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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001321

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001321

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001321
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantPREGUIMBEAU-GREZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2020 sous le n° 2001321, et un mémoire enregistré le 2 septembre 2022, Mme F E épouse D, représentée par Me Greze, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Couzeix à lui verser la somme de 222 400 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 juin 2020 ;

2°) de mettre à la charge de cette commune une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- alors qu'elle a été victime de quatre accidents de service depuis 2011, la commune n'a pris aucune mesure pour éviter le risque de rechute et n'a pas aménagé son poste. En s'abstenant d'agir de façon adaptée, la commune a manqué à son obligation de sécurité et a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la commune a manqué à son obligation de reclassement de sorte que sa responsabilité doit être engagée pour ce deuxième motif ;

- elle a en réalité prononcé à son encontre une mutation d'office, laquelle est illégale et par suite fautive ;

- en raison de ces différentes fautes, elle a subi un préjudice professionnel qu'elle évalue à 134 400 euros ;

- elle a également subi un préjudice moral en raison, en particulier, de l'accident de service du 17 janvier 2016 et des fautes commises par la commune qu'elle évalue à 88 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2021, la commune de Couzeix, représentée par Me Verne, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme D d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient d'une part que la requête est irrecevable en l'absence de liaison du contentieux, d'autre part que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

II- Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2020 sous le n° 2001862, et mémoire enregistré le 2 septembre 2022, Mme F E épouse D, représentée par Me Greze demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Couzeix à lui verser la somme de 222 400 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis, cette somme devant être assortie des intérêts au taux légal à compter du 12 juin 2020 ;

2°) de mettre à la charge de cette commune une somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- alors qu'elle a été victime de quatre accidents de service depuis 2011, la commune n'a pris aucune mesure pour éviter le risque de rechute et n'a pas aménagé son poste. En s'abstenant d'agir de façon adaptée, la commune a ainsi manqué à son obligation de sécurité et a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la commune a manqué à son obligation de reclassement de sorte que sa responsabilité doit être engagé pour ce deuxième motif ;

- elle a en réalité prononcé à son encontre une mutation d'office, laquelle est illégale et par suite fautive ;

- en raison de ces différentes fautes, elle a subi un préjudice professionnel qu'elle évalue à 134 400 euros ;

- elle a également subi un préjudice moral en raison, en particulier, de l'accident de service du 17 janvier 2016 et des fautes commises par la commune qu'elle évalue à 88 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 juin 2021, la commune de Couzeix, représentée par Me Verne, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme D d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté, à titre subsidiaire que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 85-603 du 10 juin 1985 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive dans la fonction publique territoriale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Greze, représentant Mme D,

- les observations Me Cwiklinski, subsituant Me Verne, représentant la commune de Couzeix.

Considérant ce qui suit :

1. Les deux requêtes susvisées concernent la situation d'un même fonctionnaire et ont le même objet. Elles ont donné lieu à une instruction commune. Il y a lieu d'y statuer par un même jugement.

2. Mme F E épouse D, titulaire du grade d'adjoint technique et assurant alors des fonctions d'ATSEM pour le compte de la commune de Couzeix, a été victime d'un accident le 21 décembre 2011, reconnu en accident de service le 9 janvier 2012. L'intéressée indique avoir subi 3 rechutes de cet accident de service, lequel lui a causé des lésions à son poignet droit, les 29 janvier 2013, 17 janvier 2014 et 17 juin 2016. Par un arrêté du 16 octobre 2020, Mme D a été placée en congé de longue maladie à compter du 16 octobre 2019, prolongé jusqu'au 16 janvier 2021, puis a été placée en congé de longue durée. Le 2 juin 2020, Mme D a sollicité le versement d'une somme de 200 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estimait avoir subi du fait des fautes qu'aurait commises la commune de Couzeix en omettant d'adopter les mesures de nature à prévenir les dommages physiques et psychologiques qu'elle a subis. Estimant que la correspondance qui lui a été adressée par la commune le 15 juillet 2020 en réponse à son courrier du 2 juin 2020 constituait une décision de rejet de sa demande préalable, elle demande, par sa requête n° 2001361, la condamnation de la commune à lui verser une somme de 222 400 euros en réparation des différents préjudices qu'elle a subis. Par sa requête n° 2001382, elle réitère cette demande, au vu d'une nouvelle correspondance de la commune du 16 octobre 2020 rejetant sa demande indemnitaire préalable du 2 juin 2020.

