jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100024 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL VALIERE VIALEIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 janvier 2021, Mme F B, représentée par Me Amet, demande au tribunal d'ordonner une expertise portant sur les conditions de sa prise en charge lors de son hospitalisation au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde à compter du 1er mai 2017 pour une détresse respiratoire aigüe avec hyperthermie, en particulier pendant une période de coma de cinquante-deux jours, ainsi que sur les préjudices liés à un éventuel manquement.
Il soutient que :
- il apparaît utile d'ordonner une nouvelle expertise médicale dès lors que si les experts désignés par la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales ont indiqué qu'aucune erreur n'avait été commise dans le traitement de la pneumopathie communautaire ayant justifié son admission aux urgences du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde et des infections qui ont suivi, leur rapport ne dit rien sur les soins qui ont été prodigués pendant la période de coma artificiel de 52 jours, alors même que c'est l'absence de soins adaptés pendant cette période qui est à l'origine des séquelles qu'elle a conservées ;
- ses demandes indemnitaires seront réservées dans l'attente du rapport d'expertise qui sera ordonné par le tribunal.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juillet 2021, le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde, représenté par Me Valiere-Vialeix, conclut au rejet de la requête et demande qu'il soit mis à la charge de Mme B une somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,
- les observations de Me Veyriras, pour le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er mai 2017, Mme F B, présentant une hyperthermie associée à une détresse respiratoire aigüe, a été admise aux urgences du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde en raison d'une pneumopathie communautaire. Une intubation et une ventilation mécanique ont été mises en place. Si l'évolution a été initialement favorable, son état de santé s'est dégradé avec, notamment, la survenue de deux infections, une pneumopathie sous ventilation à Pseudomonas et une candidémie à Candida albicans sur cathéter. Traitée par drogues neurotropes (curare associé à des corticoïdes administrés à forte dose), Mme B, extubée le 22 juin 2017, présentait, à son réveil, une tétraparésie. Le 7 juillet 2017, elle a présenté un bronchospasme dont l'évolution a été favorable. A compter du 11 août 2017, Mme B a bénéficié d'une prise en charge à visée neuro-motrice dans le service de soins de suite et de réadaptation du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde. A sa sortie le 19 décembre 2017, la marche était possible avec un déambulateur et une réalisation seule des principaux actes de la vie courante. La patiente a poursuivi sa rééducation avec des hospitalisations de jours et des séances de kinésithérapie. Mme B a conservé certaines séquelles, avec déficit des membres rendant nécessaire l'utilisation d'un rollator pour se déplacer en extérieur et de cannes, port de chaussures orthopédiques avec releveurs intégrés, douleurs dans les mains et les jambes et manque d'autonomie dans les actes de la vie courante.
2. Le 19 juillet 2019, Mme B a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales du Limousin d'une demande d'indemnisation de ses préjudices survenus à la suite de son hospitalisation au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde. Se fondant sur un rapport d'expertise établi le 11 octobre 2019 par le professeur A C, spécialiste en maladies infectieuses et en médecine interne, et le docteur E G, qualifiée en réparation du dommage corporel, cette commission a émis, le 30 janvier 2020, un avis défavorable à cette demande d'indemnisation. Par cette requête, Mme B demande au tribunal d'ordonner une expertise portant sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde à compter du 1er mai 2017 et de réserver ses demandes indemnitaires dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise.
3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire ". Selon l'article L. 1142-1-1 de ce code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ".
4. Aux termes de l'article R. 621-1 du code de justice administrative : " La juridiction peut, soit d'office, soit sur la demande des parties ou de l'une d'entre elles, ordonner, avant dire droit, qu'il soit procédé à une expertise sur les points déterminés par sa décision ".
5. Il appartient au demandeur qui engage une action en responsabilité à l'encontre de l'administration d'apporter tous éléments de nature à établir devant le juge l'existence d'une faute et la réalité du préjudice subi. Il incombe alors, en principe, au juge de statuer au vu des pièces du dossier, le cas échéant après avoir demandé aux parties les éléments complémentaires qu'il juge nécessaires à son appréciation. Il ne lui revient d'ordonner une expertise que lorsqu'il n'est pas en mesure de se prononcer au vu des pièces et éléments qu'il a recueillis et que l'expertise présente ainsi un caractère utile.
6. Il résulte de l'instruction, notamment de l'avis du 30 janvier 2020 de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux des affections iatrogènes et des infections nosocomiales du Limousin et du rapport d'expertise du 11 octobre 2019, qu'aucun manquement n'a été commis par l'équipe médicale du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde dans la prise en charge de la pneumopathie communautaire initiale et des deux infections présentées au cours de l'hospitalisation par Mme B, en particulier pour ce qui concerne la période de cinquante-deux jours allant du 1er mai au 22 juin 2017 au cours de laquelle elle a été intubée. Contrairement à ce que fait valoir Mme B, il résulte de l'instruction que, pendant cette période, des soins lui ont été administrés, notamment un traitement adapté à base de drogues neurotropes afin de lutter contre l'inflammation et de lever le spasme bronchique. Il résulte de l'instruction, en particulier des conclusions suffisamment claires et circonstanciées du rapport d'expertise du 11 octobre 2019, que c'est ce traitement " lourd " indispensable, régulièrement responsable d'une neuropathie de réanimation favorisée par le debubitus prolongé, qui est à l'origine des séquelles neurologiques de la patiente, lesquelles ne sont pas imputables à une faute dans la prise en charge ou aux infections survenues au cours de l'hospitalisation. Il résulte aussi de l'instruction que ces séquelles neurologiques ne relèvent pas d'un accident médical non fautif susceptible d'ouvrir droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale, la condition tenant à l'anormalité du dommage ne pouvant être regardée comme satisfaite dès lors, d'une part, que le traitement mis en place, dont le défaut aurait conduit au décès de Mme B, n'a pas entrainé de conséquences notablement plus graves que celles auxquelles elle était exposée en l'absence de ce traitement, d'autre part, que, dans les suites d'un séjour prolongé en réanimation avec ventilation mécanique et usage de drogues neurotropes, de telles séquelles sont, comme le soulignent les deux experts, " fréquentes ". Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, qui sont de nature à révéler sans équivoque que Mme B n'a pas un droit à indemnisation des conséquences des séquelles neurologiques qu'elle a conservées sur le fondement des dispositions citées au point 3, l'expertise qu'elle demande au tribunal d'ordonner en application de l'article R. 621-1 du code de justice administrative n'est pas utile.
7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par Mme B tendant à ce qu'il soit ordonnée une nouvelle expertise portant sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde à compter du 1er mai 2017 et à ce que ses demandes indemnitaires soient réservées dans l'attente du dépôt du rapport d'expertise doivent être rejetées.
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.
Article 2: Les conclusions présentées par le centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à Mme F B et au centre hospitalier de Brive-la-Gaillarde.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023 où siégeaient :
- M. Gensac, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.
Le rapporteur,
J.B. D
Le président,
P. GENSAC
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au préfet de la Corrèze en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026