jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2001477 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CHAGNAUD CHABAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 octobre 2020, le 22 mars 2021, le 17 août 2021, le 24 novembre 2021 et le 17 août 2023 la SCI des Consuls, représentée par Me Chagnaud, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à la communauté de communes Porte Océane du Limousin (CCPOL) de lui attribuer des places de parking en application d'un acte notarié du 26 octobre 2016 à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de la CCPOL la somme de 192 000 euros à titre de dommages intérêts, en réparation de son préjudice économique ;
3°) de mettre à la charge de la CCPOL la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- qu'elle dispose d'un intérêt à agir au regard des conséquences économiques résultant de l'inexécution des obligations figurant dans l'acte de vente ;
- que la CCPOL a commis une faute en n'appliquant pas purement et simplement l'acte authentique du 26 octobre 2016 par lequel elle s'était engagée à aménager des parkings dans la partie réservée et conservée à cet effet pour la SCI des Consuls ;
- que l'absence de respect de son engagement par la CCPOL lui a causé un préjudice économique dont elle demande une juste réparation résultant notamment de la perte d'un bail de location où figurait une clause de suspension de paiement liée à la disponibilité de parkings.
Par des mémoires en défense et une pièce complémentaire, enregistrés le 19 février 2021, le 26 octobre 2021 et le 12 juillet 2023, la communauté de communes Porte Océane du Limousin, représentée par Me Péru, conclut au rejet de la requête et à la condamnation de la SCI des Consuls à lui payer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable car portée devant une juridiction incompétente pour en connaître dès lors que le contrat de vente concerne un bien appartenant au domaine privé de la CCPOL, qu'il ne participe pas à l'exécution d'un service public et ne comporte aucune clause relevant du régime des contrats administratifs ;
- la requête est infondée en l'absence de toute responsabilité de la CCPOL dès lors qu'il n'est pas démontré l'existence d'une faute, d'un préjudice et d'un lien de causalité.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la propriété des personnes publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :
- le rapport de M. Christophe,
- les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI des Consuls a fait l'acquisition le 26 octobre 2016 auprès de la CCPOL de trois parcelles cadastrées section AM nos 91, 92 et 93 en vue d'y implanter un restaurant et des salles de réception. Une convention annexée à l'acte de vente prévoyait un aménagement de parkings lesquels seraient réalisés, soldés et entretenus par la communauté de communes et serviraient également à l'activité restaurant, réunions, et salle des réceptions. Par lettre du 2 juin 2020, la SCI a demandé à la CCPOL de lui affecter sans délai les places de parkings prévues dans l'acte notarié. En réponse, la collectivité a précisé le 28 juillet 2020 à la SCI qu'elle pouvait utiliser les parkings de propriété communautaire partagés avec l'entreprise Hermès présente sur le site. Par un mémoire en réclamation du 10 août 2020, la SCI des Consuls a de nouveau sollicité les places de parking qui lui revenaient ainsi qu'une indemnisation du préjudice économique qu'elle estime avoir subi à hauteur de 101 000 euros. La collectivité n'ayant pas apporté de réponse, une décision implicite de rejet est née de cette demande.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public. ". Aux termes de l'article L. 2331-1 du même code : " Sont portés devant la juridiction administrative les litiges relatifs : 1° Aux autorisations ou contrats comportant occupation du domaine public, quelle que soit leur forme ou leur dénomination, accordées ou conclus par les personnes publiques ou leurs concessionnaires ; (). ". Il résulte de ces dispositions qu'un contrat comportant occupation du domaine public, quelle que soit sa forme ou dénomination, passé par une personne publique ou son concessionnaire, présente le caractère d'un contrat administratif.
3. Il résulte de l'instruction que par acte de vente du 26 octobre 2016, la CCPOL a cédé à la SCI des Consuls trois parcelles cadastrées section AM nos 91, 92 et 93 appartenant à son domaine privé. A cet acte de vente était annexée une convention par laquelle il a été convenu entre la SCI et la communauté de communes que cette dernière prendrait notamment à sa charge " l'aménagement des parkings dans la partie réservée et conservée à cet effet. Ces parkings seront réalisés, soldés et entretenus par la communauté de communes. Ces parkings serviront également à l'activité restaurant, réunions, et salle des réceptions (sans redevance ni frais). ". Dans son mémoire en défense la CCPOL précise qu'" il s'agit d'un parking appartenant à la communauté de communes et entretenu par elle ". Enfin, par un courrier du 12 juillet 2023, l'avocat du défendeur précise : " le parking situé sur la parcelle cadastrée section AM n° 107 est bien un parking public gratuit ". Par suite, ce parking appartient au domaine public de la communauté de communes en ce qu'il est affecté à l'usage direct du public, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques. Dès lors, les difficultés soulevées par la SCI avec la CCPOL pour la mise en œuvre de cette convention ressortissent de la compétence de la juridiction administrative.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il n'y a pas lieu de retenir l'exception d'incompétence soulevée en défense par la CCPOL.
