mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100023 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DOUNIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 janvier 2021, M. A F, représenté par Me Douniès, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 5 novembre 2020 par laquelle le conseil départemental de l'ordre des médecins de la Haute-Vienne a décidé de ne pas saisir la chambre disciplinaire de première instance de la plainte déposée à l'encontre du docteur E ;
3°) d'enjoindre à cette autorité de procéder au réexamen de la situation de M. F sous astreinte de 200 euros par jour de retard, dans un délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de cet ordre professionnel une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 5 novembre 2020 est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le docteur E a émis un certificat médical en faveur de son hospitalisation sans consentement alors même qu'elle exerçait ses fonctions au sein de l'établissement hospitalier dans lequel il était accueilli de sorte que ce médecin a manqué " d'indépendance objective " ;
- le docteur E ne justifie pas des motifs ayant conduit à décider de son hospitalisation sans consentement ; la décision de l'hospitaliser sans consentement n'était pas fondée au regard notamment du certificat médical du docteur G du 27 janvier 2020 ; cette décision a porté atteinte à sa liberté individuelle de même qu'au respect de sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le conseil départemental de l'ordre des médecins de la Haute-Vienne, représenté par Me Raynal conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du requérant d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique:
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
- et les observations de Me Raynal pour le conseil départemental de l'ordre des médecins de la Haute-Vienne.
Considérant ce qui suit :
1. M. A F a fait l'objet le 3 février 2020 d'une décision d'hospitalisation à la demande d'un tiers avant que cette hospitalisation sans son consentement ne soit prolongée par une décision du directeur du centre hospitalier Esquirol du 6 février suivant, jusqu'au 3 mars 2020. Par des lettres du 25 février et du 16 mai 2020, M. F a saisi le conseil départemental de l'ordre des médecins de la Haute-Vienne d'une plainte à l'encontre, du docteur B E, médecin spécialiste en psychiatrie, exerçant ses fonctions au sein de cet établissement. Au cours de sa séance du 7 octobre 2020, le conseil départemental de l'ordre des médecins, après avoir organisé la conciliation prévue par les dispositions de l'article L. 4123-2 du code de la santé publique, a considéré qu'aucun manquement déontologique de nature à justifier la saisine de la chambre disciplinaire de 1ère instance de Nouvelle-Aquitaine ne pouvait être reproché au docteur E. M. F demande au tribunal d'annuler la décision du 5 novembre 2020 du président de cet ordre professionnel refusant de procéder à cette saisine.
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
2. Par une décision en date du 20 janvier 2021, M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce qu'il soit provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 4121-2 du code de la santé publique : " L'ordre des médecins () veillent au maintien des principes de moralité, de probité () et à l'observation () des devoirs professionnels, ainsi que des règles édictées par le code de déontologie prévu à l'article L. 4127-1 ". Aux termes de l'article L. 4123-2 du même code : " () / Lorsqu'une plainte est portée devant le conseil départemental, son président en accuse réception à l'auteur, en informe le médecin () mis en cause et (le) convoque dans un délai d'un mois à compter de la date d'enregistrement de la plainte en vue d'une conciliation. En cas d'échec de celle-ci, il transmet la plainte à la chambre disciplinaire de première instance avec l'avis motivé du conseil dans un délai de trois mois à compter de la date d'enregistrement de la plainte, en s'y associant le cas échéant. / () / En cas de carence du conseil départemental, l'auteur de la plainte peut demander au président du conseil national de saisir la chambre disciplinaire de première instance compétente. Le président du conseil national transmet la plainte dans le délai d'un mois. ". Aux termes de l'article L. 4124-2 du même code : " Les médecins () chargés d'un service public et inscrits au tableau de l'ordre ne peuvent être traduits devant la chambre disciplinaire de première instance, à l'occasion des actes de leur fonction publique, que par le ministre chargé de la santé, le représentant de l'Etat dans le département, le directeur général de l'agence régionale de santé, le procureur de la République, le conseil national ou le conseil départemental au tableau duquel le praticien est inscrit./ () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il est saisi d'une plainte d'une personne qui ne dispose pas du droit de traduire elle-même un médecin devant la chambre de discipline, il appartient au conseil départemental de l'ordre des médecins de décider des suites à donner à la plainte. Il dispose, à cet effet, d'un large pouvoir d'appréciation et peut tenir compte notamment de la gravité des manquements allégués, du sérieux des éléments de preuve recueillis ainsi que de l'opportunité d'engager des poursuites compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
