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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001843

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001843

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001843
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantCLERC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 11 décembre 2020, 20 et 28 janvier 2022, Mme C K et M. I H, agissant en tant qu'ayant droits de leur mère décédée, Mme G L, représentés par Me Pauliat-Defaye, demandent au tribunal :

1°) de condamner solidairement l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes La Vaquine (EHPAD) et le centre hospitalier (CH) du Blanc à leur verser à chacun la somme de 20 000 euros au titre du préjudice d'affection qu'ils ont subis à la suite du décès fautif de leur mère ;

2°) à titre subsidiaire, de faire droit à la demande du centre hospitalier du Blanc de voir ordonner une mesure d'expertise ;

3°) de condamner l'EHPAD et le centre hospitalier aux entiers dépens ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Blanc et de l'EHPAD La Vaquine la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'EHPAD a commis plusieurs manquements dans le suivi médical et l'organisation du service, notamment en tardant à faire hospitaliser Mme L ;

- le centre hospitalier du Blanc a commis une faute médicale en procédant à un remplissage intraveineux excessif et imprudent ;

- ces deux établissements sont co-responsables du décès de leur mère dans la nuit du 12 au 13 janvier 2017 ;

- en raison de ces manquements, ils sont fondés à demander une réparation au titre de leur préjudice d'affection qu'ils évaluent à 20 000 euros pour chacun d'entre eux.

Par des mémoires en défense enregistrés le 8 septembre 2021 et le 11 février 2022, le centre hospitalier du Blanc, représenté par Me Valière-Vialeix, conclut à titre principal à sa mise hors de cause et à la mise à la charge des requérants d'une somme de 1 500 euros, subsidiairement à ce que soit ordonnée une expertise.

Il soutient que sa responsabilité ne saurait être engagée dès lors que Mme L est arrivée dans un état dégradé aux services des urgences, d'autre part que son décès a été causé par une fragilité cardiaque connue et non traitée du fait de sa propre volonté.

Par un mémoire enregistré le 2 mars 2022, l'établissement public départemental social et médico-social Blanche de Fontarce, représenté par Me Clerc, conclut à sa mise hors de cause et à la mise à la charge de la partie perdante d'une somme de 3 000 euros au titre des frais de justice.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

- les observations de Me Mons-Barriaud pour les requérants et Me Veyriras, représentant le centre hospitalier du Blanc.

Considérant ce qui suit :

1. Mme L, alors âgée de 73 ans a été prise en charge à l'EHPAD La Vaquine en juillet 2016. Le 4 janvier 2017, à la demande de son médecin traitant, elle a été transférée aux urgences du centre hospitalier du Blanc, avec un tableau de forte fièvre, d'une forte déshydratation et d'une marbrure des membres inférieurs. Après qu'ait été diagnostiquée une pneumopathie basale gauche avec fièvre persistante, traitée par une antibiothérapie, un traitement par remplissage intra-veineux en sérum physiologique à raison de 2 litres par jour a été administré à l'intéressée aux fins de lutter contre une déshydratation sévère. Malgré ce traitement, l'état de santé de Mme L, après une légère amélioration le 9 janvier 2017, s'est dégradé jusqu'à son décès intervenu dans la nuit du 12 au 13 janvier 2017.

2. Estimant que leur mère avait été victime de négligences, Mme K et M. H, fille et fils de B L, ont porté plainte à l'encontre de l'EHPAD La Vaquine le 4 février 2017 pour des faits de non-assistance à personne en danger. A la suite de l'ouverture d'une information judiciaire, le docteur A J, docteur en médecine, expert près la cours d'appel de Bourges, a été saisi par un juge d'instruction aux fins de réaliser une expertise sur les conditions du décès de Mme L. Il a remis son rapport le 21 février 2020.

3. Par la présente requête, Mme K et M. H demandent l'indemnisation du préjudice d'affection qu'ils estiment avoir subi en raison de la prise en charge fautive de leur mère au sein du centre hospitalier du Blanc et au sein de l'EHPAD La Vaquine.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité :

4. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".

5. A défaut de conclusions dirigées contre lui, l'établissement public départemental social et médico-social Blanche de Fontarce est mis hors de cause.

S'agissant de la responsabilité du centre hospitalier du Blanc :

6. D'une part, l'expert judiciaire a retenu que la cause du décès de Mme L était un " choc cardiogénique consécutif à un remplissage intra-veineux () excessif et imprudent, compte tenu de la fragilité cardiaque connue, en sérum physiologique à raison de 2 litres par jour ". L'expert indique que la défaillance cardiaque a débuté par l'hypernatrémie constatée dès le 8 janvier et donc par une hypervolémie, puis s'est manifestée par un passage en flutter auriculaire le 10 janvier, lequel est très probablement consécutif au remplissage veineux responsable d'une dilatation de l'oreillette gauche, et sans lien avec les troubles du rythme cardiaque précédemment constatés en 2015. Il précise enfin que " le décès pouvait donc être évité par la perfusion modérée de sérum physiologique et l'adjonction de soluté glucosé dans la perfusion afin d'avoir l'hydratation nécessaire souhaitée sans majorer la masse sanguine ".

