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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100200

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100200

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100200
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantBENKIRANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2021, M. A B, représenté par Me Benkirane, demande au tribunal :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier universitaire (CHU) de Limoges et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser, après déduction des provisions d'un montant global de 67 500 euros qui lui ont été allouées par des ordonnances des 23 octobre 2018 et 29 novembre 2020, une somme totale de 1 085 856 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis ;

2°) de mettre solidairement à la charge du CHU de Limoges et de la SHAM une somme de 3 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la responsabilité du CHU de Limoges :

- ainsi qu'il résulte de l'avis de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux du 28 mars 2019, la responsabilité de cet établissement de santé est engagée sur le fondement de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique en raison, premièrement, d'une infection nosocomiale qu'il a contractée dans cet établissement dans le cadre de la pose d'une prothèse totale de hanche réalisée le 10 mars 2010, deuxièmement, d'une faute d'indication opératoire, le rapport des experts désignés par cette commission précisant que la complexité de la fracture justifiait plutôt d'opter pour une traction suivie de privation d'appui pour une durée totale de trois mois, troisièmement, d'un manquement à l'obligation d'information ;

- le CHU de Limoges ne conteste pas sa responsabilité.

Sur les préjudices :

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 6 525 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire (DFT) total et partiel, d'une somme de 15 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent qui doit être fixé à 15 %, d'une somme de 30 000 euros au titre des souffrances endurées, d'une somme de 30 000 euros au titre de son préjudice sexuel, d'une somme de 10 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire et permanent et d'une somme de 10 000 euros au titre de son préjudice d'agrément.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

- il est fondé à demander le versement d'une somme de 18 503 euros au titre du préjudice d'assistance par une tierce personne avant consolidation, d'une somme de 344 626 euros au titre du préjudice d'assistance permanente par une tierce personne, d'une somme de 71 739 euros au titre des pertes de gains professionnels avant consolidation, d'une somme de 61 825 euros au titre des pertes de gains professionnels post-consolidation, d'une somme de 131 142,41 euros au titre des dépenses de santé futures restées à sa charge, d'une somme de 390 204 euros au titre des frais d'adaptation de son logement à son handicap, d'une somme de 58 159 euros au titre des frais d'adaptation du véhicule de son épouse et d'une somme de 4 288,54 euros au titre des frais de procédure et de conseils non inclus dans les frais prévus à l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires enregistrés les 15 février 2021 et 20 juin 2023, la MSA Dordogne, Lot et Garonne demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner le CHU de Limoges à lui verser, d'une part, un capital de 13 154,01 euros correspondant à la part de ses débours qui n'a pas encore été payée par l'établissement public de santé et qui est relative à des dépenses de santé post-consolidation, d'autre part, une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense enregistrés les 19 août 2021 et 27 juin 2023, le CHU de Limoges et la SHAM, représentés par Me Valière-Vialeix, demandent au tribunal :

1°) de réduire le montant des sommes qui sont sollicitées par M. B en réparation de ses préjudices et par la MSA Dordogne, Lot et Garonne au titre de ses débours ;

2°) de limiter à 1 500 euros la somme susceptible d'être accordée à M. B en vertu de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par la MSA Dordogne, Lot et Garonne sur ce fondement.

Ils font valoir que :

- ainsi qu'il ressort du rapport d'expertise du 13 juillet 2016, le fait d'avoir préconisé la réalisation d'une pose d'une prothèse totale de la hanche, qui était " une alternative thérapeutique valide " ne caractérise pas un manquement aux règles de l'art ;

- sa responsabilité ne peut être retenue qu'au titre de l'infection nosocomiale et sous réserve de l'application d'un taux de perte de chance de 50 % ;

- les prétentions indemnitaires sont manifestement surévaluées eu égard à la jurisprudence habituelle des juridictions administratives et devront être ramenées à de plus justes proportions dans la limite, de surcroît, du taux de perte de chance de 50 % ;

