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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100223

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100223

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100223
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantDAURIAC - PAULIAT-DEFAYE BOUCHERLE-MAGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 février 2021, M. B A, représenté par Me Pauliat-Defaye, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui communiquer " la fiche synthétique dialogue des droits épargnés et consommés " de son compte épargne temps (CET) historique et pérenne ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 3 915 euros au titre de son compte épargne temps ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 2 794,50 euros au titre de ses congés annuels non pris ;

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme globale de 1 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 30 septembre 2020, au titre de son préjudice moral ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- compte tenu de son placement en congé de longue maladie, il a été dans l'incapacité de prendre ses congés annuels au titre de la période courant du 1er septembre 2016 à août 2020. Sur les 101 jours de congés auxquels il avait droit, 66,5 jours ont été indemnisés de sorte qu'il est fondé à demander la prise en compte de 34,5 jours, soit une somme de 2794,50 euros ;

- il est également fondé à demander l'indemnisation de 29 jours épargnés sur ses compte épargne temps historique et pérenne, soit une somme de 3 915 euros ;

- il est enfin fondé à solliciter le versement d'une somme de 1 000 euros en raison du préjudice moral qu'il a subi du fait du silence gardé par l'administration à ses demandes de communication et de " la rétention d'informations " dont il a été victime.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel à statuer sur les conclusions présentées par M. A et au rejet du surplus de la requête.

Il fait valoir que :

- les sommes dues à M. A au titre de ses congés annuels non pris en 2019 et 2020 ont été payées en mars 2021 pour un montant brut de 4 408,58 euros ;

- les conclusions tendant à obtenir le versement d'une indemnisation au titre des congés annuels non pris et du préjudice moral sont irrecevables à défaut pour le contentieux d'être lié sur ces points ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 ;

- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 ;

- le décret n° 85-730 du 17 juillet 1985 ;

- le décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 ;

- l'arrêté du 28 août 2009 pris pour l'application du décret du 29 avril 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha, premier conseiller ;

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;

- et les observations de Me Mons-Bariaud pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, attaché d'administration de l'Etat à la retraite, a bénéficié, alors qu'il exerçait ses fonctions à la préfecture de la Creuse, d'un arrêt de travail le 15 juillet 2017 à la suite duquel il a été placé en congé de maladie ordinaire puis à partir de novembre 2017 en congé de longue maladie, jusqu'au 14 juillet 2020, date de son départ à la retraite pour invalidité. Il demande par la présente requête et à titre principal au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 2 794,50 euros au titre des congés annuels non pris entre septembre 2016 et fin juillet 2020, une somme de 3 915 euros au titre de 29 jours épargnés sur ses comptes épargne temps historique et pérenne et qu'il n'a pu prendre, enfin 1 000 euros au titre de son préjudice moral.

Sur l'exception de non-lieu à statuer soulevée à l'encontre des conclusions tendant à obtenir l'indemnisation des congés annuels non pris :

2. Il résulte de l'instruction, alors que M. A sollicite dans sa requête le versement d'une somme de 2 794,50 euros au titre de 34,5 jours de congés annuels non pris dont il estime avoir droit, que l'administration a versé à l'intéressé, sur la paye de mars 2021, une somme brute de 4 408,58 euros correspondant au paiement de 37 jours de congés non pris sur les années 2019 et 2020. Par suite, M. A doit être regardé comme ayant obtenu satisfaction sur sa demande d'indemnisation au titre des congés annuels non pris de sorte qu'il n'y a plus lieu à statuer sur cette demande.

Sur la demande tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de communiquer à M. A " la fiche synthétique dialogue des droits épargnés et consommés " de son compte épargne temps (CET) historique et pérenne :

3. Il résulte de l'instruction que ces fiches ont été communiquées par le ministre de l'intérieur au plus tard à l'appui de ses écritures en défense, de sorte que M. A en a eu connaissance. Par suite, et en tout état de cause, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par le requérant aux fins de communication de ce document.

Sur les demandes aux fins d'obtenir l'indemnisation de 29 jours épargnés sur les CET de M. A et la réparation de son préjudice moral :

En ce qui concerne les jours non pris sur le compte épargne temps :

