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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001031

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001031

jeudi 4 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001031
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJUGE UNIQUE JB BOSCHET
Avocat requérantBOYE-NICOLAS CATHERINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 30 juillet 2020, 8 juin, 30 juillet et 26 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Boye-Nicolas, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler le titre de perception émis à l'encontre de son épouse le 27 novembre 2019 en vue d'obtenir le remboursement d'une somme de 89 385 euros correspondant à un indu de pension pour la période du 14 juillet 2006 au 31 août 2019 ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner la remise gracieuse de la dette éventuellement mise à sa charge ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'état de présomption d'absence de son épouse depuis le 14 juillet 2006 ne faisait pas, par lui-même, obstacle au versement, à compter de cette date, de la pension de retraite qui lui avait été concédée ;

- dès lors qu'aucune " omission " au sens de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite ne peut lui être reprochée, la créance de l'Etat est prescrite.

Par des mémoires en défense enregistrés les 21 janvier 2021, 29 juin 2021, 30 juin 2021 et 10 septembre 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Vienne demande au tribunal de se déclarer incompétent pour statuer sur la demande de remise gracieuse présentée à titre subsidiaire par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Boschet, premier conseiller, en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement du 7 mars 2007, le juge des tutelles du tribunal d'instance de Nancy a constaté la présomption d'absence de Mme D A à compter du 14 juillet 2006 et désigné son époux, M. C A, en qualité d'administrateur légal de cette dernière. Par un jugement du 1er octobre 2018, complété par un jugement en rectification d'erreur matérielle du 5 juillet 2019, le tribunal de grande instance de Nancy a déclaré l'absence de Mme D A. Par un courrier du 10 septembre 2019, M. C A a transmis au centre de gestion des retraites de Limoges la copie de la transcription de ce jugement déclaratif d'absence sur les registres d'état civil en précisant qu'il convenait de cesser le versement de la pension de retraite qui avait été concédée à son épouse. Le 27 novembre 2019, un titre de perception a été émis à l'encontre de Mme D A pour un montant de 89 385 euros correspondant à un indu de pension versé entre le 14 juillet 2006, date à compter de laquelle elle a été réputée puis déclarée absente, et le 31 août 2019. Par un courrier du 7 janvier 2020, la succession de Mme D A a formé un recours administratif contre ce titre de perception. Ce recours a été rejeté par une décision du 8 juin 2020. Par cette requête, M. C A demande au tribunal d'annuler le titre de perception du 27 novembre 2019. Il doit également être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 8 juin 2020 ainsi que la décharge de la somme de 89 385 euros.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " La pension est une allocation pécuniaire personnelle () accordée aux fonctionnaires () et, après leur décès, à leurs ayants cause désignés par la loi () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 57 du même code : " Lorsqu'un bénéficiaire du présent code, titulaire d'une pension () a disparu de son domicile et que plus d'un an s'est écoulé sans qu'il ait réclamé les arrérages de sa pension (), son conjoint et les enfants âgés de moins de vingt et un ans qu'il a laissés peuvent obtenir, à titre provisoire, la liquidation des droits à la pension qui leur seraient ouverts en cas de décès ". En vertu du deuxième alinéa du même article, une pension peut être également attribuée, à titre provisoire, au conjoint et aux enfants de moins de vingt-et-un ans du fonctionnaire disparu depuis plus d'un an, lorsqu'au jour de sa disparition celui-ci justifiait d'au moins quinze années de services effectifs. En son troisième alinéa, l'article L. 57 dispose que : " La pension provisoire est supprimée lorsque le décès est officiellement établi ou que l'absence a été déclarée par jugement passé en force de chose jugée et une pension définitive est alors attribuée aux ayants cause ".

3. La pension accordée à un fonctionnaire civil présente un caractère personnel et viager et qu'elle est la contrepartie, non de cotisations versées au cours de l'activité professionnelle de ce dernier, mais des services qu'il a accomplis, évalués selon leur niveau, leur durée, leur nature. Ce caractère personnel s'oppose à ce que le bénéficiaire puisse prétendre à l'octroi ou au maintien de cet avantage lorsqu'il n'est pas en mesure d'en réclamer les arrérages. Tel est le cas de celui qui a disparu de son domicile et n'y est pas reparu.

4. Il résulte par ailleurs des dispositions mentionnées au point 2, qui dérogent pour le droit à pension aux articles 112 et suivants du code civil, que la disparition, depuis plus d'un an, d'un fonctionnaire civil ou militaire a pour effet de suspendre ses droits propres à pension et d'ouvrir, le cas échéant, à ses ayants cause la possibilité de se voir reconnaître à titre provisoire le bénéfice des droits à pension qu'ils détiendraient s'il était décédé.

5. Compte tenu de ce qui a été indiqué précédemment, et comme l'a retenu à bon droit l'administration, l'état de présomption d'absence de Mme D A depuis le 14 juillet 2006 faisait par lui-même obstacle au versement, à compter de cette date, de la pension de retraite qui lui avait été concédée.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Sauf le cas de fraude, omission, déclaration inexacte ou de mauvaise foi de la part du bénéficiaire, la restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires ou d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent code, ne peut être exigée que pour celles de ces sommes correspondant aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle le trop-perçu a été constaté et aux trois années antérieures ". Il résulte de ces dispositions qu'une omission, alors même qu'elle ne révèle aucune intention frauduleuse ou mauvaise foi, fait obstacle à l'application de la prescription particulière qu'elles prévoient.

7. Si, par son courrier en date du 10 septembre 2019, M. C A a informé le centre de gestion des retraites de Limoges de l'existence du jugement déclaratif d'absence rendu par le tribunal de grande instance de Nancy, il ne résulte pas de l'instruction que, avant la réception de ce courrier, il aurait, comme il était tenu de le faire en sa qualité d'administrateur légal, transmis à l'administration, notamment au centre de gestion des retraites de Metz initialement compétent pour la liquidation des droits à pension de son épouse, le jugement du 7 mars 2007 par lequel le juge des tutelles du tribunal d'instance de Nancy a constaté la présomption d'absence à compter du 14 juillet 2006. Comme le fait valoir la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne en défense, cette omission fait obstacle à l'application de la prescription particulière prévue à l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Par suite, et alors au demeurant que la présomption quinquennale prévue à l'article 2224 du code civil ne saurait en l'espèce être opposée à l'administration dans la mesure où le titre de perception du 27 novembre 2019 a été émis moins de cinq ans après qu'elle ait eu connaissance de l'indu de pension, la créance de 89 385 euros, dont le montant n'est d'ailleurs pas contesté, n'est pas prescrite.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et de décharge de M. C A doivent être rejetées.

Sur la demande de remise gracieuse :

9. Ainsi que le fait valoir le directeur départemental des finances publiques de la Vienne, le requérant n'est pas recevable à demander directement au juge la remise gracieuse de ses dettes. Il lui appartient, le cas échéant, d'adresser une telle demande de remise gracieuse à l'administration. Le refus que pourrait éventuellement opposer l'administration à cette demande pourrait alors être contestée par l'intéressée par la voie d'un recours pour excès de pouvoir.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par M. C A sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C A est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne et au directeur départemental des finances publiques de la Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 août 2022.

Le magistrat désigné,

J.B. B

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Le Greffier en Chef

S. CHATANDEAU

aj

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