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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100097

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100097

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100097
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDOUNIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 janvier 2021, Mme D F C, représentée par Me Douniès, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le centre hospitalier de Tulle à sa demande préalable indemnitaire du 16 septembre 2020 ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Tulle à lui verser la somme de 363 545 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subi en raison de l'illégalité de la décision du 16 janvier 2018 par laquelle elle a été déclarée apte à son poste de travail sans aménagement particulier ;

3°) d'enjoindre au centre hospitalier de Tulle de procéder au réexamen de sa situation

" en lui proposant notamment un poste de préposée d'établissement suite à l'obtention de son diplôme de mandataire judiciaire à la protection des majeurs " ;

4°) de condamner cet établissement aux entiers dépens ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision rejetant sa demande indemnitaire est insuffisamment motivée ;

- le directeur du centre hospitalier s'est cru à tort lié par l'avis de la commission de réforme du 11 janvier 2018 et n'a pas épuisé sa compétence ;

- elle n'a pas été régulièrement informée de la réunion de cette commission de réforme et a ainsi été privée de la garantie du caractère contradictoire de la procédure devant la commission de réforme ;

- la décision du 11 janvier 2018 et celle résultant du rejet de son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision étant dès lors illégales, la responsabilité du centre hospitalier est engagée ;

- elle a subi un préjudice financier, moral et " dans le déroulement de sa carrière " qu'elle évalue à 365 545 euros.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 9 juin 2022, le directeur du centre hospitalier de Tulle, représenté par Me Clément, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme C d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient d'une part, que la requête est irrecevable à défaut de contenir des moyens, d'autre part, que les conclusions aux fins d'injonction sont irrecevables en l'absence de décision opposant à Mme C un refus à une demande de désignation en qualité de préposée d'établissement, enfin que les moyens soulevés par l'intéressée ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 2008-226 du 19 avril 1986 ;

- le décret n° 88-386 du 19 avril 1988 relatif aux conditions d'aptitudes physiques et aux congés de maladie des agents de la fonction publique hospitalière ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de M. Houssais, rapporteur public,

- et les observations de Me Dounies, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, aide-soignante au centre hospitalier de Tulle, s'est vu reconnaître, par une décision du directeur de cet établissement du 16 août 2016, le syndrome du canal carpien dont elle souffrait en tant que maladie professionnelle. Par des décisions du 6 juillet et du 26 septembre 2017, l'établissement l'a autorisée à exercer son activité à temps partiel thérapeutique, du 8 juillet 2017 jusqu'au 7 janvier 2018. A la suite du rapport d'expertise rendu par un médecin agréé le 3 novembre 2017, et au vu de l'avis de la commission de réforme du 11 janvier 2018, le directeur de l'établissement a par une décision du 16 janvier 2018 estimé que l'agent était apte à reprendre son poste de travail à temps complet sans aménagement particulier. Par un jugement n° 1801111 du 30 juillet 2020, passé en force de chose jugée, le tribunal a annulé cette décision ainsi que celle résultant du rejet implicite du recours gracieux formé par Mme C le 14 mars 2018, pour insuffisance de motivation et vice de procédure. Par une correspondance du 16 septembre 2020, reçue le lendemain, Mme C a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à raison de l'illégalité de ces deux décisions. Par la présente requête, elle demande l'annulation de la décision implicite née le 17 novembre 2020 du silence gardé à cette demande préalable ainsi que la condamnation du centre hospitalier à lui verser la somme de 363 545 euros en réparation des différents préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite du 17 novembre 2020 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme C qui, en intitulant l'objet de son courrier du 16 septembre 2020 " demande indemnitaire préalable " et en formulant les conclusions susvisées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Par suite, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui de ses conclusions en annulation de cette décision doivent être écartés en tant qu'ils sont inopérants.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Il est constant que la décision du 11 janvier 2018, par laquelle le directeur du centre hospitalier de Tulle a estimé que Mme C était apte à reprendre son poste de travail à temps complet sans aménagement particulier, était entachée d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance des règles de convocation devant la commission de réforme et d'une insuffisance de motivation ainsi qu'il résulte des termes jugement du 30 juillet 2020 mentionné au point 1.

4. Si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.

5. Alors qu'il résulte de l'instruction que le docteur A E, médecin expert, spécialiste en orthopédie traumatologie, a estimé dans son rapport du 31 octobre 2017 que Mme C était apte à reprendre son emploi en tant qu'aide-soignante, à temps complet, sans aucun aménagement particulier de son poste habituel, que la commission de réforme du 11 janvier 2018 a émis un avis concluant à l'aptitude de l'agent à son poste de travail à compter du 31 octobre 2017 sans restriction ni aménagement particulier, Mme C ne produit aucun élément de nature à contredire l'appréciation qui a été portée par l'administration, sur la base de ce rapport et de cet avis. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des termes de cette décision ni d'aucune autre pièce du dossier que le centre hospitalier se serait estimé lié par l'avis de la commission de réforme, la décision du 11 janvier 2018, et celle résultant du rejet du recours gracieux formé par la requérante à l'encontre de cette décision, auraient pu légalement être prises, dans le cadre d'une procédure régulière. Par suite, les préjudices invoqués par la requérante, lesquels ne sont justifiés, ni dans leur nature ni dans leur étendue, ne peuvent être regardés comme la conséquence directe des vices mentionnés au point 3. Les conclusions indemnitaires présentées ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'injonction. Les conclusions aux fins d'injonction, doivent par suite être rejetées.

Sur les dépens :

7. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens entrant dans le champ d'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la requérante sur ce fondement.

Sur les frais d'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre hospitalier, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Mme C une somme au titre des frais exposés par celle-ci et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par le centre hospitalier en application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme C est rejetée.

Article 2:Les conclusions du centre hospitalier de Tulle présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au centre hospitalier de Tulle.

Délibéré après l'audience du 6 octobre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le rapporteur,

F. B

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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