- s'agissant des débours dont le remboursement est demandé par la MSA, c'est à tort que le juge des référés du tribunal a condamné le CHU de Limoges à verser à cet organisme la somme de 141 137,94 euros au titre des débours avant la date de consolidation ; outre que les éléments produits par la MSA ne permettent pas d'établir, pour l'ensemble des prestations dont elle demande le remboursement, notamment les " dépenses de santé futures ", l'existence d'un lien direct et certain avec l'infection nosocomiale contractée par M. B, il y a lieu de faire application du taux de perte de chance de 50 %.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique à laquelle aucune des parties n'était présente ou représentée :

- le rapport de M. Boschet,

- et les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 4 mars 2010, M. B, ancien agriculteur né le 16 février 1944, a été victime d'une chute d'une hauteur de quatre mètres, à l'origine d'un traumatisme du 3ème doigt de la main gauche et d'une fracture comminutive bi-colonne du cotyle gauche. Admis dans le service d'orthopédie traumatologique du CHU de Limoges, un médecin interne a proposé un traitement orthopédique par traction pendant 40 jours, suivi d'une période de rééducation et de reprise de la marche. Mais cette proposition n'a pas été suivie par un chirurgien orthopédiste de ce service qui a préconisé une prise en charge chirurgicale par mise en place en urgence d'une prothèse totale de hanche gauche avec ostéosynthèse cotyloïdienne et greffe autologue. Cette intervention a eu lieu le 10 mars 2010. Les suites ont été simples et M. B a pu regagner son domicile le 22 mars 2010. Après qu'au cours de l'année 2010, M. B ait fait état de l'existence de douleurs à la hanche gauche s'aggravant progressivement, il a été hospitalisé le 30 mai 2011 au centre hospitalier de Saint-Yrieix-La-Perche en raison d'une fièvre et de douleurs inguinales. Le bilan biologique réalisé attestait d'une CRP à 228mg/l et les hémocultures réalisées sont revenues positives à Staphylococcus aureus sensible à la méticilline, dont la présence a été confirmée le 1er juin 2011 par une ponction articulaire. Une reprise chirurgicale a été réalisée le 4 juin 2011 pour ablation de la prothèse et mise en place d'un spacer en ciment. L'évolution a été favorable sous bi-antibiothérapie et, le 25 juillet 2011, une deuxième intervention pour ablation du spacer en ciment a été effectuée. Au cours de cette intervention, a été mise en place une tige sans ciment permettant l'ostéosynthèse de la fracture fémorale, non encore consolidée. Dans le cadre de cette prise en charge, M. B a parallèlement présenté une toxidermie cutanée au Bactrim, justifiant l'arrêt de cet antibiotique et nécessitant que l'hospitalisation à domicile soit prolongée. Le 18 septembre 2013, M. B a consulté un chirurgien orthopédique d'une clinique de Périgueux qui a décelé un descellement complet de la cupule cotyloïdienne, confirmé par un médecin du CHU de Bordeaux, lequel proposait une reprise unipolaire avec reconstruction, allogreffe et armature métallique. Cette troisième intervention a été réalisée le 13 décembre 2013 au CHU de Bordeaux. Elle a été suivie d'un traitement antibiotique jusqu'au 5 février 2014 en raison de la présence d'un Staphylococcus epidermidis méticillino résistant et méticillino sensible en per-opératoire. Malgré l'antibiothérapie instaurée, un écoulement purulent par la cicatrice a été constaté le 12 février 2014 mais qui n'a pas donné lieu à une indication de dépose-repose de la prothèse. L'évolution a finalement été favorable avec l'absence de signe d'infection évolutive lors des consultations de surveillance en 2015 et 2016. Toutefois, le 13 mars 2017, il a été opéré pour ablation de l'ostéosynthèse trochantérienne par plaque crochet. Les prélèvements bactériologiques réalisés lors de cette intervention ont isolé un Staphylococcus epidermidis et un Staphylococcus aureus méticilline résistant sur les prélèvements extra-articulaires nécessitant la mise en place d'une antibiothérapie. En dépit de ces interventions, hospitalisations et soins, le patient a conservé des séquelles caractérisées notamment par un périmètre de marche très limité, des déplacements permis seulement avec l'aide de deux cannes ou en fauteuil roulant, ainsi que des douleurs musculaires et à la hanche gauche.

