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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2001937

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2001937

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2001937
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOMBRADET MARTIAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2020, M. C A, représenté par Me Combradet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge du rappel de taxe sur la valeur ajoutée auquel il a été assujetti au titre de l'exercice clos le 31 mars 2017 en raison du refus de déductibilité de la taxe grevant le prix d'un hélicoptère acquis le 27 février 2017 par son entreprise individuelle ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, " les frais irrépétibles " qu'il " a été ou sera amené à exposer en cours d'instance ".

Il soutient que :

- en vertu notamment du dispositif dérogatoire résultant d'une décision ministérielle du 28 mars 2003, il pouvait bénéficier d'une déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant le prix d'achat, pour un montant de 220 000 euros, d'un hélicoptère acquis le 27 février 2017 auprès d'une société italienne ;

- l'hélicoptère ayant été acquis le 27 février 2017, et les opérations de contrôle se clôturant au 31 mars 2017, l'administration n'a pas disposé des éléments nécessaires pour motiver son rappel de taxe sur la valeur ajoutée ; les dates d'acquisition et de clôture de l'exercice comptable étant quasi-concomitantes, aucune prestation de service aérien soumise à la taxe sur la valeur ajoutée ne pouvait alors apparaître dans la comptabilité, ni même de taxation de prestation à soi-même ;

- le service s'est uniquement fondé sur la circonstance que les caractéristiques techniques de l'hélicoptère permettaient le transport de personnes et n'a pas apprécié les conditions réelles d'exploitation de cet engin aérien ;

- lors des opérations de contrôle, il ne lui a pas été demandé de fournir des factures relatives à des prestations de services aériens.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A exploite à titre individuel une entreprise sous la dénomination " A Jean- Jacques ", ayant pour activité principale le " soutien aux cultures ". L'entreprise a fait l'objet, du 26 juin au 18 septembre 2018, d'une vérification de comptabilité sur la période du 1er avril 2014 au 31 mars 2017. Dans le cadre des opérations de contrôle, le service a relevé que l'entreprise avait acquis, le 27 février 2017, auprès d'une société italienne, un hélicoptère pour un prix de 220 000 euros, exonéré de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) selon la facture du fournisseur. Estimant que la TVA grevant l'achat de ce bien devait être exclue du droit à déduction, le service a notifié à M. A une proposition de rectification en date du 19 septembre 2018 comportant un rappel de TVA collectée relatif à cette acquisition intracommunautaire non déclarée, pour un montant, en droits, de 44 000 euros au titre de l'exercice clos le 31 mars 2017. Le désaccord a été soumis à l'avis de la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui, le 25 juin 2019, s'est déclarée incompétente. Le rappel de ces droits de TVA, et des pénalités afférentes, a été mis en recouvrement le 30 août 2019. Par une décision du 3 novembre 2020, l'administration fiscale a rejeté la réclamation contentieuse du 24 septembre 2019 de M. A. Par cette requête, M. A demande au tribunal de prononcer la décharge du rappel de TVA auquel il a été assujetti au titre de l'exercice clos le 31 mars 2017 du fait du refus de déduction de la TVA grevant cette acquisition intracommunautaire.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 256-A du code général des impôts : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. () / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence ". Selon l'article 256 bis de ce code : " I. - 1° Sont également soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les acquisitions intracommunautaires de biens meubles corporels effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ou par une personne morale non assujettie lorsque le vendeur est un assujetti agissant en tant que tel et qui ne bénéficie pas dans son État du régime particulier de franchise des petites entreprises ".

3. L'article 205 de l'annexe 2 au code général des impôts prévoit que : " La taxe sur la valeur ajoutée grevant un bien ou un service qu'un assujetti à cette taxe acquiert, importe ou se livre à lui-même est déductible à proportion de son coefficient de déduction ". L'article 206-I de cette annexe dispose : " Le coefficient de déduction mentionné à l'article 205 est égal au produit des coefficients d'assujettissement, de taxation et d'admission ". Selon les 6°et 7° du 2 du IV l'article 206 de cette annexe, le coefficient d'admission est nul pour " les véhicules ou engins, quelle que soit leur nature, conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes ". Pour apprécier si un véhicule ou un engin a été conçu pour le transport des personnes ou pour un usage mixte au sens de ces dispositions, il y a lieu non pas de se référer aux conditions d'utilisation du véhicule mais de rechercher, compte tenu de ses caractéristiques lors de l'acquisition, l'usage auquel il est normalement destiné.

4. Il résulte de l'instruction que, compte tenu de ses caractéristiques techniques à la date de l'achat, l'hélicoptère dont M. A a fait l'acquisition le 27 février 2017 n'a pas pour vocation première le transport de marchandises. En effet, selon le descriptif technique du constructeur, la cabine de ce modèle d'hélicoptère offre 4 sièges confortables, un habitacle spacieux, une bonne visibilité dans toutes les directions pour profiter au mieux des paysages survolés et des équipements de confort pour les passagers. S'agissant de l'emport de marchandises, la masse par soute est limitée à 23 kg et la charge sous élingue est limitée à 250 kg. Ce type d'hélicoptère doit donc être regardé comme ayant été conçu pour le transport de personnes, avec possibilité d'un usage mixte. En application de l'article 206 de l'annexe 2 au code général des impôts, le coefficient d'admission et, par suite, le coefficient de déduction de la TVA était donc nul. Il s'ensuit que, sur le terrain de la loi fiscale, M. A n'est pas fondé à demander la décharge du rappel de TVA auquel son entreprise individuelle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 mars 2017.