Sur la responsabilité de la CCPOL :
5. Il résulte de l'instruction que par convention du 26 octobre 2016, la CCPOL s'est engagée auprès de la SCI des Consuls à réaliser des travaux d'aménagement de parkings afin de permettre l'activité de restauration, de réunions et de salles de réception. La partie requérante soutient que malgré plusieurs demandes en ce sens elle n'a pu obtenir les places contractuellement convenues et que son activité serait ainsi compromise par cette absence du respect des engagements pris par la CCPOL. Par un courrier du 22 janvier 2020, la SCI des Consuls a ainsi interrogé le président de la CCPOL sur les parkings que ce dernier souhaitait lui attribuer lors de la signature de l'acte notarié. A cet égard, il ressort des termes de cette convention que ces parkings doivent servir " également " à l'activité de la SCI et qu'il n'est fait mention d'aucune utilisation prioritaire voire exclusive du parking ni de l'attribution d'un nombre déterminé de places. Cette convention précise encore et d'ailleurs que cette utilisation ne fera l'objet d'aucune redevance ni frais de la part de la SCI des Consuls. En outre, un procès-verbal d'huissier établi le 25 février 2020 après avoir constaté l'existence d'un parking sur une parcelle adjacente à celle de la SCI des Consuls dont l'accès se fait directement depuis ladite SCI relève qu'existe une autre zone de parking en cours d'aménagement sur le terrain appartenant à la CCPOL, conformément à l'engagement pris par cette dernière dans la convention précitée.
6. Toutefois, dans deux courriers datés du 10 mars 2020 et du 28 juillet 2020, la collectivité après avoir rappelé à la SCI des Consuls la possibilité d'utiliser les parkings de propriété communautaire partagés avec l'entreprise Hermès, également implantée sur le site, précise qu'en raison du souhait d'extension de cette dernière les parkings ne pourront plus à l'avenir être utilisés par la SCI des Consuls rompant ainsi avec son engagement inscrit dans la convention du 26 octobre 2016 de mise à disposition de parkings communs pour son activité. Si la CCPOL précise que pour pallier cette future occupation au bénéfice exclusif de la société Hermès, elle prévoit la réalisation de nouvelles places le long de la voie ferrée, chemin de notre Dame du Goth, ces futurs aménagements ne sauraient compenser par leur nombre limité et surtout leur localisation éparse dans une rue à proximité non immédiate du local d'implantation de la SCI, l'absence de mise à disposition des places de stationnement communes qui devaient être spécialement réservées et conservées sur l'unité foncière en cause. De même, à l'occasion d'un nouveau constat d'huissier réalisé le 24 juillet 2023 à l'initiative de la société requérante, il a été constaté la présence à l'entrée du parking objet de la convention d'un grand portail métallique coulissant ouvert, d'un interphone équipé de deux boutons d'appel avec les mentions " assistance administrative " et " assistance RH ", de barrières d'accès à chaque niveau de parking et d'une clôture métallique le long de l'accès au parking et sur le bas de la parcelle de la requérante empêchant a priori l'accès à son restaurant. De tels équipements sans rapport avec une utilisation libre et gratuite des places de stationnement, traduisent une volonté d'en réserver l'accès à une seule société contrairement à l'engagement pris par la collectivité dans la convention du 26 octobre 2016. Il ressort ainsi de ces différentes pièces du dossier que l'engagement pris par la CCPOL vis-à-vis de la SCI des Consuls dans la convention annexée à l'acte de vente du 26 octobre 2016 consistant en l'aménagement de parkings dans la partie réservée et conservée à cet effet n'est plus respecté. Par suite, la SCI des Consuls est fondée à soutenir que la CCPOL a manqué à ses obligations contractuelles.
Sur les préjudices et leur réparation :
7. La SCI des Consuls soutient qu'en l'absence des places de parking prévues dans la convention du 26 octobre 2016, elle n'a pu non seulement exploiter son établissement mais également concrétiser un bail de location, signé le 15 avril 2019 avec la SARL AJL dès lors qu'y figuraient plusieurs clauses de suspension de paiement dont l'une tenait notamment à " l'utilisation des parkings ". Elle estime le préjudice ainsi subi depuis le mois d'avril 2019 à une somme de 192 000 euros représentant les pertes de loyer afférents de 5 000 euros mensuels qu'aurait versé la SARL AJL si le bail de location n'avait pas été rompu ainsi que l'achat et l'installation d'une cuisine professionnelle pour un montant de 88 344 euros hors taxes auxquels s'ajoutent l'acquisition de tables pour une somme de 7 000 euros. Toutefois, si la SCI des Consuls produit la copie du bail paraphé par les deux parties contractantes et signé le 15 avril 2019 avec la SARL AJL, elle ne rapporte pas la preuve que sa rupture aurait pour cause l'absence de disponibilité de places de parking. De même, si elle produit une copie d'une facture de l'entreprise " Tout pour le froid " d'un montant hors taxe de 88 344 euros pour la pose et l'installation d'une cuisine professionnelle, elle ne précise pas qu'elle en est la destination principale et notamment qu'elle ne lui servirait pas pour ses propres prestations liées à ses activités de location de salles de réception. Dès lors, la SCI des Consuls n'établit pas par ces seules pièces le préjudice qu'elle dit avoir subi et ne peut dès lors prétendre à son indemnisation.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de condamnation de la communauté de communes " Porte Océane du Limousin " à verser à la SCI des Consuls une somme de 192 000 euros en réparation des différents préjudices qu'elle dit avoir subis doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté de communes qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la SCI des Consuls la somme d'argent que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la CCPOL présentées sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de la SCI des Consuls est rejetée.
Article 2:Les conclusions de la CCPOL présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4:Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière des Consuls et à la communauté de communes " Porte Océane Limousin ".
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
Le rapporteur,
F. CHRISTOPHE
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. A
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026