Sur la responsabilité de la commune de Couzeix :

3. En premier lieu, et d'une part, aux termes de l'article 2-1 du décret du 10 juin 1985 susvisé : " Les autorités territoriales sont chargées de veiller à la sécurité et à la protection de la santé des agents placés sous leur autorité. ". L'article 14 de ce décret dispose : " Le service de médecine préventive conseille l'autorité territoriale, les agents et leurs représentants en ce qui concerne : () 4° La protection des agents contre l'ensemble des nuisances et les risques d'accidents de service ou de maladie professionnelle ou à caractère professionnel (). ". L'article 20 de ce même décret dispose : " Les agents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 1er bénéficient d'un examen médical périodique au minimum tous les deux ans. Dans cet intervalle, les agents qui le demandent bénéficient d'un examen médical supplémentaire. () ". En vertu de l'article 24 dudit décret : " Les médecins du service de médecine préventive sont habilités à proposer des aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions, justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents. (). ". D'autre part, aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable aux faits de l'espèce : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs. Ces mesures comprennent : 1° Des actions de prévention des risques professionnels et de la pénibilité au travail ; 2° Des actions d'information et de formation ; 3° La mise en place d'une organisation et de moyens adaptés. L'employeur veille à l'adaptation de ces mesures pour tenir compte du changement des circonstances et tendre à l'amélioration des situations existantes. ". Aux termes de l'article L. 4121-2 du même code : " L'employeur met en œuvre les mesures prévues à l'article L. 4121-1 sur le fondement des principes généraux de prévention suivants : 1° Eviter les risques ; 2° Evaluer les risques qui ne peuvent pas être évités ; 3° Combattre les risques à la source () ".

4. Premièrement, il ne résulte pas de l'instruction que les missions confiées à Mme D à compter de 2011 impliquaient la réalisation de tâches mobilisant particulièrement son poignet droit ou mettant en jeu le port de charges lourdes.

5. Deuxièmement, ni l'accident initial du 21 décembre 2011, ni les évènements de rechute ou d'aggravation dont se prévaut l'intéressée et qui sont survenus les 29 janvier 2013 et 17 janvier 2014 ne sont dus à ses conditions ou à son environnement de travail mais à des chutes de celle-ci, sans qu'aucun lien ne soit établi avec l'utilisation et la fragilité de son poignet droit. Quant à l'accident du 17 juin 2016, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'accident, qu'il est survenu alors que Mme D soulevait un enfant de maternelle pour réaliser un exercice lors d'une séance de gymnastique scolaire, et non pas, comme le soutient la requérante dans ses écritures, pour porter assistance à un enfant. L'intéressée ne conteste par ailleurs pas avoir accompli cette tâche sans que cela ne lui ait été demandé.

6. Troisièmement, il ne résulte pas de l'instruction, alors que le docteur H, dans son certificat médical du 26 juillet 2013, a simplement recommandé " la limitation du port de charges lourdes et des mouvements rotatifs " et que les certificats médicaux délivrés en 2014 ne font état que de douleurs résiduelles au poignet droit avec limitation de la mobilité ", que les fonctions exercées par Mme D avant sa rechute de 2016, étaient incompatibles avec ces restrictions et ces séquelles de sorte qu'un aménagement de son poste de travail se serait avéré nécessaire.

7. Quatrièmement, les circonstances, à les supposées même établies, que la commune n'aurait pas informé le médecin de prévention des différents accidents de service subis par Mme D avant 2017 en méconnaissance de l'article 25 du décret n° 85-603, que Mme D n'aurait pas fait l'objet de la surveillance médicale régulière prévue à l'article 20 du même décret, que le comité technique n'aurait pas été informé de ses accidents de service, ne sont pas à elles seules, alors au demeurant que l'intéressée ne démontre pas en quoi les préjudices qu'elle invoque seraient en lien direct et certain avec ces circonstances, de nature à faire regarder la commune comme ayant manqué à son obligation de sécurité, tandis que cette dernière justifie avoir accompli plusieurs démarches à compter de 2013 pour assurer le suivi de la situation médicale de l'intéressée et ne pas avoir exposé Mme D au port de charges lourdes ou à des mouvements rotatifs.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la commune de Couzeix aurait commis une faute en manquant à ses obligations pour assurer sa sécurité et protéger sa santé physique et mentale.