7. Tout d'abord, il résulte de l'instruction que la bronchopneumopathie dont était atteinte la requérante a été correctement traitée par une antibiothérapie adaptée et n'est pas à l'origine directe de son décès. Ensuite, il résulte de cette même instruction et notamment des dires du docteur E dans son rapport complémentaire du 2 septembre 2021 et ce nonobstant les dénégations de l'établissement défendeur sur ce point, que l'intéressée s'est bien vue administrée, en complément de glucose injecté sous forme d'infusions, du sérum physiologique du 7 au 9 janvier, puis du 10 au 12 janvier à titre exclusif par voie sous-cutanée, afin de lutter contre la déshydratation dont elle souffrait, sans qu'aucun des éléments au dossier ne soit de nature à remettre en cause l'indication de l'expert selon laquelle ce dosage de sérum s'est situé autour de 2 litres par jour, ni ne permette de tenir pour établi qu'entre le 10 et le 12 janvier, il n'était pas possible d'envisager un autre mode de traitement pour réhydrater l'intéressée. Puis, contrairement à ce que soutient le centre hospitalier pour contester le rapport d'expertise une hypervolémie, qui est une augmentation et non une diminution du volume de sang supérieur à la normale peut résulter d'une hypertranémie comme l'a retenu l'expert. Enfin, les circonstances que la requérante souffrait d'une cardiomégalie à son admission aux urgences et présentait un certain nombre d'antécédents cardiaques ne sont pas de nature à expliquer, alors qu'au demeurant une amélioration de son état de santé a été constatée le 9 janvier et que l'expert relève que la défaillance cardiaque à l'origine du décès de Mme L est sans lien avec les troubles du rythme cardiaque précédemment constatés en 2015, le décès de l'intéressée, lequel comme le soutient l'expert, relève d'une faute médicale commise par le centre hospitalier. Dans ces conditions, alors même qu'un non-lieu a été requis par le Procureur de la République près le Tribunal Judiciaire de Châteauroux suite à l'information judiciaire ouverte pour des faits de non- assistance à personne en danger à l'encontre de l'EHPAD de Chaillac, et ce au motif de la fragilité cardiaque connue et non traitée du fait de la volonté de Mme L, et sans qu'il soit utile d'ordonner l'expertise médicale demandée par l'établissement hospitalier, il y a lieu d'engager la responsabilité du centre hospitalier du Blanc pour l'entier dommage subi par Mme L.

S'agissant de la responsabilité de l'EHPAD La Vaquine :

9. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise susmentionné que les traitements du point de vue de la prise en charge pré-hospitalière ont été " adaptés aux pathologies présentées par Mme L ". L'expert souligne également qu'il s'est déroulé 24 heures entre le moment où l'intéressée a présenté une fièvre évocatrice et son hospitalisation avant d'ajouter qu'il s'agit d'un " délai raisonnable compte tenu des contraintes pesant sur l'agenda d'un médecin généraliste dans un territoire en déficit de praticiens médicaux ". Surtout, l'expert indique que " ce retard de prise en charge est sans lien direct avec la mort de Mme L, l'infection pulmonaire à l'origine de cette hospitalisation () ayant été contrôlée du point de vue biologique le 10 janvier 2017 et l'état général [de celle-ci s'étant] nettement amélioré dès le 9 janvier 2017 ". Dans ces conditions, l'ensemble des manquements reprochés par les requérants à l'EHPAD, relevant à la fois de fautes médicales et de faute dans l'organisation du service, et tenant en particulier à des visites insuffisamment régulières de la part du médecin de l'établissement, une hospitalisation trop tardive, une mauvaise observation de son état de santé, le manque de diligences des personnels médicaux à compter du 3 janvier, de possibles falsifications de données, des problèmes de transmission d'information, un manque d'hydratation de la patiente et un manque de personnels, outre qu'ils ne sont pas retenus par l'expert, sont en tout état de cause sans lien direct et certain avec le décès de Mme L. Par suite, il n'y a pas lieu d'engager la responsabilité de l'EHPAD défendeur.

En ce qui concerne les préjudices :

10. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme K et M. H, lesquels sont majeurs et ne résidaient pas avec leur mère décédée, en fixant sa réparation à la somme de 5 000 euros à chacun.

Sur les dépens :

11. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens entrant dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par les requérants sur ce fondement.

Sur les frais d'instance :

10. D'une part, les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge des requérants le versement de la somme demandée par le centre hospitalier du Blanc au titre des frais d'instance. Ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'EHPAD La Vaquine le versement de la somme demandée par les requérants au titre des frais d'instance D'autre part, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de l'établissement public départemental social et médico-social Blanche de Fontarce. Enfin, le centre hospitalier du Blanc versera à Mme K et M. H la somme globale de 1 500 euros en application de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er: L'établissement public départemental social et médico- social Blanche de Fontarce est mis hors de cause.

Article 2:Le centre hospitalier du Blanc est condamné à verser à Mme K et M. H la somme de 5 000 (cinq mille) euros, à chacun, en réparation des préjudices qu'ils ont subis.

Article 3:Le centre hospitalier du Blanc versera à Mme K et M. H une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4:Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5:Le présent jugement sera notifié à Mme C K, M. I H, au centre hospitalier du Blanc, à l'EHPAD La Vaquine, à l'établissement public départemental social et médico-social Blanche de Fontarce.

Délibéré après l'audience du 2 mars 2023 où siégeaient :

- M. Normand, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

F. F

Le président,

N. NORMAND

Le greffier,

M. D

La République mande et ordonne

au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

No 2001843

mf

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