5. En premier lieu, la motivation de la décision d'un conseil départemental de l'ordre des pharmaciens de ne pas traduire un médecin en chambre de discipline n'est exigée par aucun texte ni aucun principe. Par suite, et alors qu'en tout état de cause, la décision du 5 novembre 2020 contestée fait état de façon suffisamment développée des considérations de droit et de fait qui la fonde, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 3212-1 du code de la santé publique : " Une personne atteinte de troubles mentaux ne peut être hospitalisée sans son consentement sur demande d'un tiers que si : 1° Ses troubles rendent impossible son consentement ; 2° Son état impose des soins immédiats assortis d'une surveillance constante en milieu hospitalier. / La demande d'admission est présentée soit par un membre de la famille du malade, soit par une personne susceptible d'agir dans l'intérêt de celui-ci, à l'exclusion des personnels soignants dès lors qu'ils exercent dans l'établissement d'accueil. / Cette demande doit être manuscrite et signée par la personne qui la formule. Si cette dernière ne sait pas écrire, la demande est reçue par le maire, le commissaire de police ou le directeur de l'établissement qui en donne acte. Elle comporte les nom, prénoms, profession, âge et domicile tant de la personne qui demande l'hospitalisation que de celle dont l'hospitalisation est demandée et l'indication de la nature des relations qui existent entre elles ainsi que, s'il y a lieu, de leur degré de parenté. / La demande d'admission est accompagnée de deux certificats médicaux datant de moins de quinze jours et circonstanciés, attestant que les conditions prévues par les deuxième et troisième alinéas sont remplies. / Le premier certificat médical ne peut être établi que par un médecin n'exerçant pas dans l'établissement accueillant le malade ; il constate l'état mental de la personne à soigner, indique les particularités de sa maladie et la nécessité de la faire hospitaliser sans son consentement. Il doit être confirmé par un certificat d'un deuxième médecin qui peut exercer dans l'établissement accueillant le malade. Les deux médecins ne peuvent être parents ou alliés, au quatrième degré inclusivement, ni entre eux, ni des directeurs des établissements mentionnés à l'article L. 3222-1, ni de la personne ayant demandé l'hospitalisation ou de la personne hospitalisée. ".
7. D'une part, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le docteur E aurait rédigé un certificat médical attestant de ce que M. F remplissait les conditions pour être hospitalisé sans son consentement, les certificats médicaux initiaux du 3 février 2020 produits au dossier émanant des docteurs Abdo et Bonnaud, les certificats médicaux " 24 heures ", puis " 72 heures " ayant été rédigés par le docteur C. Par suite, le moyen tenant au manque " d'indépendance objective " du docteur E doit être écarté.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le docteur E n'a pas décidé de l'admission ni du maintien en soins psychiatriques de M. F sans son consentement, les décisions du 3 et du 6 février 2020 ayant été signés pour le compte du directeur par Mme H, sur la base des avis médicaux mentionnés au point précédent. Par suite, et alors que le requérant ne justifie pas de ce que le docteur E aurait délivré un rapport tendancieux ou un certificat de complaisance au sens de l'article R.4127-28 du code de la santé publique ni commis aucun autre manquement déontologique ou professionnel, les différents moyens qu'il soulève tenant au caractère non fondé de son hospitalisation puis de son maintien en soins psychiatriques sans son consentement, des soins inadaptés qu'ils aurait subis, de l'atteinte portée à sa liberté individuelle et au respect de sa vie privée et familiale ne peuvent qu'être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction présentées par M. F doivent être rejetées.
Sur les frais de justice :
10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
11. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du conseil départemental de l'ordre des médecins de la Haute-Vienne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. F. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur ce même fondement par cet ordre professionnel.
D E C I D E :
Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. F aux fins de bénéficier de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'ordre des médecins de la Haute-Vienne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au conseil départemental de l'ordre des médecins de la Haute-Vienne.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023 où siégeaient :
- M. Gensac, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le rapporteur,
F. D
Le président,
P. GENSAC
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026