jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2001609 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FERRARI FRANÇOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 5 novembre 2020 et le 23 mars 2022, et des pièces complémentaires enregistrées le 1er avril 2022, la société Voltafrance 8, représentée par Me Ferrari, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 8 500 euros correspondant aux frais engagés en pure perte sur le projet de centrale photovoltaïque abandonné ;
2°) de condamner l'État à lui verser la somme totale de 1 138 037 euros en réparation de son préjudice lié à la faute de l'État dans son obligation de notification préalable à la Commission européenne des arrêtés tarifaires en matière d'achat d'électricité produite à partir de centrales photovoltaïques et afin de rétablir l'équilibre concurrentiel ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'État a commis une illégalité fautive en raison de la violation de son obligation de notification du régime d'aide que constituent les arrêtés tarifaires du 10 juillet 2006 et du 12 janvier 2010 en matière d'achat d'électricité produite à partir de centrales photovoltaïques, constitutifs d'une aide d'État, alors même que la Commission européenne n'a pas estimé que ce régime serait incompatible avec le marché commun, et en raison de son refus de régulariser la notification des arrêtés tarifaires précités ;
- il résulte de cette carence, qui est à l'origine d'une perte de chance d'être indemnisée de la perte de sa marge devant le juge judiciaire, un déséquilibre de concurrence entre les producteurs bénéficiant de contrats et ceux exclus de l'indemnisation qui crée une rupture d'égalité de traitement entre eux, ainsi qu'une violation du principe de confiance légitime et de sécurité juridique ;
- le lien de causalité est établi entre le défaut de notification de l'État et son préjudice ;
- elle doit être indemnisée à hauteur de 8 500 euros au titre des frais engagés en pure perte pour développer la centrale photovoltaïque, et de 1 138 037 euros au titre des conséquences d'une distorsion de concurrence dès lors qu'elle a été empêchée de dégager une marge sur vingt ans au même titre que ses concurrents.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2022, la ministre de la transition énergétique conclut à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, à ce que la société Enedis soit appelée à garantir l'État des condamnations qui seraient prononcées à son encontre, dès lors que le préjudice, dont la requérante se prévaut, a pour origine une faute de ladite société.
Elle fait valoir que :
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- en particulier, si l'absence de notification de l'arrêté du 12 janvier 2010 à la Commission européenne constitue une faute, il n'en résulte aucun préjudice indemnisable en l'absence de lien de causalité direct et certain entre ladite faute et ce préjudice dès lors que l'aide en cause étant illégale, la société n'aurait pu la percevoir ;
- le préjudice allégué ne découle pas directement de façon certaine de l'abstention fautive de l'État en termes de notification dès lors que ce sont les seuls agissements d'Enedis qui sont la cause du préjudice lui-même, qu'en tout état de cause, la notification d'une aide d'État à la Commission européenne ne préjuge en rien de la compatibilité ou de l'incompatibilité de l'aide avec le marché intérieur, et qu'en outre, la société ne démontre ni qu'elle aurait été dans l'impossibilité de poursuivre l'exploitation de son installation selon des conditions tarifaires différentes, ni qu'elle aurait présenté devant le juge judiciaire une demande tendant à obtenir réparation du préjudice correspondant aux frais engagés en vain dans le cadre de son projet ; l'absence de notification de l'arrêté du 12 janvier 2010 à la Commission européenne n'est pas susceptible de caractériser une rupture d'égalité de traitement ou de porter atteinte à la concurrence, tous les opérateurs de production d'électricité photovoltaïque étant placés dans une situation identique ;
- aucun lien de causalité direct et certain ne saurait être retenu entre la faute tenant au refus de régulariser la situation et le préjudice tenant à la perte de marge correspondant à l'impossibilité d'exploiter l'installation ; l'exclusion de la société requérante du dispositif introduit par l'arrêté du 12 janvier 2010 résulte de la modification réglementaire intervenue avec le décret du 9 décembre 2010 et non de l'absence de notification à la Commission européenne ;
- les préjudices allégués ne sont ni certains, ni établis dans leurs montants.
La première ministre, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 3 août 2021, n'a pas produit de mémoire en défense.