4. Aux termes de l'article 3 du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat : " Le compte épargne-temps est alimenté par le report de jours de réduction du temps de travail et par le report de congés annuels, tels que prévus par le décret du 26 octobre 1984 susvisé, sans que le nombre de jours de congés pris dans l'année puisse être inférieur à 20. / Il est également alimenté, pour les personnels relevant du décret du 28 mars 1967 susvisé, par le report de congés annuels dont ils bénéficient au titre du pays dans lequel ils sont affectés, sans que le nombre de jours de congés pris dans l'année puisse être inférieur à 20. / Un arrêté du ministre chargé de la fonction publique, du ministre chargé du budget et du ministre intéressé peut autoriser, en outre, l'alimentation du compte épargne-temps par le report d'une partie des jours de repos compensateur. / Le compte épargne-temps ne peut être alimenté par le report de congés bonifiés. ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est inférieur ou égal à un seuil, fixé par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, qui ne saurait être supérieur à vingt jours, l'agent ne peut utiliser les droits ainsi épargnés que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé. ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2009 pris pour l'application du décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 modifié portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " Le seuil mentionné aux articles 5 et 6 du décret du 29 avril 2002 susvisé est fixé à 15 jours. ". Aux termes de l'article 6 du décret précité : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est supérieur au seuil mentionné à l'article 5 : I. - Les jours ainsi épargnés n'excédant pas ce seuil ne peuvent être utilisés par l'agent que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé. II. - Les jours ainsi épargnés excédant ce seuil donnent lieu à une option exercée au plus tard le 31 janvier de l'année suivante : 1° L'agent titulaire mentionné à l'article 2 ou le magistrat mentionné à l'article 2 bis opte dans les proportions qu'il souhaite : a) Pour une prise en compte au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique dans les conditions définies à l'article 6-1 ; b) Pour une indemnisation dans les conditions définies à l'article 6-2 ; (). ".

5. Aux termes de l'article 7 de la directive n° 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 relative à certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail ".

6. Les dispositions de l'article 7.2 de la directive précitée du 4 novembre 2003, interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne, dans son arrêt C-337/10 du 3 mai 2012 (point 37), ne s'opposent pas à des dispositions de droit national accordant au fonctionnaire des droits à congés payés supplémentaires s'ajoutant au droit à un congé annuel minimal de quatre semaines, tels que ceux inscrits sur le compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat, sans que soit prévu le paiement d'une indemnité financière, lorsque le fonctionnaire en fin de relation de travail ne peut bénéficier de ces droits supplémentaires en raison du fait qu'il n'aurait pu exercer ses fonctions pour cause de maladie.

7. Les jours épargnés sur un compte épargne temps n'ont donc pas le caractère de congés payés annuels, au sens de cette directive, et doivent dès lors être considérés comme des jours de congés supplémentaires. Les dispositions précitées de l'article 3 du décret n° 2002-634 du 29 avril 2002, dans sa version applicable, prévoient quant à elle que seuls peuvent être épargnés sur le compte épargne temps des jours de congés supplémentaires excédant le seuil minimal des vingt jours de congés payés. Par ailleurs, l'article 6 précité du même décret prévoit que seuls les jours excédant le seuil minimal des 15 jours peuvent, si l'agent en fait le choix, être indemnisés, les 15 premiers jours ne pouvant être pris que sous forme de congés.

8. Il est constant que le requérant disposait à la date à laquelle il a été admis à la retraite de 14 jours placés sur son compte épargne-temps " historique " et de 15 jours sur son compte épargne temps " pérenne ". Les jours ainsi stockés sur chacun de ces comptes, qui ne pouvaient être qualifiés de congés annuels au sens de la directive n° 2003/88/CE du 4 novembre 2003, n'excèdent pas le seuil de 15 jours fixé par les dispositions combinées de l'article 6 du décret du 29 avril 2002 et de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2009 citées au point 4. Ils ne pouvaient en conséquence, donner lieu à indemnisation. M. A n'est par suite pas fondé à solliciter l'indemnisation qu'il sollicite au titre des jours épargnés sur ses deux comptes épargne-temps.

En ce qui concerne la demande d'indemnisation au titre du préjudice moral subi par M. A :

9. M. A, en se bornant à invoquer un préjudice moral à raison du silence conservé par l'administration " qui retient fautivement des informations dont d'une part, il demande légitimement la communication et dont d'autre part, la rétention l'empêche de percevoir les sommes qui lui sont incontestablement dues " ne justifie ni de la faute commise par l'administration, alors qu'il résulte de qui a été dit précédemment qu'il n'avait pas droit à l'indemnisation des jours épargnés sur ses CET, ni de ce qu'il aurait subi un préjudice moral en lien avec les manquements qu'il reproche à l'autorité administrative.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non- recevoir soulevées en défense, que d'une part il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. A tendant à obtenir le versement d'une indemnisation au titre de 34,5 jours de congés annuels non pris et tendant à la communication du document qu'il a sollicité d'autre part qu'il y a lieu de rejeter ses autres conclusions indemnitaires et à titre d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une quelconque somme à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant, d'une part, au versement d'une indemnisation au titre de 34,5 jours de congés annuels non pris, d'autre part, à l'obtention de la communication de " la fiche synthétique dialogue des droits épargnés et consommés ".

Article 2:Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2023 où siégeaient :

- M. Artus, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

D. ARTUS

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur des et outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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