2. Par un avis du 28 mars 2019, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) de Bordeaux, saisie le 16 septembre 2015 par M. B, a estimé, au vu d'un rapport avant consolidation du 13 juillet 2016 et d'un rapport post-consolidation du 21 février 2019 des docteurs Pries et Castel, que les dommages de l'intéressé résultaient d'une infection nosocomiale associée aux soins reçus le 10 mars 2010 au CHU de Limoges et qu'il appartenait à l'assureur de cet établissement, la SHAM, de lui adresser une proposition d'indemnisation. Ayant rejeté l'offre d'indemnisation de la SHAM comme insuffisante, M. B, qui s'est par ailleurs vu allouer deux sommes provisionnelles d'un montant global de 67 500 euros par des ordonnances des 23 octobre 2018 et 3 décembre 2020 du juge des référés du tribunal, demande au tribunal de condamner solidairement le CHU de Limoges et la SHAM à lui verser, après déduction de ces provisions, une somme de 1 085 856 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions aux fins d'indemnisation :

En ce qui concerne la responsabilité du CHU de Limoges :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise établi le 13 juillet 2016, que si, dans les suites de la chute dont M. B a été victime le 4 mars 2010, un traitement dit orthopédique par traction du membre inférieur était envisageable comme l'avait d'ailleurs proposé lors de l'admission le médecin interne du service d'orthopédie traumatologique du CHU de Limoges, le recours à une prothèse de hanche gauche avec ostéosynthèse cotyloïdienne et greffe autologue, qui selon les termes de ce rapport d'expertise était une " alternative thérapeutique valide ", ne caractérise pas un manquement aux règles de l'art. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité pour faute du CHU de Limoges pourrait être engagée en raison de l'indication opératoire de pose d'une prothèse de hanche gauche réalisée le 10 mars 2010.

5. Cependant, en second lieu, doit être regardée comme présentant un caractère nosocomial au sens du 1° de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

6. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 13 juillet 2016 et de l'avis du 28 mars 2019 de la CCI de Bordeaux, que, lors de la mise en place de la prothèse totale de la hanche gauche réalisée le 10 mars 2010 au CHU de Limoges, M. B a subi une infection de l'hématome fracturaire par Staphylococcus aureus sensible à la méticilline, qui n'était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge dans cet établissement de santé. Bien que constatée 446 jours après l'intervention, la réalité de cette infection et son origine sont établies. Cette infection, qui présente un caractère nosocomial et qui n'est pas à l'origine pour le patient d'un déficit fonctionnel permanent (DFP) d'une gravité justifiant une indemnisation au titre de la solidarité nationale, engage la responsabilité de plein droit du CHU de Limoges sur le fondement du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique. Il appartient au CHU de Limoges de réparer l'intégralité des préjudices résultant de manière directe et certaine de cette infection nosocomiale, sans qu'il y ait lieu, contrairement à ce qui est soutenu en défense, de limiter l'indemnisation susceptible d'être accordée en fonction d'un éventuel taux de perte de chance pour le requérant d'éviter les conséquences de cette infection en raison d'un manquement à l'obligation d'information prévue à l'article L. 1111-2 du même code.

En ce qui concerne les préjudices :

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux :

Quant au déficit fonctionnel temporaire (DFT) :

7. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 21 février 2019 et de l'avis du 28 mars 2019 de la CCI de Bordeaux, qu'après déduction des gênes que M. B aurait nécessairement subies du fait de l'intervention du 10 mars 2010 en l'absence d'infection nosocomiale, l'intéressé a subi, en raison de cette infection nosocomiale, des périodes de DFT total et partiel dont il sera fait une juste appréciation en condamnant solidairement le CHU de Limoges et la SHAM à lui verser une somme de 5 000 euros.

