jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100252 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ADAMAS - AFFAIRES PUBLIQUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 février 2021, la société ENEDIS, représentée par Me Le Chatelier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le maire de la commune de Lucay-Le-Mâle sur sa demande tendant à l'abrogation de la délibération du 27 janvier 2016 par laquelle le conseil municipal de cette commune a décidé de s'opposer au déploiement des compteurs " Linky " sur le territoire de la commune ;
2°) d'enjoindre, par conséquent, au conseil municipal de la commune de Luçay-Le-Mâle d'abroger la délibération du 27 janvier 2016.
Elle soutient que :
- le conseil municipal de la commune est incompétent pour réglementer le déploiement des compteurs " Linky ", dès lors que la commune, qui a transféré sa compétence d'autorité organisatrice du réseau public de distribution d'électricité au syndicat départemental des énergies de l'Indre, n'est pas propriétaire des compteurs d'électricité sur son territoire ;
- cette délibération est illégale, en l'absence d'atteinte au respect de la vie privée et des libertés individuelles ;
- cette délibération est illégale dès lors que les risques allégués, en matière sanitaire, d'incendie, de pannes à répétition sur les matériels informatiques et de responsabilité juridique sont injustifiés ;
- cette délibération méconnaît les articles L. 341-4 et R. 341-4 et suivants du code de l'énergie en vertu desquels la société ENEDIS a une obligation de déploiement des compteurs " Linky " dans le cadre de sa mission de service public.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2021, la commune de Luçay-Le-Mâle, représentée par Me Bluteau, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société ENEDIS la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive, dès lors que la délibération du 27 janvier 2016 ne présentant pas le caractère d'un acte réglementaire, la société ENEDIS n'est pas recevable à en demander l'abrogation après l'expiration du délai de recours contentieux ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté par la société ENEDIS a été enregistré le 11 octobre 2022 sans être communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'énergie ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 27 janvier 2016, le conseil municipal de la commune de Luçay-Le-Mâle, a adopté une délibération d'opposition au déploiement du compteur Linky sur le territoire de la commune. Par un courrier du 15 octobre 2020, reçu le 22 octobre, adressé au maire de cette commune, la société ENEDIS a sollicité l'abrogation de cette délibération. Par la présente requête, la société ENEDIS demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus du maire de la commune de convoquer le conseil municipal afin qu'il abroge la délibération du 27 janvier 2016.
Sur la fin de non-recevoir :
2. En raison de la permanence de l'acte réglementaire, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir doivent pouvoir être mises en cause à tout moment, de telle sorte que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales que cet acte est susceptible de porter à l'ordre juridique. Cette contestation peut prendre la forme d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, comme en dispose l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration aux termes duquel : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de faits postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé [] ".
3. La délibération du 27 janvier 2016, qui a pour objet de s'opposer, par une décision à caractère général et impersonnel, au remplacement des compteurs d'électricité existants chez les habitants de la commune par des compteurs communicants " Linky " a le caractère d'un acte réglementaire auquel s'applique ainsi le principe général selon lequel l'autorité compétente, saisie d'une demande tendant à l'abrogation d'un règlement illégal, est tenue de déférer, soit que ce règlement ait été illégal dès la date de sa signature, soit que l'illégalité résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures à cette date. Par suite, eu égard au caractère réglementaire de cette délibération, la commune n'est pas fondée à soutenir que la requête serait tardive et par suite irrecevable au motif que la demande d'abrogation de cet acte par la société ENEDIS, qui pouvait la présenter à tout moment, serait intervenue après l'expiration du délai de recours contentieux ouvert à l'encontre de la délibération du 27 janvier 2016.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 1321-1 du code général des collectivités territoriales : " Le transfert d'une compétence entraîne de plein droit la mise à la disposition de la collectivité bénéficiaire des biens meubles et immeubles utilisés, à la date de ce transfert, pour l'exercice de cette compétence ". Aux termes de l'article L. 1321-4 du même code : " Les conditions dans lesquelles les biens mis à disposition, en application de l'article L. 1321-2, peuvent faire l'objet d'un transfert en pleine propriété à la collectivité bénéficiaire sont définies par la loi ". D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 322-4 du code de l'énergie : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 324-1, les ouvrages des réseaux publics de distribution, y compris ceux qui, ayant appartenu à Electricité de France, ont fait l'objet d'un transfert au 1er janvier 2005, appartiennent aux collectivités territoriales ou à leurs groupements désignés au IV de l'article L. 2224-31 du code général des collectivités territoriales. ". Aux termes du deuxième alinéa du IV de l'article L. 2224-31 du code général des collectivités territoriales : " L'autorité organisatrice d'un réseau public de distribution, exploité en régie ou concédé, est la commune ou l'établissement public de coopération auquel elle a transféré cette compétence () ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la propriété des ouvrages des réseaux publics de distribution d'électricité est attachée à la qualité d'autorité organisatrice de ces réseaux. En conséquence, lorsqu'une commune transfère sa compétence en matière d'organisation de la distribution d'électricité à un établissement public de coopération, celui-ci devient autorité organisatrice sur le territoire de la commune et propriétaire des ouvrages des réseaux en cause, y compris des installations de comptage visées à l'article D. 342-1 du code de l'énergie.
6. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté qu'à la date du 27 janvier 2016, la compétence en matière d'organisation des réseaux publics de distribution d'électricité dans la commune défenderesse avait été transférée au syndicat départemental des énergies de l'Indre. Dès lors, la commune ne disposait pas de la compétence pour s'opposer au déploiement des compteurs " Linky ", qui sont au nombre des ouvrages du réseau public de distribution d'électricité dont est propriétaire ledit syndicat.
7. Il résulte de ce qui précède que la société ENEDIS est fondée à soutenir que la délibération du 27 janvier 2016 du conseil municipal de la commune Luçay-Le-Mâle est entachée d'illégalité et que la commune, saisie d'une demande de la société ENEDIS tendant à son abrogation, était en situation de compétence liée pour faire droit à cette demande en application des dispositions citées au point 2. Par suite, le maire de la commune de Lucay-Le-Mâle était tenu de réunir le conseil municipal afin qu'il procède à cette abrogation. Dès lors, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la société ENEDIS est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le maire de cette commune a refusé de faire procéder à l'abrogation de la délibération du 27 janvier 2016.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
8. Eu égard au motif d'annulation retenu au point 6, le présent jugement implique nécessairement que le maire de la commune défenderesse convoque le conseil municipal et qu'il inscrive à l'ordre du jour l'abrogation de la délibération du 27 janvier 2016. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au maire de Lucay-Le-Mâle de procéder à cette convocation et à cette inscription à l'ordre du jour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de justice :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société ENEDIS, qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er: La décision implicite par laquelle le maire de la commune de Lucay-Le-Mâle a refusé de convoquer le conseil municipal pour abroger la délibération du 27 janvier 2016 est annulée.
Article 2:Il est enjoint au maire de la commune de réunir le conseil municipal et d'inscrire à l'ordre du jour l'abrogation de la délibération du 27 janvier 2016 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à la société ENEDIS et à la commune de Lucay-Le-Mâle
Délibéré après l'audience du 2 mars 2023 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
Le rapporteur,
F. B
Le président,
N. NORMAND
Le greffier,
M. A
La République mande et ordonne
au préfet de l'Indre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
No 210025mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026