.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bujaleuf, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Loïc Flacassier au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Loïc Flacassier une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Bujaleuf et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la société Loïc Flacassier est rejetée.

Article 2:La société Loïc Flacassier versera à la commune de Bujaleuf la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3:Le surplus des conclusions de la commune de Bujaleuf est rejeté.

Article 4:Le présent jugement sera notifié à la société Loïc Flacassier et à la commune de Bujaleuf.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022 où siégeaient :

- Mme Mège, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2022.

La rapporteure,

N. B

Le président,

C. MEGE

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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