Quant aux souffrances endurées :

8. Il sera fait une juste appréciation des souffrances endurées subies par M. B en raison de l'infection nosocomiale qu'il a contractée lors de sa prise en charge au CHU de Limoges, évaluées à 5/7 par les experts désignés par la CCI de Bordeaux, en lui allouant une indemnité de 13 500 euros.

Quant au préjudice sexuel :

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport circonstancié du 12 novembre 2019 d'un médecin sexologue qu'il a sollicité postérieurement à l'avis rendu par la CCI, que M. B peut se prévaloir d'un préjudice sexuel en lien avec l'infection nosocomiale dont il sera fait une juste appréciation en condamnant le CHU de Limoges et son assureur à lui verser une somme de 2 000 euros.

Quant au préjudice esthétique :

10. Compte tenu en particulier de la nécessité de se déplacer avec des cannes ou avec son fauteuil roulant et de l'attitude vicieuse en rotation externe de son membre inférieur, M. B est fondé à se prévaloir d'un préjudice esthétique et permanent imputable à l'infection nosocomiale. Il en sera fait une juste appréciation en lui accordant une somme de 4 000 euros.

Quant au déficit fonctionnel permanent (DFP) :

11. Dans leur rapport d'expertise du 21 février 2019, les experts, dont l'analyse a été reprise par la CCI, ont estimé que le DFP présenté par M. B à cause des conséquences de l'infection nosocomiale peut, après déduction du déficit qu'il aurait nécessairement conservé en l'absence d'infection, être fixé à 10 % à la date de consolidation de l'état de santé, fixée au 15 novembre 2017. Aucun élément apporté par M. B ne remettant sérieusement en cause cette évaluation, il y a lieu, eu égard à son âge de 73 ans au 15 novembre 2017, de lui accorder une indemnité de 10 000 euros au titre de son DFP.

Quant au préjudice d'agrément :

12. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément subi par M. B en raison des conséquences de l'infection nosocomiale, lequel préjudice est clairement établi contrairement à ce qui est soutenu en défense, en lui allouant une somme de 5 000 euros.

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux dépenses de santé :

13. En premier lieu, les seuls éléments apportés par M. B pour demander au tribunal, au titre de dépenses de santé post-consolidation constituées notamment de divers appareillages et matériels, de condamner le CHU de Limoges et son assureur à lui verser une somme 131 142,41 euros devant néanmoins être diminuée du montant de la créance de la MSA Dordogne, Lot et Garonne, ne sont de nature à établir que les dépenses invoquées sont effectivement nécessaires en raison de l'état de santé résultant de l'infection nosocomiale ou le solde éventuel à sa charge après déduction des prestations des organismes sociaux. Par suite, les conclusions présentées par M. B au titre des dépenses de santé doivent être rejetées.

14. En deuxième lieu, d'une part, par son ordonnance du 3 décembre 2020, le juge des référés du tribunal, saisi par la MSA Dordogne, Lot et Garonne de conclusions tendant au remboursement de ses débours avant et après consolidation pour un montant global de 152 212,06 euros, a condamné le CHU de Limoges à lui verser une somme provisionnelle de 141 137,94 euros au titre de ses dépenses de santé avant la date de consolidation et a rejeté la demande relative aux frais médicaux postérieurs à cette date. Alors que, dans la présente instance au fond introduite postérieurement à l'ordonnance du 3 décembre 2020, la MSA Dordogne, Lot et Garonne demande uniquement au tribunal de condamner le CHU de Limoges à lui verser, eu égard à un euro de rente de capitalisation de 10,772, un capital de 13 154,01 euros qu'elle estime lui être dû pour ce qui concerne les frais médicaux postérieurs à la date de consolidation, le CHU de Limoges, à qui il appartenait le cas échéant, s'il s'estimait y être fondé, d'interjeter appel de l'ordonnance rendue le 3 décembre 2020 ou d'exercer le recours spécifique prévu par les dispositions de l'article R. 541-4 du code de justice administrative, ne saurait, dans la présente instance au fond, remettre en cause le bien-fondé de la créance de 141 137,94 euros qu'il a été condamné à verser à titre provisionnel pour les débours avant consolidation.