9. En second lieu, aux termes de l'alinéa 1er de l'article 52 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " L'autorité territoriale procède aux mouvements des fonctionnaires au sein de la collectivité ou de l'établissement ; seules les mutations comportant changement de résidence ou modification de la situation des intéressés sont soumises à l'avis des commissions administratives paritaires ". Par ailleurs, aux termes de l'article 81 de la même loi : " Le fonctionnaire territorial reconnu, par suite d'altération de son état de santé, inapte à l'exercice de ses fonctions peut être reclassé dans un emploi d'un autre cadre d'emplois ou d'un autre corps ou dans un autre emploi, en priorité dans son administration d'origine ou à défaut dans toute administration ou établissement public mentionnés à l'article 2 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, s'il a été déclaré en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. Par dérogation, la procédure de reclassement peut être engagée en l'absence de demande de l'intéressé. Ce dernier dispose, en ce cas, de voies de recours ".

10. Il résulte de l'instruction que par un avis du 19 septembre 2017, la commission de réforme a émis un avis favorable au rattachement de l'accident survenu le 17 juin 2016 par Mme D à l'accident de service qu'elle a subi le 21 décembre 2011, tout en préconisant, à la suite de sa saisine par la commune sur ce point également, un changement d'affectation ou un reclassement à déterminer en lien avec le médecin de prévention, dès lors que l'agent " ne peut reprendre ses fonctions sur son poste actuel ". A la suite de cet avis, le docteur G, médecin de prévention, a préconisé le 7 décembre 2017 une reprise de fonctions dans le cadre d'un temps partiel thérapeutique " sur des missions ne comportant pas de ménage, de port de charges seules au-delà de 5kg, de travail en hauteur ", laquelle préconisation a été reprise par le docteur B, médecin expert, et le docteur A à plusieurs reprises au cours du premier semestre 2018.

11. A la suite de ces préconisations, l'intéressée a tout d'abord repris ses fonctions en mi-temps thérapeutique à compter du 24 avril 2018 et jusqu'au 6 octobre 2018, d'abord au sein de l'école maternelle Dolto jusqu'à début septembre 2018, puis à l'école maternelle Jean Moulin sur des fonctions administratives et de surveillance relevant de son cadre d'emploi et dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elles n'auraient pas été compatibles avec les restrictions médicales mentionnées au point 10. Ensuite, il ne résulte pas de l'instruction que les fonctions confiées à l'intéressée entre le 6 octobre 2018 et le 4 juillet 2019, consistant en des tâches administratives, de surveillance et d'accompagnement au sein de différentes structures communales pour lesquelles le médecin de prévention a émis un avis favorable le 19 décembre 2018, n'auraient pas été compatibles avec les restrictions médicales susmentionnées. Enfin, il ne résulte pas davantage de l'instruction que les missions confiées à l'intéressée à compter du 4 juillet 2019 et portant sur l'ouverture et le contrôle des installations sportives auraient contrevenu aux recommandations médicales précédemment évoquées.

12. Ainsi, il résulte d'une part de ce qui a été dit aux points 10 et 11 que la commune de Couzeix a procédé à différentes affectations de Mme D à la suite de sa reprise en avril 2018 sur des postes aménagés, au vu des recommandations médicales préconisées, sans que ces affectations, qui n'ont pas entraîné de changement de résidence, dont Mme D n'établit pas par la seule affirmation qu'elle " a durement ressenti le déclassement constitué par le changement de fonctions imposé " qu'elles auraient entraîné une perte de responsabilité ou de rémunération et qui ont été décidées dans le but de préserver sa santé, ne puissent s'analyser comme des mutations d'office. D'autre part, outre qu'il ne résulte pas de l'instruction que Mme D aurait présenté une demande de reclassement, la commune de Couzeix, au vu des différents avis médicaux mentionnés au point 6, pouvait à bon droit estimer qu'un simple changement d'affectation était suffisant pour prendre en compte les restrictions médicales nécessitées par l'état de santé de Mme D, sans qu'il n'y ait lieu d'engager une procédure de reclassement dans un autre cadre d'emplois.

13. Il résulte de tout ce qui précède qu'aucune faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Couzeix ne peut être retenue à son encontre. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions indemnitaires présentées par la requérante.

Sur les frais liés à l'instance :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

15. Ces dispositions font obstacle à ce que la commune de Couzeix, qui n'est pas la partie perdante, verse à Mme D une quelconque somme sur le fondement de ces dispositions. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge Mme D le versement d'une quelconque somme au titre des frais exposés par cette commune et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: Les requêtes n°s 2001321 et 2001862 présentées par Mme D sont rejetées.

Article 2:Les conclusions de la commune de Couzeix présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme F E épouse D et à la commune de Couzeix.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de la transformation et de la fonction publiques en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

N°s 2001321, 200186aj

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