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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2000724

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2000724

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2000724
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I) B une requête n° 2000007 et des mémoires enregistrés les 6 janvier, 3 septembre et 10 novembre 2020, Mme K M et M. J N, représentés B Me Le Guay, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier (CH) de Brive à leur verser la somme globale de 220 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de la faute caractérisée commise dans le diagnostic prénatal de leur fille, I ;

2°) de condamner cet établissement à leur verser une somme globale de 4 000 euros à raison du suivi psychologique défectueux dont ils ont fait l'objet au moment de la naissance de leur fille I ;

3°) de leur verser, dans l'attente de la réalisation d'une expertise qu'il appartiendra au tribunal d'ordonner, une somme provisionnelle de 5 000 euros en réparation des souffrances endurées B leur enfant du fait d'un torticolis qui n'a pas été diagnostiqué à sa naissance B le centre hospitalier ;

4°) de condamner le CH de Brive aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge de cet établissement de santé la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- en s'abstenant de donner un conseil génétique en début de grossesse à Mme M alors que celle-ci présentait des antécédents familiaux de trisomie 21, et en ne l'informant pas de l'existence d'un dépistage non invasif de la trisomie 21, le centre hospitalier de Brive a manqué à son devoir d'information, lequel est à l'origine d'une perte de chance de diagnostiquer une trisomie 21 et B suite de pratiquer une interruption médicale de grossesse (IMG) ;

- cette absence de conseil et ce défaut d'information constituent une faute caractérisée au sens de l'article L. 114- 5 du code de la santé, de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Brive ;

- le centre hospitalier a commis une deuxième faute en ne diagnostiquant pas un torticolis congénital alors que cette anomalie était présente et visible à la naissance de l'enfant ;

- il a commis une troisième faute en ne leur assurant pas un suivi psychologique approprié dans les jours qui ont suivi la naissance de leur fille I ;

- eu égard aux fautes commises B le centre hospitalier dans le dépistage de la trisomie de leur fille, ils sont fondés à soliciter une indemnisation à hauteur de 60 000 euros chacun en réparation du préjudice né de la perte de chance d'avoir pu bénéficier d'un diagnostic anténatal de la trisomie 21 et éventuellement de recourir à une IMG, de 25 000 euros chacun au titre de l'anxiété générée B l'état de leur enfant et la lourdeur de son handicap, de 5 000 euros chacun au titre de leur préjudice professionnel temporaire, de 20 000 euros chacun au titre de l'incidence professionnelle ;

- eu égard aux manquements commis B le centre hospitalier dans le diagnostic du torticolis de leur fille I, en tant que représentant légal de celle-ci, ils sollicitent une indemnisation à hauteur de 5 000 euros, à titre de provision et dans l'attente d'une expertise ;

- eu égard au suivi psychologique défectueux qui leur a été proposé, ils sollicitent la condamnation du centre hospitalier à leur verser une somme de 2 000 euros à chacun.

B un mémoire enregistré le 17 février 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de la Charente Maritime indique au tribunal " entendre intervenir dans la présente instance " et ne pas s'opposer à " ce que soit ordonnée une expertise médicale ".

B des mémoires en défense enregistrés les 19 mai, 11 juin, 24 juin, 24 août, 25 septembre et 3 novembre 2020, le centre hospitalier de Brive, représenté B Me Valière-Vialeix, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que l'indemnisation accordée au titre du préjudice moral subi B les parents de la jeune I soit limitée à 3 600 euros pour chacun d'entre eux après application d'un taux de perte de chance de 30%.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est tardive ;

- aucune faute caractérisée au sens de l'article L. 114-5 du code de la santé n'a été commise ;

- il n'est pas justifié B les pièces du dossier, notamment pas B le dossier médical de Mme M, que celle-ci aurait fait part de l'existence d'antécédents familiaux de trisomie avant la réunion d'expertise ;

- en tout état de cause, la trisomie 21 dont est atteinte la jeune I est qualifiée B les experts de " libre et homogène " et n'est pas " génétique " de sorte qu'elle ne présente pas de liens avec les antécédents familiaux invoqués ;