15. D'autre part, il résulte de l'instruction que les dépenses de santé post-consolidation pour lesquelles la MSA Dordogne, Lot et Garonne demande une somme en capital de 13 154,01 euros correspondent à des frais d'hospitalisation de jour annuelle à vie au CHU de Bordeaux pour assurer un contrôle de l'antibiothérapie suppressive définitive, aux frais de transport dans le cadre de cette hospitalisation de jour et au coût des antibiotiques et des antalgiques prescrits au patient. Il résulte de l'instruction, notamment de l'attestation d'imputabilité produite, que ces dépenses post-consolidation, qui correspondent à celles retenues par les experts désignés par la CCI de Bordeaux, présentent un lien direct et certain avec les conséquences de l'infection nosocomiale subie par M. B. En l'absence d'accord du CHU de Limoges pour assurer le remboursement de ces dépenses sous la forme exclusive d'un capital, il y a lieu de condamner cet établissement à verser à la MSA Dordogne, Lot et Garonne une somme de 6 500 euros au titre des dépenses post-consolidation exposées jusqu'à la date du présent jugement. Pour la période postérieure au présent jugement, il appartiendra au CHU de Limoges de rembourser les dépenses qui devront être supportées par la MSA Dordogne, Lot et Garonne, sur production de justificatifs, dans la limite de la somme de 6 654,01 euros.

Quant à l'assistance temporaire et permanente par une tierce personne :

16. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

17. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire d'une rente allouée à la victime du dommage dont un établissement public hospitalier est responsable, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations versées par ailleurs à cette victime et ayant le même objet. Il en va ainsi tant pour les sommes déjà versées que pour les frais futurs. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune.

18. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 21 février 2019 ainsi que de l'avis du 28 mars 2019 de la CCI de Bordeaux, qui ne sont pas remis en cause par le rapport non contradictoire du 27 décembre 2019 d'un ergothérapeute mandaté par M B, qu'en raison des conséquences de l'infection nosocomiale, l'état de santé du requérant a nécessité une aide humaine non médicalisée à raison de trois heures par jour du 18 mars au 18 avril 2017, soit 31 jours, de deux heures par jour du 19 avril au 14 novembre 2017, soit 209 jours et d'une heure par jour du 28 avril 2016 au 12 mars 2017, soit 318 jours. Sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération incluant les charges patronales et les majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé à 13 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, le préjudice subi par l'intéressé du fait de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne avant consolidation de son état de santé peut être évalué à une somme de 12 200 euros.

19. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise établi le 21 février 2019, qui n'est pas remis en cause par le rapport non contradictoire du 27 décembre 2019 d'un ergothérapeute mandaté par M B, qu'en raison des conséquences de l'infection nosocomiale, l'état de santé du requérant a nécessité et nécessitera, à compter de la date de consolidation de son état de santé fixée au 15 novembre 2017, une aide humaine non médicalisée à raison de deux heures par jour jusqu'au décès. Sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération incluant les charges patronales et les majorations de rémunération pour travail du dimanche fixé à 13 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés payés et des jours fériés, le préjudice subi par l'intéressé du fait de la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne après consolidation de son état de santé peut être évalué, au regard du barème de capitalisation de la Gazette du Palais 2018 dont il se prévaut, à la somme de 128 400 euros.