En ce qui concerne la doctrine :

5. Selon l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa version applicable au litige : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".

6. M. A invoque le bénéfice d'une décision ministérielle du 28 mars 2003, reprise dans une instruction 3 D-3-04 du 23 février 2004, puis aux commentaires administratifs publiés aux points 430 et suivants du BOFIP sous la référence BOI-TVA-DED-30-30-20, qui autorise la déduction de la TVA supportée pour l'acquisition d'hélicoptères conçus pour le transport de personnes ou pour un usage mixte, lorsque ces engins sont utilisés pour fournir des prestations de services aériens. Dans sa partie relative aux modalités d'application de cette mesure de tolérance, cette décision ministérielle précise que : " Les dépenses concernées doivent être nécessaires à l'exploitation. / Par ailleurs, les entreprises concernées doivent être en mesure de justifier strictement de l'utilisation effective qui est faite de ces aéronefs. Le respect de cette condition suppose que soient respectées les obligations résultant de la réglementation qui régit l'aéronautique civile. A cet égard, il est rappelé que les entreprises qui effectuent, même partiellement, des opérations de transport aérien de voyageurs doivent : / - obtenir un certificat de transport aérien délivré par le Conseil Supérieur de l'Aviation Marchande ou l'autorité d'aviation civile et faire approuver un manuel d'exploitation qui reprend l'ensemble de l'organigramme et des structures de l'entreprise ainsi que les procédures en vigueur et les performances des appareils exploités ; / - obtenir l'approbation par les services de la Direction Générale de l'Aviation Civile d'une liste de flotte inscrite dans le cadre de ce certificat de transport aérien et comprenant tous les appareils qui sont autorisés à effectuer du transport public de voyageurs ; / - se livrer à des contrôles périodiques de la navigabilité des aéronefs et des compétences des pilotes ; / - et tenir un suivi précis des heures de vol de l'appareil sur les documents définis par la réglementation en vigueur, à savoir : soit un compte rendu matériel (CRM) pour ceux des aéronefs qui sont inscrits en liste de flotte attachée à un certificat de transport aérien, soit un carnet de route pour ceux des aéronefs non inscrits en liste de flotte. Ce dernier document (carnet de route) n'est pas obligatoire en transport aérien sur la base de la réglementation " OPS 3 ". / C'est plus particulièrement la tenue de ces derniers documents qui conditionne l'application de la mesure bienveillante visant à ne pas appliquer la mesure d'exclusion prévue par les dispositions du 6° du 2 du IV de l'article 206 de l'annexe II au CGI et les autres exclusions qui en sont corrélatives. / L'utilisation effective de l'appareil est en effet justifiée par la présentation de ces documents et notamment par les informations résultant des mentions obligatoires (à savoir, la date, le nom des membres de l'équipage et leur fonction à bord, l'origine et la destination du vol, l'heure de départ et l'heure d'arrivée, le temps du vol, la nature du vol, le carburant embarqué lors de l'avitaillement, les anomalies constatées pendant le vol ou la mention explicite d'absence d'anomalie) figurant soit sur le carnet de route de l'avion ou de l'hélicoptère, soit sur le compte rendu matériel (CRM). / Pour celles des entreprises qui ne réaliseraient aucune prestation de transport aérien de voyageurs, cette justification est satisfaite par la tenue du carnet de route. () / Lorsqu'une entreprise est autorisée à déduire () la taxe grevant les dépenses afférentes à l'acquisition et l'entretien d'avions ou d'hélicoptères, l'utilisation de ces engins pour la réalisation d'opérations autres que des prestations aériennes rendues à titre onéreux donne lieu à la taxation d'une prestation de services à soi-même (PASM) ".

7. Comme l'a justement retenu le service, M. A, qui supporte la charge de la preuve en l'absence de production de factures régulières de prestations de service aérien, ne produit pas les éléments de nature à établir, comme il le soutient, qu'au 31 mars 2017, date de clôture de l'exercice de l'année 2017, ou même postérieurement, l'hélicoptère acquis le 27 février 2017 aurait notamment servi à son entreprise individuelle pour des prestations de levage, de baptêmes de l'air ou encore d'enseignement du pilotage, prestations qui, au demeurant, ne sont pas nécessaires à l'exploitation de l'activité de travaux publics, terrassement, réalisation et entretien d'étangs qui est effectivement exercée par cette entreprise. En outre, M. A n'établit ni même n'allègue qu'il aurait rempli les obligations résultant de la réglementation qui régit l'aéronautique civile et qu'il aurait disposé des documents exigés par la décision ministérielle du 28 mars 2003. Dans ces conditions, quand bien même l'hélicoptère en question n'a été acquis que le 27 février 2017, soit près d'un mois seulement avant la clôture de l'exercice de l'année 2017, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il remplissait les conditions pour pouvoir bénéficier du dispositif dérogatoire d'interprétation stricte prévu par cette décision ministérielle.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à ce que le tribunal prononce la décharge du rappel de TVA auquel il a été assujetti au titre de l'exercice clos le 31 mars 2017 en raison du refus de déductibilité de la TVA grevant le prix de l'hélicoptère acquis le 27 février 2017 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme à verser à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

J.B. B

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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