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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001187

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001187

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001187
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET BENOIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 août 2020 et le 14 mai 2022, M. B C, représenté par Me Le Borgne, demande au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 13 février 2020 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté d'agglomération ainsi que la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure est entachée d'irrégularité dès lors qu'il n'est pas démontré de la réalité de la mise à disposition au public d'un registre dans le cadre de la concertation ;

- le plan local d'urbanisme intercommunal s'appuie sur un diagnostic erroné de l'évolution de la population et des besoins en logement ;

- le classement en zone agricole des parcelles cadastrées section E, n° 1374 et 1394 est incohérent avec le parti pris d'urbanisme résultant du rapport de présentation du PLUi, il méconnaît l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés le 30 septembre 2020 et le 11 avril 2023, la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole, représentée par la SELAS Seban et Associés, conclut au rejet de la requête comme non-fondée et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner,

- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique,

- les observations de Me Le Borgne, représentant M. C,

- et les observations de Me Baron substituant Me Lherminier, représentant la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 103-2 et L. 300-2 du code de l'urbanisme que l'approbation du plan local d'urbanisme intercommunal doit être précédée d'une concertation associant les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées. L'assemblée délibérante doit, avant que ne soit engagée la concertation, se prononcer, d'une part, et au moins dans leurs grandes lignes, sur les objectifs poursuivis par la commune en projetant d'élaborer ou de réviser ce document d'urbanisme, et, d'autre part, sur les modalités de la concertation. Si cette délibération est susceptible de recours devant le juge de l'excès de pouvoir, son illégalité ne peut, en revanche, eu égard à son objet et à sa portée, être utilement invoquée contre la délibération approuvant le plan local d'urbanisme.

2. Le requérant fait valoir que la délibération du 25 juin 2015 du conseil communautaire de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole a notamment prévu, au titre des modalités de la concertation, la mise à disposition au siège de la communauté d'agglomération et dans les mairies des communes d'un registre d'observations destiné à recueillir les remarques et propositions des acteurs locaux et de la population. Il ressort de l'annexe relative au bilan de la concertation joint à la délibération du 23 mai 2019, au cours desquelles le conseil communautaire a approuvé le bilan de la concertation et arrêté le projet de PLUi, que des registres d'observations ont été mis à la disposition du public au siège de Châteauroux Métropole et dans les mairies des communes couvertes par le PLUi. La communauté d'agglomération produit, en outre, une synthèse des observations recueillies sur ces registres, ainsi qu'une copie du registre mis le 15 novembre 2016 à disposition du public sur le territoire de la commune d'Ardentes, et clos le 21 mars 2019. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les modalités de la concertation définies en 2015 n'ont pas été respectées. Le moyen sera écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services () ".

4. M. C soutient que le diagnostic établi dans le rapport de présentation est erroné dès lors que, d'une part, les prévisions de croissance démographique sur l'ensemble du territoire de la communauté urbaine seraient largement surévaluées, que la prévision de croissance démographique au sein du pôle urbain majeur ne serait pas réaliste, et que la croissance démographique à l'échelle de la commune d'Ardentes aurait quant à elle été sous-évaluée. Il fait également valoir que le nombre d'habitants à atteindre en 2030 ne serait pas cohérent, et que le nombre de logements nécessaires serait, par suite, largement surévalué.

5. De première part, en ce qui concerne les données démographiques du territoire couvert par le plan local d'urbanisme intercommunal, le rapport de présentation comporte, en page 58 de son tome intitulé " Diagnostic socio-démo et urbain ", une présentation de l'évolution démographique du territoire intitulée " Depuis 1990 : la décroissance démographique ", qui indique clairement que depuis 1990, le territoire de Châteauroux Métropole " enregistre une décroissance démographique ", le document précisant expressément que " c'est sur la période récente que la baisse de population a été la plus forte ". Toutefois, le même document ajoute que certaines communes du pôle enregistrent une augmentation de la population, parmi lesquelles est citée la commune d'Ardentes avec une augmentation entre 1999 et 2013 de 536 habitants, comme le précise le rapport de présentation en page 60. Il ressort de ces éléments que, dans sa partie diagnostic, le rapport de présentation a bien fait état de la situation de décroissance démographique invoquée par le requérant, tout comme de la situation particulière au regard de l'évolution de sa démographie de la commune d'Ardentes, également invoquée par le requérant. Le moyen selon lequel le rapport de présentation serait erroné en ce qui concerne la situation démographique du territoire, à l'échelle de la communauté d'agglomération, du pôle urbain, et de la commune d'Ardentes, doit donc être écarté.

6. De deuxième part, en ce qui concerne l'évolution de la démographie du territoire, qui comporte nécessairement une dimension prospective dont fait état sans ambiguïté le rapport de présentation, ce document indique, dans son tome intitulé " Justification du projet ", qu'au vu du diagnostic territorial, la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole a souhaité définir un projet de territoire permettant une croissance démographique " de l'ordre de 0,5 % / an ", en précisant que les données démographiques récentes à la date du document montraient une stabilisation de la population sur le territoire, voire une légère augmentation entre 2015 et 2016, le territoire ayant accueilli 430 habitants supplémentaires sur cette période. Le document, qui qualifie cet objectif d' " optimiste mais mesuré ", fait par ailleurs état des moyens mis en œuvre par l'établissement public de coopération intercommunal pour dynamiser l'évolution démographique du territoire. Compte tenu de son caractère prospectif, il ne peut être reproché aux auteurs du rapport de présentation de prendre en compte des projets de développement économique qui ne sont pas encore implantés sur le territoire de la communauté d'agglomération, tels que l'embauche de cent-cinquante nouveaux salariés par une société de maroquinerie ainsi qu'un projet d'implantation d'activité sur la ZAC d'Ozans, évoqués par le rapport de présentation, et qui justifient en particulier la projection de croissance avancée au titre du pôle urbain majeur. Ainsi, en soutenant qu'aucun élément concret ne permet d'envisager un renversement de la courbe de la démographie, le requérant ne démontre pas que les données prospectives relatives à la démographie, et présentées comme telles dans le rapport de présentation, seraient irréalistes ou incohérentes.

