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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000553

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000553

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000553
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBIROT - RAVAUT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2020, Mme C, représentée par Me Pradier, demande au Tribunal :

1°) de condamner l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui payer la somme de 78 880,82 euros au titre des préjudices résultant de l'accident médical non fautif dont elle a été victime le 16 décembre 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'ONIAM le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- elle a été opérée au centre hospitalier de Brive le 16 décembre 2016 d'un adénome au niveau de la parathyroide gauche ;

- les conséquences de cette intervention présentent un caractère anormal au regard des séquelles habituelles dans ce type d'opération ;

- elle est désormais atteinte d'une paralysie complète de la corde vocale gauche en abduction de sorte qu'elle ne peut plus parler correctement et fait régulièrement des " fausses routes " de déglutition ;

- elle n'a jamais eu d'information sur la nature des risques encourus ;

- la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) a reconnu le 26 septembre 2019 son droit à indemnisation de l'intégralité de ses préjudices au titre de la solidarité nationale, sur le fondement des rapports d'expert des Dr A et B ;

- malgré l'avis favorable de la CCI, l'ONIAM ne lui a adressé aucune proposition d'indemnisation en méconnaissance de l'article L. 1142-17 du code de la santé publique ;

- elle a droit à être indemnisée de ses préjudices à hauteur de 1 976,32 euros au titre des frais divers, 5 785 euros ou à titre subsidiaire 5 642 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels, 27 300 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs, à titre subsidiaire 4 550 euros, 15 000 euros au titre de l'incidence professionnelle, à titre subsidiaire 5 000 euros, 2 619,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 8 000 euros au titre des souffrances endurées, 18 200 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

- elle a été indemnisée amiablement par le centre hospitalier de Brive du préjudice d'impréparation qu'elle a subi à raison du manquement par cet établissement de santé à son devoir d'information ;

Par un mémoire enregistré le 27 avril 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Tarn indique au tribunal qu'elle n'interviendra pas à l'instance.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2020, l'ONIAM, représenté par Me Ravaut, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que les prétentions indemnitaires de la requérante soient ramenées à de plus justes proportions.

L'ONIAM fait valoir que :

- les seuils de gravité justifiant l'indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas atteints;

- à titre subsidiaire, il conviendra de ramener les prétentions indemnitaires de la requérante à de plus justes proportions, dans la limite de 860, 80 euros au titre des frais divers 5 442,41 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels, 4 125,70 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs, 1 477,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 3 700 euros au titre des souffrances endurées, 13 703 euros au titre du déficit fonctionnel permanent et d'écarter les préjudices d'incidence professionnelle et d'agrément.

Vu :

- l'ordonnance du 24 juillet 2018 par laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires d'expertise du Dr B à 1 800 euros ;

- l'avis de la CCI du 26 septembre 2019 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Pradier représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. En raison d'une hypercalcémie majeure, Mme C a subi une scintigraphie et une échographie, qui ont objectivé un adénome parathyroïdien. Le 16 décembre 2016, le Dr E a réalisé l'ablation de cet adénome parathyroïdien, au centre hospitalier de Brive. Au réveil, Mme C a présenté une gêne ventilatoire, ainsi que des fausses routes. Le 22 décembre 2016, elle a consulté le Dr F, ORL, qui a posé le diagnostic de paralysie totale de la corde vocale gauche en abduction. Elle a prescrit une rééducation deux fois par semaine. Les suites ont été marquées par une absence d'amélioration des troubles de la patiente. Son état séquellaire est marqué par des difficultés phonatoires et des troubles de la déglutition.

2. Mme C a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) du Limousin d'une demande d'indemnisation en application de l'article L. 1142-7 du code de la santé publique. La commission a désigné le docteur A en qualité d'expert. Il a déposé son rapport le 22 mai 2017 en retenant que l'état de la patiente n'était pas consolidé. Par un avis rendu le 5 mai 2017, la commission s'est déclarée incompétente en l'absence d'atteinte des seuils de gravité. Par une requête enregistrée le 17 novembre 2017, Madame C a saisi le président du tribunal d'une demande d'expertise, à laquelle il a été fait droit. Le Dr B, médecin expert, a déposé son rapport le 10 juillet 2018. La consolidation étant acquise, Mme C a de nouveau saisi la CCI, laquelle a désigné le Dr A en qualité d'expert. Celui-ci a déposé son rapport le 17 juillet 2019 avant que la commission, par un avis rendu le 26 septembre 2019, ne conclut à la mise à la charge de l'ONIAM, au titre de la solidarité nationale, des préjudices subis par l'intéressée à raison de l'accident médical non fautif dont elle a été victime le 16 décembre 2016, ainsi qu'à la condamnation du centre hospitalier à lui verser une somme de 1 000 euros au titre du préjudice d'impréparation subi par Mme C à raison du manquement par le Dr E à son devoir d'information.

3. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal de condamner l'ONIAM, à titre principal, à lui verser une somme de 78 880,82 euros, au titre des différents préjudices qu'elle estime avoir subis à la faveur de l'intervention du 16 décembre 2016.