20. En troisième lieu, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait effectivement perçu ou percevra la prestation de compensation du handicap avant ou à compter de la date de consolidation de son état de santé, la seule circonstance qu'il aurait été susceptible de solliciter cette prestation et, le cas échéant, de se la voir verser s'il en avait rempli l'ensemble des conditions est sans incidence sur le montant de l'indemnité à laquelle il a droit dans la présente instance. A cet égard, l'autorité compétente en matière d'aide sociale, lorsqu'elle est saisie d'une demande de prestation de compensation du handicap alors qu'une décision de justice a mis à la charge du responsable du dommage une indemnisation couvrant le besoin d'assistance par une tierce personne peut notamment tenir compte du fait que ce besoin se trouve ainsi pris en charge par un tiers, sans préjudice de la possibilité pour l'aide sociale de financer des frais autres que ceux que l'indemnisation allouée par le juge a pour objet de couvrir.

Quant aux pertes de gains professionnels :

21. Il résulte de l'instruction que le requérant, qui a cessé son activité d'agriculteur en 2002, a été recruté à compter du 7 avril 2008 par le syndicat intercommunal de la vie scolaire et associative de la commune de Lanouaille en qualité de conducteur de car scolaire pour des périodes de courte durée, de manière continue ou discontinue selon les périodes. Il résulte de l'instruction, notamment des rapports d'expertise et de l'avis du 28 mars 2019 de la CCI de Bordeaux, que, du fait de l'infection nosocomiale, M. B a été contraint d'interrompre cette activité à compter du 31 mai 2011 mais qu'il l'a reprise dès le mois de novembre 2011, jusqu'au 3 octobre 2012, date à laquelle il a fait valoir ses droits à la retraite à l'âge de 68 ans. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'évolution de son état de santé résultant de l'infection nosocomiale serait la cause directe et certaine de cette admission à la retraite au 3 octobre 2012, M. B peut uniquement être regardé, comme l'ont d'ailleurs relevé les experts, comme ayant été privé d'une chance sérieuse, en raison de cette infection, de continuer à percevoir des salaires tirés de son activité de conducteur de car scolaire pour la seule période du 31 mai au 31 octobre 2011, soit pendant cinq mois. Eu égard aux bulletins de paie et avis d'impôt transmis pour les années 2009, 2010 et 2011, M. B peut être regardé comme ayant été susceptible de percevoir en moyenne des salaires d'un montant d'environ 7 000 euros par an en contrepartie de cette activité. Alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que M. B aurait perçu un revenu de remplacement, il sera fait une juste appréciation de ses pertes de gains professionnels pour la période du 31 mai au 31 octobre 2011 en condamnant solidairement le CHU de Limoges et son assureur à lui verser une somme de 3 000 euros.

Quant aux frais d'adaptation du logement :

22. Se prévalant notamment des recommandations d'un rapport non-contradictoire établi le 27 décembre 2019 par un ergothérapeute et de devis de diverses sociétés, M. B demande, outre une somme portant sur " la mise en place d'aides techniques () dans la salle de bain et la chambre ", le versement d'une somme de 240 064 euros ou de 388 615 euros correspondant à deux projets de grande ampleur visant à réhabiliter sa maison aux normes PMR. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 21 février 2019 et de l'avis du 28 mars 2019 de la CCI de Bordeaux, qui, excluant notamment " la demande relative à la création d'une pièce supplémentaire ", se sont bornés à relever que l'état de santé de M. B résultant de l'infection nosocomiale, à l'origine d'un DFP de 10 %, nécessite seulement, pour sa maison, l'installation de toilettes surélevées, d'une douche aménagée, de rampes et seuils de porte, ainsi que des travaux d'aménagement du rez-de-chaussée avec modification des portes pour permettre de laisser passer le fauteuil roulant, que les travaux et frais invoqués par le requérant à l'appui de sa demande ne peuvent être regardés comme strictement nécessaires à l'adaptation de son logement pour tenir compte des conséquences de l'infection nosocomiale. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en accordant à M. B une somme globale de 30 000 euros.