7. De troisième part, en ce qui concerne le besoin en logements, le rapport de présentation fait état, dans son tome intitulé " Diagnostic socio-démo et urbain ", de l'absence de corrélation directe entre le nombre de logements et la population, en précisant que l'analyse des variables sur la dernière décennie conduit au constat selon lequel " si le territoire enregistre une décroissance démographique, le parc de logements continue, quant à lui, d'augmenter ". Le document évoque également sur ce point, la situation particulière de la commune d'Ardentes, et souligne que " la répartition de la production n'est pas en adéquation avec le poids démographique de chacune des communes dans l'agglomération. La ville-centre qui concentre 60,5 % de la population produit 44,2 % des logements commencés. A contrario, Ardentes et Le Poinçonnet produisent plus qu'elles ne représentent en termes de population ". En ce qui concerne plus particulièrement l'estimation de 3 200 nouveaux logements contestée par le requérant, le rapport de présentation précise que ce chiffre tient compte de l'objectif de croissance démographique, mais également de l'objectif de maintien de la population en tenant compte de la consommation des logements (baisse du nombre moyen de personnes par ménage qui engendre, à population équivalente, une augmentation du nombre de logements occupés, en lien avec l'augmentation des familles monoparentales et au maintien plus long des personnes âgées à domicile). Par suite, et dès lors que le document fait état d'une décorrélation entre le nombre de logements et la population, laquelle n'est pas sérieusement démentie par le requérant, le grief de surestimation soulevé par le requérant au vu du nombre d'habitants retenu dans le pronostic de la communauté d'agglomération ne suffit pas à démontrer une irrégularité du rapport de présentation de nature à conduire à l'annulation du plan local d'urbanisme intercommunal en litige. Au demeurant, le requérant n'établit aucun lien entre la surestimation du besoin en logements qu'il invoque et une surconsommation d'espace dans le plan local d'urbanisme intercommunal. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, M. C n'est pas fondé à soutenir que le rapport de présentation comporterait, en ce qui concerne les données de croissance démographique et les logements à créer, des erreurs ou incohérences de nature à affecter la légalité du plan local d'urbanisme intercommunal.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / Il peut préciser l'affectation des sols selon les usages principaux qui peuvent en être faits ou la nature des activités qui peuvent y être exercées et également prévoir l'interdiction de construire. / Il peut définir, en fonction des situations locales, les règles concernant la destination et la nature des constructions autorisées ". Aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Il résulte des articles L. 151-9, R. 151-22 et R. 151-23 du code de l'urbanisme qu'une zone agricole, dite "zone A", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

9. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

10. D'une part, le rapport de présentation précise, dans son tome relatif à la " Justification du projet ", la méthodologie empruntée pour caractériser les " groupements bâtis " du territoire pouvant faire l'objet d'une densification. Le document mentionne qu'ont été étudiés tous les " espaces agglomérés (bâtiments distants de moins de 60 mètres) " et ajoute que les groupements bâtis de moins de vingt logements seront classés en zone agricole ou naturelle dès lors qu'ils n'ont pas vocation à accueillir de nouvelles habitations. Le document pose ensuite plusieurs critères relatifs à l'ancienneté de l'implantation, à la densité de construction et à l'épaisseur du tissu afin d'affiner le premier classement réalisé. Il ressort des pièces du dossier que les parcelles cadastrées section E n° 1374 et 1394 se situent entre les hameaux de La Ceuille et du Plessis. Si le requérant soutient que les deux hameaux comportent plus de vingt bâtis, l'application des critères précités du rapport de présentation suppose d'apprécier séparément chacun de ces hameaux qui, pris isolément, ne constitue pas un " groupement bâtis " au sens de ces critères, tant en raison du faible nombre d'habitations qu'ils comprennent que de la faible densité de ces constructions. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'application des critères posés par le rapport de présentation devait permettre un classement en zone U des parcelles cadastrées section E, n° 1374 et 1394.

11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les parcelles en litige, anciennement classées en zone UC, ne supportent aucune construction et qu'elles appartiennent à un espace rural. Si M. C fait valoir que ces parcelles ne font pas l'objet d'une exploitation agricole, cet élément n'est pas de nature à s'opposer au classement en zone agricole, dès lors qu'elles sont bordées, au nord, comme au sud, par des espaces cultivés, ainsi que le fait valoir, sans être contredite sur ce point, la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole. Au vu des caractéristiques des parcelles et du caractère agricole de leur zone d'implantation, et alors même que ces parcelles sont desservies par les réseaux publics, le moyen tiré de ce que le classement en zone A des parcelles cadastrées section E, n° 1374 et 1394, serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole, qui n'est pas la partie perdante, la somme d'argent que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. C est rejetée.

Article 2:Les conclusions de la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la communauté d'agglomération Châteauroux Métropole.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- Mme Siquier, première conseillère,

- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

N. GAULLIER-CHATAGNER

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. A

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

M. A

mf

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