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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100240

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100240

jeudi 1 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100240
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL VALIERE VIALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2021, Mme B, représentée par Me Valière-Vialeix demande au tribunal d'annuler la décision du 12 janvier 2021 par laquelle le président du département de la Haute-Vienne a refusé de lui délivrer un agrément en qualité d'assistante familiale et de mettre à la charge de ce département une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- cette décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et de droit dès lors que certains des faits qui lui sont reprochés sont inexacts, d'autres sont anciens, d'autres enfin n'émanent que du seul employeur et des évaluations réalisées par les seules puéricultrice et psychologue de la PMI ;

- il n'est pas justifié qu'elle aurait manqué à la santé, la sécurité et l'épanouissement des enfants qui lui ont été confiés.

Par un mémoire en défense, enregistré le15 novembre 2021, le département de la Haute-Vienne, conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 10 mars 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha, rapporteur,

- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public ;

- et les observations Me Chabassier pour le département de la Haute-Vienne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a sollicité le 26 octobre 2020 auprès du département de la Haute-Vienne la délivrance d'un agrément en qualité d'assistante maternelle. Par une décision du 12 janvier 2021 dont l'intéressée demande l'annulation, le président de ce département a rejeté sa demande.

Sur les conclusions en annulation :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme C D, directrice " santé-parentalité-petite enfance ", laquelle décision est au nombre des décisions que ce chef de service était habilité à signer en vertu d'un arrêté portant délégation de signature du 30 septembre 2020, transmis à la préfecture pour l'exercice du contrôle de légalité et dont il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet d'un affichage le même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 421-3 du code de l'action sociale et des familles dans sa version applicable à la date de la décision contestée : " L'agrément nécessaire pour exercer la profession d'assistant maternel ou d'assistant familial est délivré par le président du conseil départemental du département où le demandeur réside. / Un référentiel approuvé par décret en conseil d'Etat fixe les critères d'agrément. () L'agrément est accordé à ces deux professions si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs (), en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Les modalités d'octroi ainsi que la durée de l'agrément sont définies par décret. () Tout refus d'agrément doit être motivé. " Aux termes de l'article R. 421-3 de ce code : " Pour obtenir l'agrément d'assistant maternel ou d'assistant familial, le candidat doit : 1° Présenter les garanties nécessaires pour accueillir des mineurs dans des conditions propres à assurer leur développement physique, intellectuel et affectif () ". Selon l'article R. 421-5 du même code : " Les entretiens avec un candidat à des fonctions d'assistant maternel ou avec un assistant maternel agréé et les visites à son lieu d'exercice doivent permettre d'apprécier, au regard des critères précisés dans le référentiel figurant à l'annexe 4-8 du présent code, si les conditions légales d'agrément sont remplies. " Parmi les critères prévus à la section I de cette annexe, relative aux capacités et compétences pour l'exercice de la profession d'assistant maternel figurent notamment la capacité à appliquer les règles relatives à la sécurité de l'enfant accueilli, la capacité à appliquer les règles relatives à l'administration des médicaments, la capacité à appliquer les règles relatives à l'hygiène, notamment alimentaire, et à respecter les interdictions alimentaires signalées par les parents, les capacités d'écoute et d'observation, la capacité à percevoir et prendre en compte les besoins de chaque enfant, selon son âge et ses rythmes propres, pour assurer son développement physique, intellectuel et affectif, et à mettre en œuvre les moyens appropriés, notamment dans les domaines de l'alimentation, du sommeil, du jeu, des acquisitions psychomotrices, intellectuelles et sociales, les capacités et les qualités personnelles pour accueillir de jeunes enfants dans des conditions propres à assurer leur développement physique et intellectuel, les aptitudes éducatives, la disponibilité ainsi que la capacité à s'organiser et à s'adapter à des situations variées.

4. La décision du 12 janvier 2021 est notamment fondée sur les réponses lacunaires apportées par la requérante lors de différentes mises en situation organisées par une puéricultrice du département lors d'un entretien le 24 novembre 2020. Si le département reconnait que Mme B a présenté " un discours plus approprié " lors des entretiens des 7, 8 et 9 décembre 2020, des difficultés ont été mises en évidence quant à sa capacité à prendre en compte les contraintes du métier, les besoins de l'enfant, les attentes parentales et à intégrer certaines règles professionnelles, que la puéricultrice a dû expliciter et répéter. Le département a également relevé que vis-à-vis des difficultés rencontrées dans son parcours antérieur, l'intéressée faisait preuve de " peu de remise en question ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B lors de l'entretien du 24 novembre 2020 a apporté des réponses inappropriées se reconnaissant notamment la possibilité d'administrer aux enfants des médicaments issus de sa propre pharmacie personnelle, envisageant la possibilité de proposer des repas " vegan " à des enfants en très bas âge si les parents le demandent et sans se poser la question des besoins nutritionnels de ces enfants, se positionnant de manière inadaptée sur les besoins en sommeil d'enfants de différents âges et sur les bonnes pratiques à adopter en matière d'accès de ces mêmes enfants à la télévision. Ces éléments, qui ne sont pas sérieusement contredits, démontrent une connaissance insuffisante par Mme B des besoins fondamentaux de l'enfant, alors qu'elle a pourtant exercé des fonctions d'assistante maternelle entre 2004 et 2011, puis entre 2015 et 2016.

6. D'autre part, alors qu'il ressort des pièces du dossier que son agrément lui a été retiré en 2016 en raison de l'exiguïté de son nouveau logement et " du manque d'anticipation [quant à] un cadre d'accueil sécurisé et qu'elle a fait l'objet de deux plaintes de parents employeurs en avril et mai 2016 ayant donné lieu à un courrier du département du 10 juin 2016 lui demandant notamment " d'assurer une surveillance de tous les instants ", " de ne pas laisser la garde des enfants à un membre de [sa]famille ", " d'instaurer un climat de respect et de confiance réciproque avec les parents ", de faire preuve de " discrétion professionnelle ", Mme B n'a pas démontré, lors des différents entretiens, qu'elle était en mesure d'analyser de façon suffisamment critique sa pratique professionnelle passée et de tirer, par elle-même, des enseignements sur les insuffisances qui ont pu être relevées à son encontre dans ses fonctions antérieures, afin d'y remédier.

7. Dans ces conditions, eu égard aux constats faits lors de l'enquête effectuée par des professionnels de la petite-enfance à l'occasion de la demande d'agrément de la requérante, à l'avis défavorable rendu par la commission consultative paritaire départementale (CCPD) dans sa séance du 22 décembre 2020 et en l'absence d'éléments versés par la requérante de nature à contredire utilement ces constats et cet avis, quand bien même lors des entretiens des 7, 8 et 9 décembre 2020, Mme B a corrigé un certain nombre des réponses qu'elle avait apportées lors de l'entretien du 24 novembre précédent après s'être documentée, le président du département de la Haute-Vienne n'a commis ni erreur de fait, ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation, en considérant que Mme B ne possédait pas toutes les aptitudes et connaissances exigées par les dispositions citées au point 3, lui permettant d'assurer des conditions d'accueil garantissant la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs susceptibles de lui être confiés.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme B est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au président du département de la Haute- Vienne.

Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.

Le rapporteur,

F. MARTHA

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

à la préfète de la Haute-Vienne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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