Quant aux frais de véhicule adapté :

23. Alors que ce préjudice n'a été retenu ni par les experts ni par la CCI, le requérant, qui a renoncé à la conduite automobile, n'établit pas que l'aménagement qu'il invoque, qui concerne au demeurant le seul véhicule de son épouse, et l'acquisition d'un " fauteuil roulant électrique crash test ", seraient effectivement rendus nécessaires du fait de l'infection nosocomiale pour pouvoir prendre sa place dans le véhicule en qualité de passager. Par suite, les conclusions présentées par M. B au titre de ce préjudice, correspondant au coût initial de ces aménagement et acquisition ainsi qu'au coût de leur renouvellement, doivent être rejetées.

Quant aux frais divers :

24. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice matériel subi par M. B au titre des honoraires d'avocats qu'il a exposés dans le cadre de la phase précontentieuse, qui présentent un caractère utile et qui ne sauraient se confondre avec la somme pouvant être accordée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en condamnant solidairement le CHU de Limoges et la SHAM à lui verser une somme de 1 200 euros.

25. En second lieu, le rapport établi le 27 décembre 2019 par un ergothérapeute ne peut, en l'espèce, être regardé comme ayant été utile à la résolution du litige. Il n'y a donc pas lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à ce qui lui soit accordée une indemnité de 1 638,54 euros correspondant aux honoraires de cet ergothérapeute. En revanche, le rapport établi le 12 novembre 2019 par un sexologue a été utile pour justifier de la réalité et de l'étendue du préjudice sexuel subi par le requérant du fait des conséquences de l'infection nosocomiale. Il y a lieu, dans ces conditions, de condamner solidairement le CHU de Limoges et la SHAM à verser à M. B une somme de 250 euros correspondant aux honoraires de ce sexologue.

26. Il résulte de ce qui précède que les préjudices subis par M. B du fait de l'infection nosocomiale qu'il a contractée dans le cadre de sa prise en charge au CHU de Limoges peuvent être évalués à une somme globale de 214 550 euros. Il y a donc lieu de condamner le CHU de Limoges à verser cette somme, dont il conviendra de déduire les sommes déjà allouées à titre provisionnel.

27. Par ailleurs, le CHU de Limoges est condamné à verser à la MSA Dordogne, Lot et Garonne un capital de 6 500 euros au titre des dépenses de santé post-consolidation exposées jusqu'à la date du présent jugement. Pour la période postérieure au présent jugement, il appartiendra au CHU de Limoges de rembourser les dépenses qui seront supportées par la MSA, sur production de justificatifs, dans la limite de la somme de 6 654,01 euros.

Sur les frais liés au litige :

28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre solidairement à la charge du CHU de Limoges et de la SHAM une somme de 1 800 euros à verser à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la MSA Dordogne Lot et Garonne en vertu de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er: Le CHU de Limoges et la SHAM sont solidairement condamnés à verser à M. B une somme de 214 550 (deux cent quatorze mille cinq cent cinquante) euros, dont il conviendra de déduire les sommes déjà allouées à titre provisionnel.

Article 2:Le CHU de Limoges est condamné à verser à la MSA Dordogne, Lot et Garonne un capital de 6 500 (six mille cinq cents) euros au titre des dépenses de santé post-consolidation qu'elle a exposées jusqu'à la date du présent jugement. Pour la période postérieure au présent jugement, il appartiendra au CHU de Limoges de rembourser les dépenses de santé qui seront supportées par la MSA Dordogne Lot et Garonne, sur production de justificatifs, dans la limite de la somme de 6 654,01 (six mille six cent cinquante-quatre euros et un centime) euros.

Article 3:Le CHU de Limoges et la SHAM verseront solidairement une somme de 1 800 (mille huit cents) euros à M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au CHU de Limoges, à la SHAM et à la MSA Dordogne, Lot et Garonne.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le rapporteur,

J.B. BOSCHET

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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