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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001070

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001070

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001070
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCELIE

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha, conseiller,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

1. A la suite d'un contrôle sur place des déclarations de la SCI JADE sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015, société dont M. B est associé et gérant, puis d'une opération de vérification de comptabilité de la SARL CALIOTOP dont M. B était le gérant non associé, portant sur la période du 1er janvier 2014 au 7 septembre 2016, deux propositions de rectification concernant les années 2014 et 2015 ont été adressées à M. B le 19 juillet 2017 mettant à sa charge une imposition supplémentaire globale sur le revenu de 182 227 euros en droits, intérêts et majorations, au titre de revenus distribués par la société CALIOTOP. Après que l'intéressé a présenté ses observations le 2 octobre 2017, l'administration fiscale a confirmé ces réhaussements le 26 octobre 2017 et a procédé à leur mise en recouvrement le 31 janvier 2018. A la suite de l'échec d'une transaction, M. B a présenté une réclamation le 31 mai 2019 qui a été rejetée le 18 juin 2020. M. B demande au tribunal à titre principal d'être déchargé de la somme de 182 227 euros, à titre subsidiaire d'être déchargé de la fraction de cette somme découlant de l'application de la majoration de 80% prévue à l'article 1729-c du code général des impôts.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, et d'une part, M. B soutient que la procédure de contrôle dont a fait l'objet la SCI JADE du 5 avril au 6 juillet 2017 est irrégulière dès lors que les opérations de vérification se sont prolongées au-delà d'un délai de trois mois, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales.

3. Aux termes de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales : " I.- Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les limites prévues au I de l'article 302 septies A du code général des impôts / 2° Les contribuables se livrant à une activité agricole, lorsque le montant annuel des recettes brutes n'excède pas la limite prévue au b du II de l'article 69 du code général des impôts / Les dispositions des trois premiers alinéas sont valables dans les cas où un même vérificateur contrôle à la fois l'assiette de plusieurs catégories différentes d'impôts ou de taxes. / () ". En outre, aux termes du 1 de l'article 92 du code général des impôts : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ".

4. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que les sociétés civiles immobilières exerçant une activité de location immobilière et qui perçoivent des revenus fonciers n'entrent pas dans le champ des prévisions du 1° de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ni, au demeurant, dans celui d'aucune autre disposition de cet article organisant, au bénéfice de certaines entreprises à l'activité modeste limitativement énumérées, une garantie spéciale encadrant la procédure de vérification sur place dont ces entreprises peuvent faire l'objet. Dès lors la SCI JADE, qui exerce selon ses statuts une activité d'administration et d'exploitation par bail d'immeubles, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait réalisé des actes de commerce en lien avec cette activité au cours des années 2014 et 2015 ni encaissé des loyers, ne relève ni des bénéfices industriels et commerciaux, ni des bénéfices non commerciaux. Par suite, elle n'est pas fondée à se prévaloir de la garantie prévue par l'article L.52 du livre des procédures fiscales.

5. D'autre part, la seule circonstance que la vérification de comptabilité de la SARL CALIOTOP, laquelle a été mise en œuvre entre le 1er juin et le 18 juillet 2017, se soit déroulée, pour partie, parallèlement à la procédure de contrôle sur place de la SCI JADE n'est pas de nature à faire regarder ces opérations comme un tout indivisible justifiant que soit appliqué au contrôle opéré sur la SCI JADE, la garantie prévue à l'article L. 52 du livre des procédures fiscales.

6. Il résulte de ce qui précède que la procédure de contrôle sur place à laquelle a été assujettie la SCI JADE n'est pas entachée d'irrégularité. Par suite, le moyen tiré de cette irrégularité et par ricochet de celle de la vérification de comptabilité opérée sur la SARL CALIOTOP doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 64 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Afin d'en restituer le véritable caractère, l'administration est en droit d'écarter, comme ne lui étant pas opposables, les actes constitutifs d'un abus de droit, soit que ces actes ont un caractère fictif, soit que, recherchant le bénéfice d'une application littérale des textes ou de décisions à l'encontre des objectifs poursuivis par leurs auteurs, ils n'ont pu être inspirés par aucun autre motif que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, si ces actes n'avaient pas été passés ou réalisés, aurait normalement supportées eu égard à sa situation ou à ses activités réelles. / En cas de désaccord sur les rectifications notifiées sur le fondement du présent article, le litige est soumis, à la demande du contribuable, à l'avis du comité de l'abus de droit fiscal. L'administration peut également soumettre le litige à l'avis du comité. / Si l'administration ne s'est pas conformée à l'avis du comité, elle doit apporter la preuve du bien-fondé de la rectification. / () ".

8. En vertu de ces dispositions, l'administration est fondée à écarter comme ne lui étant pas opposables les actes passés par le contribuable, dès lors que ces actes ont un caractère fictif ou, à défaut, n'ont pu être inspirés par aucun motif autre que celui d'éluder ou d'atténuer les charges fiscales que l'intéressé, s'il n'avait pas passé de tels actes, aurait normalement supportées eu égard à sa situation et à ses activités réelles. Toutefois ces dispositions ne sont pas applicables, alors même qu'une de ces conditions serait remplie, lorsque le redressement est justifié par l'existence d'un acte anormal de gestion.

9. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté par le requérant que la SCI Jade, dont il détenait 99% des parts, alors même que cette société n'a encaissé au titre des années 2014 et 2015 aucune recette imposable au titre de son activité d'administration et de gestion et que l'immeuble qu'elle détenait a été vendu en mai 2014, a reçu, sur les années 2014 et 2015, des virements réguliers sur son compte bancaire correspondant à des ventes de pièces de véhicules automobiles facturée par la SARL CALIOTOP à deux sociétés " RIEGER GMBH" et " RABUGINO SP ZOO", sociétés étrangères dépourvues de toute relation d'affaires ou contractuelle avec la SCI JADE. Il résulte également de l'instruction et n'est pas non plus contesté que M. B et sa femme ont effectué des prélèvements depuis le compte de la SCI JADE vers leurs comptes personnels pour un montant supérieur aux reversements qu'ils ont réalisés au bénéfice de cette dernière.

10. L'administration fiscale, tirant les conséquences de fait et de droit des relations contractuelles exclusives entre ces deux sociétés étrangères et la SARL CALIOTOP a reconstitué dans un premier temps le bénéfice imposable de cette dernière en réintégrant les sommes perçues pour son compte par la SCI JADE. Dans un second temps, elle a considéré que les sommes de 46 623 euros au titre de 2014 et de 107 728 euros au titre de 2015, versées par la SCI JADE à M et Mme B dans les conditions mentionnées au point 9, constituaient en réalité des revenus distribués par la SARL CALIOTOP aux intéressés au sens de l'article 111 du code général des impôts , a reconstitué au vu de ceux-ci le revenu net global de M. B et procédé aux rehaussements contestés de son impôt sur le revenu et prélèvements sociaux pour les deux années considérées.

11. Contrairement à ce que soutient M. B, pour procéder aux rectifications en litige, l'administration n'a pas écarté d'actes, au motif qu'ils présentaient un caractère fictif ou qu'ils avaient été pris dans le seul but d'éluder l'impôt, mais s'est bornée à constater l'absence de relations contractuelles ou d'affaires entre la SCI JADE et les deux sociétés étrangères mentionnées au point 9, l'émission de factures par la SARL CALIOTOP sans contrepartie financière pour cette dernière et donnant lieu à encaissement des recettes correspondantes par la SCI JADE, le prélèvement par M. B, sur le compte bancaire de cette dernière société de sommes provenant de ventes réalisées par la SARL CALIOTOP. Ainsi, quand bien même l'administration a pu retenir le caractère fictif de l'activité de la SCI JADE à compter de 2014 mais non de son existence, elle ne peut être regardée comme s'étant, même implicitement, placée sur le terrain de l'abus de droit fiscal. Par suite, le moyen tiré de ce que le contribuable aurait été privé des garanties attachées à cette procédure, notamment de la possibilité de saisir le comité de l'abus de droit fiscal, ne peut qu'être écarté.

Sur les pénalités :

12. En premier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / () c. 80 % en cas de manœuvres frauduleuses () ". Il résulte de ces dispositions que les pénalités pour manœuvres frauduleuses ont pour objectif de sanctionner des agissements destinés à égarer ou à restreindre le pouvoir de contrôle de l'administration. Elles sont subordonnées à la double condition que le contribuable a délibérément omis de déclarer une partie de ses revenus et qu'il a mis en œuvre des procédés destinés à masquer l'existence de cette infraction.

13. Pour justifier l'application de majorations de 80 %, l'administration a relevé que M. B, gérant des deux sociétés SARL CALIOTOP et SCI JADE, a dissimulé des recettes et des revenus conduisant à son enrichissement personnel par l'intermédiaire d'une SCI sans activité qui a encaissé pour le compte de la SARL susmentionnée des recettes qui ne lui étaient pas destinées et qui ont ensuite été reversées par l'intéressé sur son compte personnel. Ces manœuvres, qui ne sont pas sérieusement contestées par le requérant, ne peuvent être regardées que comme présentant un caractère délibéré et ayant pour but, dès lors en particulier qu'une société civile immobilière non passible de l'impôt sur les sociétés n'est pas assujettie à tenir une comptabilité, à égarer l'administration dans son pouvoir de contrôle. Il s'ensuit que M. B a commis une manœuvre frauduleuse de nature à justifier, par application de l'article 1729 du code général des impôts, la majoration dont ont été assortis les droits en litige.

14. En second lieu, si le requérant, sollicite la décharge de la majoration de 80 % au motif que l'administration aurait appliqué de façon cumulative la pénalité de 10 % de l'article 1758 A et celle de l'article 1729 c du même code, il résulte de l'instruction et notamment des avis d'impôt produits au dossier que seuls les rappels d'impôt concernant les revenus fonciers et le quotient familial ont été majorés de 10 %, les droits supplémentaires issus de la réintégration des revenus distribués ayant quant à eux supporté la seule majoration de 80 % prévue à l'article 1729 c. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles M. B a été assujettie au titre des années 2014 et 2015 doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

16. Aux termes de l'article L.761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

17. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, quelque somme que ce soit au titre des frais exposés par le requérant et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la directrice des finances publiques de la Haute- Vienne.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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