- aucune faute n'a été commise B le centre hospitalier dans le suivi de la grossesse de Mme M et dans le dépistage prénatal d'une trisomie ;

- les requérants ne démontrent pas que Mme M aurait sollicité une amniocentèse alors qu'aucune des conditions justifiant la mise en place de ce prélèvement n'était réunie ;

- aucune faute dans le suivi psychologique des parents de la jeune I ne peut être imputée au centre hospitalier de Brive ;

- aucune erreur de diagnostic du torticolis congénital ne peut davantage être reprochée à cet établissement de sorte que la demande d'expertise et d'allocation d'une somme provisionnelle au titre des soouffrances endurées B la jeune I ne peuvent qu'être rejetées.

- à titre subsidiaire, le montant du préjudice moral invoqué B les parents I est trop élevé.

B un mémoire enregistré le 24 juin 2020, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) demande à être mis hors de cause et à la mise à la charge du centre hospitalier de Brive d'une somme de 2 500 euros au titre des frais de justice.

Il soutient que s'agissant du diagnostic prénatal et d'une part, le centre hospitalier a commis une faute caractérisée de sorte que la responsabilité de l'office, qui est subsidiaire, ne saurait être retenue, d'autre part que la trisomie 21 ne constitue pas un accident médical non fautif et ne peut être imputé à un acte de prévention, de diagnostic ou de soins. Il fait valoir, concernant le dommage relatif au torticolis et à la plagiocéphalie dont est atteinte la jeune I, qu'en l'absence de lien de causalité entre le dommage allégué et un acte de prévention, de diagnostic ou de soins, les conditions pour une indemnisation au titre de la solidarité nationale ne sont pas réunies.

II)B une requête n° 2000724 enregistrée le 4 juin 2020 et un mémoire enregistré le 18 septembre 2020, Mme K M et M. J N, représentés B Me Le Guay, demandent au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier (CH) de Brive à leur verser, en tant que représentants légaux de leur fille I, dans l'attente de la réalisation d'une expertise qu'il appartiendra au tribunal d'ordonner, une somme provisionnelle d'un montant de 5 000 euros en réparation des souffrances endurées B cette enfant, née porteuse d'une trisomie 21, du fait d'un torticolis contracté à sa naissance et qui n'a pas été diagnostiqué B le centre hospitalier ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Brive à leur verser, en leurs noms propres, une somme de 2 000 euros à chacun en raison des manquements commis dans le suivi psychologique dont ils ont fait l'objet à la suite de la naissance de leur fille I ;

3°) de mettre à la charge de cet établissement de santé une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le centre hospitalier a commis une faute en ne diagnostiquant pas, de manière répétée, le torticolis congénital dont souffrait leur fille à sa naissance alors que cette anomalie était présente et visible ;

- cette faute de diagnostic est à l'origine d'une plagiocéphalie droite diagnostiquée aux 5 mois de l'enfant ;

- à raison de ce manquement, la jeune I n'a pu s'alimenter ni dormir correctement pendant 5 mois ; elle a enduré des souffrances qu'il y a lieu d'indemniser B l'allocation d'une somme provisionnelle d'un montant de 5 000 euros.

B un mémoire en défense enregistré le 26 août 2020, le centre hospitalier de Brive, représenté B Me Valière-Vialeix, conclut au rejet de la requête.

Il soutient d'une part que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, d'autre part que les différents moyens soulevés à l'appui des conclusions indemnitaires ne sont pas fondés, enfin que la demande d'expertise ne présente pas un caractère d'utilité.

B des correspondances reçues le 14 septembre 2022 qui ont été enregistrées sans être communiquées, la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente Maritime informe le tribunal qu'elle n'a pas de créances à faire valoir dans les deux instances susvisées.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la santé publique ;

- l'arrêté du 23 juin 2009 fixant les règles de bonnes pratiques en matière de dépistage et de diagnostic prénatals avec utilisation des marqueurs sériques maternels de la trisomie 21 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M.Martha,

- les conclusions de M. Pierre-Marie Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Fadiaba pour Mme K M et M. J N et de Me Vayriras B le centre hospitalier de Brive.

Une note en délibéré produite B Mme K M et M. J N dans chacune des deux requêtes susvisées a été enregistrée le 26 septembre 2022 sans être communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées présentées B Mme M et M. N ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer B un seul jugement.

