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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100103

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100103

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100103
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantCOMBRADET MARTIAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 18 janvier et 30 juillet 2021, l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles, représentée par Me Combradet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge totale, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôts sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014, 2015 et 2016, pour un montant global de 161 261 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle remplissait toutes les conditions pour bénéficier, au titre des exercices contrôlés, du régime dérogatoire d'exonération prévu à l'article 44 sexies du code général des impôts pour les entreprises nouvellement implantées dans les zones de revitalisation rurale ; elle n'a pas disposé d'établissements secondaires hors zone de revitalisation rurale, et a exercé son activité de négoce automobile exclusivement depuis son siège social situé à Naves en zone de revitalisation rurale ; la vitrine d'exposition des véhicules revendus au cours de la période vérifiée étant son seul site internet, et les opérations d'achat-revente, conclues auprès de particuliers et menées en totalité à distance depuis le bureau du gérant à Naves, le recours à un établissement secondaire était inutile, si ce n'est irréalisable avec un unique salarié ; les deux sociétés corréziennes auprès desquelles le service a exercé son droit de communication et qui ont été regardés comme des établissements secondaires étaient de simples sous-traitants effectuant des prestations de préparation mécanique et de nettoyage des véhicules qu'elle ne pouvait réaliser compte tenu de son objet social ; le service n'a pas démontré que le parcage temporaire de véhicules à la vente dans les locaux de ces deux entreprises révélerait l'existence d'établissements secondaires hors zone de revitalisation rurale ; les visites et livraisons hors zone de revitalisation rurale retenues par le service suite à demandes de renseignements auprès de clients ne sont pas significatives ;

- la majoration de 40 % pour manquement délibéré n'est pas justifiée dès lors qu'elle a toujours respecté ses obligations fiscales, notamment en ce qui concerne le montant du bénéfice qui a été déclaré, et qu'elle n 'a pas exploité d'établissements secondaires sur une commune qui ne serait pas située en zone de revitalisation rurale.

Par des mémoires en défense enregistrés les 1er juillet 2021 et 13 septembre 2022, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest conclut au rejet de la requête comme non-fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Constituée le 17 décembre 2010 sous la dénomination " SARL Attraction ", l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles, dont le siège était alors à Naves, exerçait l'activité d'achat revente de véhicules d'occasion auprès de particuliers. En mars 2016, la société a transféré son siège social à Saint-Pantaléon-de-Larche, avec une adjonction de l'activité de garage, entretien, réparation et ventes de tous véhicules à moteur, neufs ou d'occasion. A l'issue d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 30 avril 2016, l'administration fiscale a remis en cause l'application du régime dérogatoire d'exonération à l'impôt sur les sociétés prévu à l'article 44 sexies du code général des impôts pour les entreprises nouvellement implantées dans les zones de revitalisation rurale dont l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles a bénéficié depuis sa création, à hauteur de l'intégralité du bénéfice imposable au titre des exercices clos en 2014 et 2015 et de 60 % de ce bénéfice au titre de l'exercice clos en 2016. Le désaccord a été soumis à la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires qui, le 16 octobre 2018, a rendu un avis défavorable à la position de l'EURL. Les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, pour un montant global en droits, majorations et intérêts, de 161 261 euros, ont été mises en recouvrement le 16 septembre 2019. Par une réclamation contentieuse du 8 octobre 2019, l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles a contesté l'intégralité de ces impositions supplémentaires. Cette réclamation a été rejetée par décision du 17 novembre 2020. Par la présente requête, l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

En ce qui concerne les droits supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

2. Aux termes du I de l'article 44 sexies du code général des impôts : " Les entreprises qui se sont créées à compter du 1er janvier 2004 jusqu'au 31 décembre 2010 dans les zones de revitalisation rurale mentionnées à l'article 1465 A, et à la condition que le siège social ainsi que l'ensemble de l'activité et des moyens d'exploitation soient implantés dans ces zones, sont exonérées d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés, à l'exclusion des plus-values constatées lors de la réévaluation des éléments d'actif, jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui de leur création et déclarés selon les modalités prévues à l'article 53 A. Ces bénéfices sont soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés à hauteur de 40 %, 60 % ou 80 % de leur montant selon qu'ils sont réalisés respectivement au cours des cinq premières, des sixième et septième ou des huitième et neuvième périodes de douze mois suivant cette période d'exonération ".

3. L'implantation d'une activité dans une zone de revitalisation rurale, en l'absence de salarié, s'apprécie, pour le bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions précitées de l'article 44 sexies du code général des impôts, au regard de tous éléments pertinents, notamment de la situation des locaux et des moyens d'exploitation utiles à cette activité, ainsi que son lieu d'exercice effectif. Par ailleurs, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si le contribuable remplit les conditions légales d'une exonération.