Sur le droit à indemnisation :

4. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code, qui définit le seuil de gravité prévu par ces dispositions : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale présente également le caractère de gravité mentionné à l'article L. 1142-1 lorsque la durée de l'incapacité temporaire de travail résultant de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale est au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : / 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. " .

5. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès. Une probabilité de survenance du dommage qui n'est pas inférieure ou égale à 5 % ne présente pas le caractère d'une probabilité faible, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.

6. D'une part, il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté par l'ONIAM, que les séquelles conservées par Mme C, à savoir une dysphonie et des troubles de la déglutition sont le résultat de l'ablation de l'adénome parathyroidien à laquelle il a été procédé le 16 décembre 2016 et qui a conduit à la survenue d'une paralysie récurentielle de la corde vocale gauche, complication présentant le caractère d'un accident médical non fautif.

7. D'autre part, il résulte de cette même instruction, notamment des rapports d'expertise du Dr A du 17 juillet 2019 et du Dr B qu'à la suite de l'intervention du 16 décembre 2016, Mme C, qui quoique à la retraite exerçait une activité complémentaire d'aide à domicile pour environ 45 heures par mois depuis plusieurs années, n'est plus capable d'exercer son métier d'aide à domicile en présence de personnes âgées avec des difficultés auditives, compte tenu " de la perte de puissance sonore qu'[elle] présente ". A cet égard, l'intéressée produit à l'instance des arrêts de travail couvrant la période du 12 décembre 2016 au 7 octobre 2018. Dans ces conditions, quand bien même aucun des experts ne retient un déficit fonctionnel permanent supérieur à 24% et sans que n'ait d'incidence la circonstance que le temps de travail conservé par Mme C durant sa retraite soit relativement limité, au vu de l'incapacité temporaire à travailler et de son inaptitude définitive à exercer ses précédentes fonctions, il y a lieu de considérer que le seuil de gravité prévu et défini par les dispositions citées au point 4 est atteint.

8. Enfin, et alors que ce point n'est pas discuté par l'ONIAM, le Dr A dans son rapport du 17 juillet 2019 a considéré que l'accident dont a été victime Mme C survient dans 2% des cas de chirurgie de parathyroïdectomie. Dès lors et eu égard à ce qui a été dit au point 5, la probabilité pour Mme C de voir survenir le dommage dont elle a été victime était faible, de sorte que la condition d'anormalité prévue par les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique doit être regardée comme étant remplie, ainsi que l'a retenu la CCI dans son avis du 26 septembre 2019.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6, 7 et 8 que Mme C est fondée à solliciter auprès de l'ONIAM une indemnisation au titre de la solidarité nationale, à raison de l'accident médical non fautif qu'elle a subi le 16 décembre 2016.

Sur les préjudices :

10. Ainsi qu'il ressort du rapport d'expertise du Dr B, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme C au 16 janvier 2018.

En ce qui concerne les préjudices temporaires :

S'agissant des frais divers :

11. Mme C sollicite le versement d'une somme de 1 976,32 euros au titre des frais de déplacement qu'elle a exposés entre le 22 décembre 2016 et le 11 avril 2019 pour se rendre à différentes consultations et expertises médicales ainsi qu'à des rendez-vous auprès d'un orthophoniste. Toutefois, comme le soutient l'ONIAM et alors que la requérante indique elle-même qu'il s'agit de prendre en compte tous les frais dit " divers " susceptibles d'être exposés avant la date de consolidation, seuls les frais de cette nature, exposés avant cette date, soit le 16 janvier 2018, sont susceptibles, sous réserve d'être justifiés, d'être indemnisés. Par suite, et alors que Mme C justifie de la réalité des déplacements qu'elle a effectués avec son véhicule personnel, il sera fait une juste appréciation des frais divers qu'elle a exposés en lui allouant la somme de 860 euros.

S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :

12. Ainsi que l'a retenu la CCI, il y a lieu de prendre en compte comme arrêts de travail imputables à la complication dont a été victime Mme C, la période courant du 22 décembre 2016 au 16 janvier 2018, soit 390 jours. Il résulte également de l'instruction, notamment de l'avis d'imposition 2017, que Mme C qui était à la retraite et travaillait, à titre complémentaire comme aide à domicile, percevait au titre de cette activité 5 340 euros annuels, avant l'intervention en cause dans le présent litige, soit la somme de 445 euros par mois. Dans ces conditions, et alors que la requérante justifie ne pas avoir perçu d'indemnités journalières, il y a lieu d'indemniser celle-ci pour ses pertes de revenus antérieurement à la date de consolidation à hauteur de 5 642 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

13. Le docteur B ainsi que la CCI ont retenu que Mme C a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel de classe II à 25% du 17 décembre 2016 au 16 janvier 2018, la période d'hospitalisation du 15 au 17 décembre 2016 étant liée à l'intervention initiale et non à sa complication. Il sera ainsi fait une juste appréciation de ce poste de préjudice, sur la base de 500 euros par mois de déficit global en l'indemnisant, pour la période allant jusqu'au 16 janvier 2018, à hauteur de 1 620 euros.