2. Mme K M, alors âgée de 23 ans, a donné naissance le 26 février 2018 au centre hospitalier de Brive à une petite fille, I, atteinte de trisomie 21. Estimant que la responsabilité du centre hospitalier de Brive pouvait être engagée, M. et Mme A M et M. N ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) du Limousin. Cette commission a demandé au professeur G, médecin expert spécialisé en chirurgie gynécologique et obstétrique, de procéder à une expertise. Ce dernier, assité du docteur C, spécialiste en génétique médicale, a rendu son rapport le 31 juillet 2019. Le 26 septembre 2019, la CCI a émis un avis défavorable à l'indemnisation des parents de I. B les présentes requêtes, Mme M et M. N demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Brive à leur verser la somme globale 220 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de la faute caractérisée commise B ce centre hospitalier dans le diagnostic prénatal de leur fille. Ils demandent également au tribunal de condamner cet établissement de santé à leurs verser la somme globale de 4 000 euros en raison du suivi psychologique défaillant dont ils ont fait l'objet à la suite de la naissance de leur fille, ainsi que l'allocation, dans l'attente des résultats d'une expertise à ordonner, d'une somme provisionnelle de 5 000 euros au titre des souffrances endurées B la jeune I pendant 5 mois à raison d'un torticolis qui n'aurait pas été diagnostiqué B le centre hospitalier de Brive.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Brive dans le diagnostic prénatal de la jeune I :

3. Aux termes de l'article L. 114-5 du code de l'action sociale et des familles : " Nul ne peut se prévaloir d'un préjudice du seul fait de sa naissance. () / Lorsque la responsabilité d'un professionnel ou d'un établissement de santé est engagée vis-à-vis des parents d'un enfant né avec un handicap non décelé pendant la grossesse à la suite d'une faute caractérisée, les parents peuvent demander une indemnité au titre de leur seul préjudice. Ce préjudice ne saurait inclure les charges particulières découlant, tout au long de la vie de l'enfant, de ce handicap. La compensation de ce dernier relève de la solidarité nationale ".

4. Il résulte de ces dispositions que la responsabilité d'un établissement public de santé ne peut être recherchée ni pour indemniser le préjudice personnel que l'enfant subit du fait de ce handicap, ni pour inclure dans le préjudice indemnisable de ses parents les charges particulières en découlant. Seul peut, le cas échéant, être indemnisé le préjudice subi personnellement B les parents pour avoir été privés de la possibilité de recourir, dans les conditions prévues à l'article L. 2213-1 du code de la santé publique, à une interruption volontaire de grossesse justifiée B une affection de l'enfant à naître d'une particulière gravité et reconnue comme incurable, à la condition que la non-détection du handicap lors de la grossesse procède d'une faute caractérisée.

5. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise mentionné au point 2 et de l'avis du 26 septembre 2019 de la CCI du Limousin d'une part que le test de dépistage de trisomie 21 réalisé le 2 septembre 2017 a été effectué conformément aux règles de l'art et aux données acquises de la science médicale, et que les résultats de ce test ne plaçaient pas Mme M " dans une population à risque ". De même, il résulte de manière concordante de ces mêmes documents que les différentes échographies réalisées tout au long de la grossesse de Mme M n'ont pas montré d'anomalies morphologiques du fœtus, dont notamment la présence d'une nuque épaisse, susceptibles de constituer un "signe d'appel" pour approfondir les investigations. A cet égard, les experts comme la CCI indiquent que le retard de croissance in utero observé à la 3ème échographie n'est pas un signe évocateur de trisomie 21 mais la manifestation " plutôt d'une souffrance fœtale chronique " qui a donné lieu à une surveillance régulière à compter de la 33ème semaine d'aménorrhée.