4. Il résulte de l'instruction que, lors des opérations de contrôle sur place, M. C B, gérant et unique associé de l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles, a indiqué au service qu'il ne pouvait entreposer que 6 à 7 véhicules dans les locaux de son entreprise, dont le siège se trouvait à Naves, dans la maison d'habitation de ses parents. S'il n'est pas contesté par le service que M. C B effectuait certaines tâches au siège social de sa société, en particulier la publication des annonces et la recherche des véhicules sur internet pour son propre compte ou pour le compte de ses clients, il résulte également de l'instruction, et notamment des éléments recueillis par l'administration fiscale dans le cadre de son droit à communication et de ses demandes de renseignement adressées aux clients, que plusieurs des véhicules mis en vente par l'EURL au titre de son activité sédentaire, étaient stockés, exposés, visités et livrés à la clientèle dans les locaux d'au moins deux autres sociétés qui étaient situés, hors zone de revitalisation rurale, à Objat, pour la société Garage Battier, et à Brive-la-Gaillarde, pour la société Auto Clean Services, ces deux sociétés ne pouvant, en l'espèce, être regardées comme ayant réalisé de simples prestations en qualité de sous-traitants. Il résulte clairement de l'instruction, et notamment des informations qui ont été transmises par l'assureur de la société requérante et des stipulations spécifiques des contrats de prêt de parking conclus avec la société Garage Battier et la société Auto Clean Services, que les locaux de ces deux sociétés ne pouvaient qu'être regardés, ainsi que l'a retenu le service, comme des sites d'exploitation de l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles. Dans ces conditions, et eu égard au peu d'éléments transmis pour contester la position du service, laquelle a d'ailleurs fait l'objet d'un avis favorable de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles ne pouvait être regardée comme ayant l'ensemble de son activité et ses moyens d'exploitation implantés dans des zones de revitalisation rurales. Ne remplissant dès lors pas les conditions pour bénéficier du régime d'exonération prévu à l'article 44 sexies du code général des impôts, la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des droits supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2014 au 30 avril 2016.

En ce qui concerne la majoration pour manquement délibéré :

5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs () la preuve de la mauvaise foi et des manœuvres frauduleuses incombe à l'administration. " Il résulte de ces dispositions que la pénalité pour manquement délibéré a pour seul objet de sanctionner la méconnaissance par le contribuable de ses obligations déclaratives. Pour établir un tel manquement, l'administration doit apporter la preuve, d'une part, de l'insuffisance, de l'inexactitude ou du caractère incomplet des déclarations et, d'autre part, de l'intention de l'intéressé d'éluder l'impôt. Pour établir le caractère intentionnel du manquement du contribuable à son obligation déclarative, l'administration doit se placer au moment de la déclaration ou de la présentation de l'acte comportant l'indication des éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt.

6. L'administration fait valoir que l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles a délibérément minoré l'imposition due en matière d'impôt sur les sociétés à raison de la revendication du régime de l'exonération entreprise nouvelle en zone de revitalisation rurale, alors qu'elle ne respectait pas les conditions d'application nécessaires à ce régime de faveur, à défaut d'implantation exclusive dans cette zone. Elle précise que l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles ne pouvait nier le caractère délibéré de l'infraction compte tenu de l'importance et du caractère répété des minorations relevées et de la nature du procédé utilisé en fixant le siège social de la société à l'adresse personnelle des parents de M. C B, dans des locaux dont la surface était incompatible avec la nature de l'activité exercée. Le service ajoute qu'en faisant figurer uniquement l'adresse du siège social sur les factures de la société, en s'abstenant de déclarer des lieux d'exploitation secondaires dont l'existence n'a été connue que par l'exercice du droit à communication et en occupant ces locaux d'exposition, à titre gratuit, entravant les possibilités de recoupements de l'administration, le contribuable a sciemment mis en place une organisation dissimulant que son activité était, de fait au moins depuis 2013, réalisée à titre non exclusif hors d'une zone de revitalisation rurale. Enfin, l'administration fiscale indique, d'une part, que le fait de sortir de ce régime d'exonération à la suite du transfert du siège de la société hors de la zone de revitalisation rurale à compter du 1er mai 2016, prouve que la société avait pleinement conscience des modalités d'application du régime d'exonération et, d'autre part, le fait de s'octroyer indûment ce régime d'exonération a permis à la société requérante d'optimiser sa trésorerie et de renforcer sa capacité financière en minorant l'impôt sur les sociétés réellement dû, ce qui lui a permis de poursuivre son développement en créant un garage automobiles à compter du 1er mai 2016. Compte tenu de ces éléments, le service doit être regardé comme apportant la preuve, qu'il supporte, du bien-fondé de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré qui a été appliquée à l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme à verser à l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles sur ce fondement.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à l'EURL Saint-Pantaléon Automobiles et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Sud-Ouest.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

J.B. A

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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