S'agissant des souffrances endurées :

14. Le docteur B tout comme la CCI, ont estimé sans être contestés sur ce point, que les souffrances endurées par la victime peuvent être évaluées à 3 sur 7 au vu notamment des " fausses routes aux liquides, d'une dysphonie gênant la communication, empêchant la communication par téléphone () ". Il sera ainsi fait une juste appréciation de ces souffrances, en les réparant, par l'allocation à la requérante d'une somme de 3 600 euros.

En ce qui concerne les préjudices permanents :

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

15. Le Dr A dans son rapport du 17 juillet 2019 doit être regardé comme ayant fixé à 12% le taux de déficit fonctionnel permanent, en mentionnant un taux de 9% pour les troubles vocaux et de 3% pour les troubles de la déglutition. Il y a lieu de retenir ce taux de 12% et non celui de 18% retenu par le docteur B dans son rapport d'expertise, dès lors que le docteur A, dernier expert à avoir examiné Mme C, a constaté " une amélioration de la voix et de la déglutition ". Compte tenu de ce taux de 12%, de l'âge de la requérante à la date de consolidation, soit 69 ans, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en évaluant sa réparation à la somme de 14 000 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

16. D'une part, Mme C n'est pas dans l'impossibilité de parler de sorte qu'elle ne peut soutenir que toute sa vie sociale est remise en cause. D'autre part, alors que les troubles vocaux qu'elle invoque sont indemnisés au titre du déficit fonctionnel permanent, elle ne justifie de la pratique d'aucune activité sportive ou de loisirs spécifique qu'elle aurait exercée avant l'accident. Dans ces conditions, et alors que ni le Dr A dans son rapport du 17 juillet 2019, ni la CCI n'ont retenu un tel poste de préjudice, il y a lieu de rejeter la demande présentée par Mme C au titre du préjudice d'agrément.

S'agissant de la perte de gains professionnels futurs :

17. D'une part, au regard du caractère complémentaire et limité de l'activité conservée par Mme C, il y a lieu de fixer à 71 ans la date à laquelle il est probable que celle-ci aurait cessé d'exercer cette activité professionnelle d'appoint. D'autre part, au regard des mêmes paramètres de revenus que ceux mentionnés au point 12, sur la base d'une période de 21 mois et une semaine correspondant à la durée séparant la date de consolidation de l'état de santé de Mme C et la date de son 71ème anniversaire, le 24 octobre 2018, il sera fait une juste appréciation de la perte de gains professionnels futurs subie par l'intéressée en lui allouant une somme de 9 345 euros.

S'agissant de l'incidence professionnelle :

18. L'incidence professionnelle à caractère définitif a pour objet d'indemniser non la perte de revenus liée à l'invalidité permanente de la victime, mais les incidences périphériques du dommage touchant à la sphère professionnelle, comme le préjudice subi par la victime en raison de sa dévalorisation sur le marché du travail, de sa perte d'une chance professionnelle, ou de l'augmentation de la pénibilité de l'emploi qu'elle occupe imputable au dommage ou encore du préjudice subi qui rend nécessaire l'abandon de la profession qu'elle exerçait avant le dommage au profit d'une autre qu'elle a dû choisir en raison de la survenance de son handicap.

19. Dès lors que Mme C était déjà à la retraite à la date de la consolidation, que comme dit précédemment il peut être retenu qu'elle aurait cessé toute activité professionnelle complémentaire quelques mois après sa consolidation, il n'y a pas lieu de retenir l'existence d'un préjudice d'incidence professionnelle qui serait distinct de celui déjà réparé par l'attribution d'une indemnité au titre de la perte de gains professionnels futurs. Dès lors, ce chef de préjudice, qui au demeurant n'a pas été retenu par la CCI, doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que l'ONIAM doit être condamné à verser à Mme C la somme de 35 067, 20 euros en réparation des différents préjudices qu'elle a subis du fait de l'accident médical non fautif dont elle a été victime.

Sur les dépens :

21. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ".

22. Il y a lieu de mettre les frais d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 800 euros par une ordonnance du 24 juillet 2018 du président du tribunal administratif de Limoges, à la charge définitive de l'ONIAM.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 1 500 euros à verser à Mme C sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: L'ONIAM est condamné à verser à Mme C la somme de 35 067, 20 (trente cinq mille soixante-sept euros et vingt centimes) euros en réparation des préjudices qu'elle a subis à la suite de l'accident médical non fautif dont elle a été victime.

Article 2:Les frais et honoraires de l'expertise, taxés et liquidés à la somme de 1 800 (mille huit cents) euros, sont mis à la charge définitive de l'ONIAM.

Article 3:L'ONIAM versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à Mme C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4:Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à Mme G C, à la caisse primaire d'assurance maladie du Tarn et à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Copie en sera adressée aux docteurs A et B, médecins experts.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

F. D

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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