6. D'autre part, il résulte de l'instruction, notamment des conclusions du rapport d'expertise du docteur G que s'est appropriées sur ce point la CCI, que le centre hospitalier a commis deux fautes dans le suivi de la grossesse de Mme M, d'une part en ne lui recommandant pas un conseil génétique avec " recherche de trisomie B translation familiale " en début de grossesse du fait de " la déclaration d'antécédents familiaux de trisomie 21 ", d'autre part en ne l'informant pas de l'existence d'un dépistage prénatal non invasif (DPNI) de la trisomie 21, après qu'elle ait eu connaissance des résultats de l'examen sur les marqueurs prédictifs de la trisomie 21, réalisé le 2 septembre 2017.

En ce qui concerne l'absence de recommandation d'un conseil génétique en début de grossesse :

7. D'une part, en dépit des attestations rédigées B ses proches, il ne résulte pas suffisamment de l'instruction, notamment du dossier médical de Mme M que celle-ci aurait fait part, à compter de sa prise en charge B le centre hospitalier de Brive, devant un médecin, d'antécédents familiaux de trisomie 21, antécédents dont les experts mentionnent le caractère déclaratif et précisent qu'ils ne sont pas " documentés ". Il ne résulte pas davantage de cette instruction qu'elle aurait fait part " à plusieurs reprises " comme elle le soutient, de ses inquiétudes ou de ses angoisses sur le déroulement de sa grossesse, ni qu'elle aurait sollicité une amniocentèse.

8. D'autre part, à supposer même que Mme M ait fait part de ses antécédents familiaux devant un médecin, lesquels antécédents concernent des cousines de sa gand-mère et de son grand-père, ainsi que dit au point 6, la recherche des marqueurs prédictifs de la trisomie 21, correctement effectuée, n'a pas placé Mme M, âgée de seulement 23 ans et sans antécédents personnels, dans une population à risques et les échographies de contrôle n'ont permis de constater aucune anomalie morphologique du fœtus de nature à justifier l'indication d'une amniocentèse. Dès lors, l'absence de conseil génétique en début de grossesse ne peut s'analyser comme une faute caractérisée, B sa gravité et son intensité, de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier pour avoir privé les parents de I d'une chance de détecter le handicap de la jeune I et de faire procéder, le cas échéant, à une interruption médicale de grossesse.

9. Enfin, il résulte du rapport d'expertise et n'est d'ailleurs pas contesté que la trisomie 21 dont est atteinte la jeune I, est une trisomie dite " libre et homogène " sans lien avec des antécédents familiaux et une éventuelle récidive. B suite, et en tout état de cause, l'absence de conseil génétique n'a pas privé les parents de la jeune I d'une chance de détecter le handicap de leur fille.

En ce qui concerne l'absence d'information sur la possibilité de procéder à un dépistage prénatal non invasif (DPNI) :

10. Si le rapport d'expertise du docteur G a retenu que le centre hospitalier a manqué à son devoir d'information en n'indiquant pas à Mme M, après la réalisation des marqueurs prédictifs de la trisomie 21 le 31 août 2017, la possibilité pour elle d'effectuer un dépistage B DPNI, cette omission, alors que le dossier médical ne mentionne pas de consultation avec le docteur F après la réception des résultats des marqueurs prédictifs, que les experts indiquent qu'il " n'y avait pas d'indication [à faire ce dépistage] " compte tenu, ainsi que dit au point 6, de l'absence de tout marqueur ou signes morphologiques pouvant faire soupçonner l'existence d'une trisomie, ne présente pas le caractère d'une faute caractérisée, B sa gravité et son intensité, au sens des dispositions citées au point 3,

11. Il résulte de ce qui précède que Mme M et M. N ne sont pas fondés à engager la responsabilité du centre hospitalier de Brive sur le fondement de l'article L. 114-5 du code de l'action sociale et des familles.

Sur la responsabilité du centre hospitalier dans le suivi psychologue dont ils ont fait l'objet à la naissance et après la naissance de leur fille I :

12. Il ne résulte pas du rapport d'expertise, lequel ne retient aucune faute sur ce point alors même que les intéressés ont fait part aux experts de leurs doléances quant à la prise en charge psychologique défaillante dont ils estiment avoir fait l'objet à la naissance de leur fille que le centre hospitalier aurait commis une faute dans la manière dont leur a été annoncée la trisomie de leur fille I, puis dans la manière dont une psychiatre de cet établissement les a accompagnés dans les premiers jours de vie de l'enfant. B suite, et en l'absence de toute pièce probante apportée B les requérants de nature à étayer leurs affirmations quant au caractère lacunaire et fautif de l'accompagnement qui leur a été proposé, ces derniers ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité du centre hospitalier de Brive sur le fondement d'une faute de service tenant à la manière dont ils ont été pris en charge sur le plan psychologique à la naissance de la jeune I.