La procédure a été communiquée à la société Enedis le 28 janvier 2022 qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 11 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code de l'énergie ;
- la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 ;
- le décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 ;
- le décret n° 2001-410 du 10 mai 2001 ;
- le décret n° 2010-1510 du 9 décembre 2010 ;
- l'arrêté du 10 juillet 2006 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil telles que visées au 3° de l'article 2 du décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 ;
- les arrêtés du 12 janvier 2010 portant abrogation de l'arrêté du 10 juillet 2006 et fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations utilisant l'énergie radiative du soleil telles que visées au 3° de l'article 2 du décret n° 2000-1196 du 6 décembre 2000 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées :
- le rapport de Mme Siquier,
- et les conclusions de Mme Benzaïd, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Voltafrance 8 a développé un projet de centrale photovoltaïque d'une puissance de 240 kWc sur le territoire de la commune de Saint-Julien-aux-Bois dans le département de la Corrèze. Elle a déposé une demande de raccordement de l'installation au réseau de distribution d'électricité auprès de la société ERDF le 16 août 2010 et il ne résulte pas de l'instruction que ce dossier aurait été incomplet. Il est constant qu'aucune proposition technique et financière en vue de la conclusion du contrat d'achat d'électricité n'a été adressée à la société Voltafrance 8 dans le délai de trois mois à compter de la réception du dossier de demande de raccordement. Cette faute de l'opérateur de raccordement a empêché la société requérante de retourner les devis de raccordement acceptés avant le 2 décembre 2010. Or, un décret du 9 décembre 2010 rétroactif au 2 décembre 2010 a mis en œuvre un moratoire sur les projets photovoltaïques. Ce texte a eu pour effet de rendre caducs les projets n'ayant pas fait l'objet d'un retour du devis de raccordement avant le 2 décembre 2010.
2. Par une demande indemnitaire préalable datée du 15 juillet 2020, la société a sollicité l'indemnisation par l'Etat de son préjudice lié à la faute de ce dernier dans son obligation de notification préalable à la Commission européenne des arrêtés tarifaires en matière d'achat d'électricité produite à partir de centrales photovoltaïques. Cette demande a fait l'objet de décisions implicites de rejet. La société Voltafrance 8 demande au tribunal de l'indemniser des préjudices subis à raison des frais engagés en pure perte sur le projet de centrale photovoltaïque abandonné, de la distorsion de concurrence créée par le défaut de notification à la Commission européenne de l'arrêté tarifaire photovoltaïque du 12 janvier 2010, de la rupture d'égalité entre les exploitants et de l'atteinte au principe de confiance légitime et de sécurité juridique.
Sur les conclusions indemnitaires :
3. D'une part, l'article 10 de la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité (ultérieurement codifié à l'article L. 314-1 du code de l'énergie) a institué à la charge d'EDF et des entreprises locales de distribution une obligation d'achat de l'électricité produite par des installations d'une puissance installée inférieure ou égale à 12 mégawatts, utilisant des énergies renouvelables, dont l'énergie radiative du soleil au moyen de panneaux photovoltaïques, avec des modalités de tarification incitatives fixées réglementairement, le surcoût en découlant étant financé par la contribution au service public de l'électricité qui est acquittée par les consommateurs. Un arrêté du 10 juillet 2006 avait fixé un coût de rachat à un tarif dit S06 de 0,602 euros par kWh vendu, soit largement au-dessus du prix du marché, applicable selon la date de réception de la demande complète de contrat de rachat d'électricité en application d'un décret n° 2001-410 du 10 mai 2001, et garanti pendant toute la durée du contrat de rachat d'une durée habituelle de vingt ans après raccordement effectif au réseau public. Toutefois, par deux arrêtés du 12 janvier 2010, a été abrogé l'arrêté précité du 10 juillet 2006 et pris de nouvelles conditions tarifaires moins avantageuses, avec un tarif dit S10 compris entre 0, 314 euros et 0,3768 euros par kWh. Enfin, un décret n° 2010-1510 du 9 décembre 2010 dit " moratoire " a suspendu à la fois l'obligation d'achat et le dépôt des demandes de raccordement au réseau électrique et obligé les pétitionnaires n'ayant pas conclu de contrat avec ERDF à déposer une nouvelle demande de raccordement pour bénéficier d'un contrat d'achat, entrainant l'application de tarifs encore moins avantageux fixés notamment par des arrêtés des 16 mars et 31 août 2010.