Sur la responsabilité du centre hospitalier à raison d'un défaut de diagnostic d'un torticolis congénital dont souffrait la jeune I à la naissance :

13. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I.-Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ()".

14. D'autre part, aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés B sa décision. () ". Il incombe, en principe, au juge saisi d'une requête au fond, de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant, après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.

15. Les consorts M et N allèguent que I ne pouvait pas tourner la tête à gauche depuis sa naissance, et qu'une plagiocéphalie droite très marquée n'a été diagnostiquée qu'aux 5 mois de l'enfant en raison de l'absence de diagnostic de ce torticolis B le centre hospitalier de Brive.

16. Alors au demeurant que le docteur G, médecin expert, n'a pas relevé ce manquement, évoqué B les requérants dans l'exposé de leurs doléances, il ne ressort pas des pièces médicales produites B les demandeurs, notamment pas des photos de la jeune I à sa naissance ni des compte rendus du docteur D du 14 avril 2018, du docteur L du 1er août 2018, du docteur E, du docteur H du 17 octobre 2018 que le centre hospitalier de Brive, aurait commis une faute médicale ou une faute de service en ne relevant pas l'existence d'un torticolis chez I dans les suites immédiates de sa naissance. En outre, le diagnostic de ce torticolis a été réalisé, selon les dires mêmes des demandeurs, un mois après sa naissance et il ressort du compte rendu du docteur D du 14 avril 2018 que I a commencé une prise en charge rééducative dès le 9 avril 2018 avec une première séance de kinésithérapie pour son torticolis. Enfin, il ne ressort pas des pièces médicales produites B les requérants que I, qui est décrite comme un enfant ayant un " sommeil calme ", " qui sourit ", " rit aux éclats " aurait enduré des souffrances en lien avec un éventuel retard de diagnostic d'un torticolis ni même que ce retard de diagnostic, à le supposer établi, soit à l'origine de préjudices permanents pour I.

17. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fin de non-recevoir opposées B le centre hospitalier de Brive, que les consorts O ne sont pas fondés à engager la responsabilité du centre hospitalier de Brive en raison d'un défaut de diagnostic du torticolis dont a souffert la jeune I de sorte que leurs conclusions aux fins d'obtenir la condamnation du CH de Brive à leur verser une allocation provisionnelle au titre des souffrances endurées B leur fille doit être rejetée. La demande d'expertise sollicitée ne présentant pas un caractère d'utilité au vu des pièces et éléments au dossier, il y a lieu de rejeter la demande présentée à cette fin B les parents de I, ainsi que la demande présentée B la CPAM.

Sur la mise hors de cause de l'ONIAM :

18. Les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale n'étant pas remplies, l'Oniam, contre lequel ne sont au demeurant dirigées aucune des conclusions présentées B les demandeurs, est fondé à demander sa mise hors de cause dans la présente instance.

Sur les dépens :

19. Les présentes instances n'ont généré aucun dépens de sorte que les conclusions présentées B les consorts M - N sur le fondement de l'article R. 761- 1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de justice :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier de Brive, qui n'est pas la partie perdante dans les deux présentes instances, soit condamné à verser une quelconque somme aux consorts O au titre des frais non compris dans les dépens. Il y a également lieu de rejeter les conclusions présentées sur ce même fondement B l'ONIAM.

D E C I D E :

Article 1er: L'Oniam est mis hors de cause.

Article 2:Les requêtes N° 2000007 et 2000724 des consorts M et N sont rejetées.

Article 3:Les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie de la Charente Maritime sont rejetées.

Article 4:Les conclusions présentées B l'ONIAM sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5:Le jugement sera notifié à Mme K M et à M. J N, à la CPAM de la Charente Maritime, à l'ONIAM et au centre hospitalier de Brive.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public B mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

Nos 2000007, 2000724

mf

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