4. D'autre part, l'article 107 § 1 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne énonce que : " Sauf dérogations prévues par les traités, sont incompatibles avec le marché intérieur, dans la mesure où elles affectent les échanges entre États membres, les aides accordées par les États ou au moyen de ressources d'État sous quelque forme que ce soit qui faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant certaines entreprises ou certaines productions ". L'article 108 du même traité prévoit que : " La Commission est informée, en temps utile pour présenter ses observations, des projets tendant à instituer ou à modifier des aides. ". Cette dernière stipulation impose aux autorités des Etats membres une obligation de notification de tout régime d'aide d'Etat à la Commission européenne dont la méconnaissance affecte la validité des actes comportant une mise à exécution des mesures d'aides et l'intervention ultérieure d'une décision finale de la Commission, déclarant ces mesures compatibles avec le Marché commun, n'a pas pour conséquence de régulariser a posteriori les actes invalides. Il n'est pas contesté que le régime mis en place par la loi n° 2000-108 du 10 février 2000 accordant aux installations de production d'énergie renouvelable un tarif supérieur au prix du marché constitue une aide d'Etat et que l'Etat français n'a pas respecté son obligation de notification préalable à la Commission européenne, entachant ainsi d'illégalité les divers actes réglementaires pris pour son exécution, et notamment les arrêtés fixant les tarifs des 10 juillet 2006 et 12 janvier 2010.
5. En premier lieu, la responsabilité d'une personne publique n'est susceptible d'être engagée que s'il existe un lien de causalité suffisamment direct et certain entre les fautes qu'elle a commises et le préjudice subi par la victime. La société requérante soutient que le défaut de notification du régime d'aide issu des arrêtés tarifaires de 2006 et de 2010 et le refus de régulariser sa situation auprès de la Commission européenne l'ont privée d'une chance de bénéficier des tarifs préférentiels, notamment issus de l'arrêté du 10 juillet 2006, et sont à l'origine de ses préjudices, tenant, d'une part, à des frais d'études et de conseils exposés en pure perte et, d'autre part, à la perte de marge brute qu'aurait permis de dégager l'exploitation de la centrale sur toute la durée du contrat d'achat d'électricité. Elle invoque à cet égard la distorsion de concurrence créée avec les exploitants qui ont bénéficié de tarifs préférentiels. Toutefois, il résulte de l'instruction que si la société requérante n'a pu mettre en œuvre son projet et n'a pu bénéficier de conditions tarifaires plus favorables, c'est en raison des agissements de la société ERDF, devenue ENEDIS, qui ne lui a pas renvoyé une proposition technique et financière dans les délais impartis. Dans ces conditions, la société requérante n'établit pas l'existence d'un lien de causalité suffisamment direct et certain entre l'illégalité fautive commise par l'Etat et les préjudices allégués.
6. En deuxième lieu, même à supposer que la société requérante pouvait bénéficier des tarifs préférentiels issus des arrêtés du 10 juillet 2006 ou du 12 janvier 2010, l'illégalité entachant ces textes réglementaires en raison de la violation par l'Etat français de son obligation de notification préalable du dispositif d'aide d'Etat à la Commission européenne ne permettait pas, en tout état de cause, de regarder l'absence de perception de telles aides illégales comme un préjudice indemnisable dès lors que l'Etat français était tenu de ne pas les verser avant que la Commission européenne statue sur la compatibilité de ce régime d'aide au regard des règles du marché commun. Dès lors, la société requérante ne saurait se prévaloir d'une quelconque perte de chance de bénéficier des tarifs issus desdits arrêtés.
7. En troisième lieu, la société requérante ne peut invoquer un préjudice tenant à une discrimination ou rupture d'égalité entre les bénéficiaires des tarifs avantageux issus des arrêtés précités et les exploitants qui, comme elle, n'ont pu bénéficier de tels tarifs dès lors que ces opérateurs ne sont pas placés dans la même situation juridique tenant notamment à la date de raccordement au réseau électrique ou la date de conclusion des contrats de rachat d'électricité.
8. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de confiance légitime et de sécurité juridique n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société Voltafrance 8 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SARL Voltafrance 8 demande au titre des frais exposés par elle à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de la SARL Voltafrance 8 est rejetée.
Article 2:Le présent jugement sera notifié à la SARL Voltafrance 8, à la société Enedis, au secrétaire général du Gouvernement et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- M. Christophe, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef,
La Greffière
M. A
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
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01/06/2026