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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100298

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100298

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100298
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationJUGE UNIQUE F MARTHA
Avocat requérantSOLTNER RAPHAEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrés le 17 février 2021, 30 septembre 2021, 29 novembre 2021, 11 mai 2022, 14 octobre 2022 et 21 août 2023, la société Imprimerie Moderne, représentée par Me Soltner demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou la réduction de la cotisation de taxe foncière sur les propriétés bâties à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020 à raison des locaux situés 20 avenue Louis de Broglie à Limoges ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le mode de calcul de la valeur locative qui a été utilisée et qui a conduit à un abattement limité à 3 846 euros ne tient pas compte de l'état de délabrement avancé de l'immeuble, qui est " inexploitable, inutilisable et impropre à sa destination " de sorte qu'il est d'ailleurs voué la démolition ;

- en vertu de l'article 1517 du code général des impôts, les changements affectant les caractéristiques physiques et l'environnement doivent être pris en compte dans l'appréciation de la valeur locative du bien, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce ;

- sur la base de l'article 1498 du code général des impôts, l'administration fiscale aurait dû déterminer la valeur locative de ce bien par rapport à sa situation et à son état de délabrement, ce qui n'a pas été fait. L'administration fiscale ne démontre en outre pas qu'elle n'aurait pas été en mesure d'évaluer cette valeur locative en fonction de l'état du marché locatif.

Par des mémoires en défense enregistrés les 5 août 2021, 18 novembre 2021, 22 novembre 2021 et 25 mai 2023, la direction départementale des finances publiques de Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Un mémoire en défense transmis par l'administration fiscale le 21 septembre 2023 a été enregistré sans être communiqué.

Des pièces transmises par la société requérante le 31 octobre 2023 ont été enregistrées sans être communiquées.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Martha, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de présenter ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martha,

- et les observations de Me Soltner, représentant la société Imprimerie Moderne.

Considérant ce qui suit :

1. Un avis de taxe foncière a été adressé à la société Imprimerie Moderne pour l'année 2020, pour un montant de 34 120 euros pour des bâtiments lui appartenant situés 20 avenue Louis de Broglie à Limoges. Par une réclamation du 6 octobre 2020, la société a contesté le montant de cette cotisation. Un dégrèvement lui a été accordé, à hauteur de 3 846 euros. La société a formé une nouvelle réclamation le 21 novembre 2021, laquelle a fait l'objet d'une décision de rejet le 23 décembre 2020. Par la présente requête, la société demande au tribunal de prononcer la décharge ou la réduction de la somme de 30 274 euros mise à sa charge au titre de la taxe foncière 2020.

2. Aux termes de l'article 1380 du code général des impôts : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés bâties sises en France, à l'exception de celles qui en sont expressément exonérées par les dispositions du présent code ". Aux termes de l'article 1415 du même code, la taxe foncière sur les propriétés bâties est due " pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année d'imposition ". Aux termes de l'article 1393 du même code : " La taxe foncière est établie annuellement sur les propriétés non bâties de toute nature sises en France ".

3. Aux termes de l'article 1494 du code général des impôts : " La valeur locative des biens passibles de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la taxe d'habitation ou d'une taxe annexe établie sur les mêmes bases est déterminée, conformément aux règles définies par les articles 1495 à 1508, pour chaque propriété ou fraction de propriété normalement destinée à une utilisation distincte. " et aux termes de l'article 1498 de ce code : " I.- La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article. Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat. II. - A. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve de la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter.

Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II () ". Aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III même code : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa. / La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur. / Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire. " Enfin, l'article 1517 du même code, dans sa version applicable au litige, dispose : " I. - 1. Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498 et des éléments de nature à modifier la méthode de détermination de la valeur locative en application des articles 1499-00 A ou 1500. Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement () ".

4. Le 28 octobre 2020, la société requérante a déposé une déclaration n°6660-REV " Déclaration d'un local à usage professionnel ", en inscrivant ses locaux dans la catégorie DEP2 (Lieux de dépôt couverts). L'administration fiscale tirant les conséquences de la fin de la destination industrielle de cet immeuble depuis le 1er janvier 2020 a évalué cet immeuble comme un local à usage professionnel en catégorie DEP2, laquelle catégorie englobe les entrepôts ou hangars destinés au stockage de marchandises. Sur la base d'un classement de 3 860 m2 en P1 et 3860 m2 en P2, un dégrèvement de 3 846 euros a été accordé à l'entreprise au titre de la taxe foncière 2020.

5. De première part, si la société requérante soutient que la valeur locative de son immeuble doit être révisée, en application des dispositions de l'article 1517 du code général des impôts, compte tenu de son état et des dégradations qu'il a subies, qui seraient constitutives d'un changement de ses caractéristiques physiques ou d'environnement, il résulte toutefois de l'instruction que la valeur locative de l'immeuble en cause, soumise à la taxe foncière sur les propriétés bâties, a été déterminée, au titre de l' année en litige, selon les nouvelles modalités d'évaluation résultant de la révision des valeurs locatives des locaux professionnels instaurée par l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010, codifiées depuis à l'article 1498 du code général des impôts par l'article 30 de la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 de finances rectificative pour 2017. Cette méthode prend en compte pour la détermination de la valeur locative des propriétés bâties ou fractions de propriété bâtie, les caractéristiques physiques de l'immeuble. Il ne résulte pas de l'instruction que la valeur locative de l'immeuble en litige déterminée selon la nouvelle méthode n'a pas pris en compte les caractéristiques physiques de cet immeuble, au sens de l'article 1498 précité. La société Imprimerie Moderne ne peut, en tout état de cause, valablement invoquer l'application des dispositions de l'article 1517 du code général des impôts qui font référence à la date d'une révision générale antérieure à celle en vertu de laquelle la valeur locative de son immeuble a été fixée au titre de l'année 2020.

6. De deuxième part, un immeuble devenu impropre à toute utilisation dans son ensemble ne constitue pas une propriété bâtie soumise à la taxe foncière sur les propriétés bâties en application de l'article 1380 du code général des impôts mais doit être assujetti à la taxe foncière sur les propriétés non bâties, en application de l'article 1393 du même code.

7. Il ne résulte pas de l'instruction, quand bien même des dégradations auraient été commises, le local serait sans activité et un permis de reconstruire a été accordé le 7 septembre 2020, que ce local aurait été impropre, au vu de l'état de sa structure, au 1er janvier 2020, à toute utilisation comme lieu de stockage ou d'entrepôt. Par suite, sans que n'y fasse obstacle la circonstance que le projet démolition de cet immeuble ait été différé en raison de l'épidémie de COVID, le moyen afférent doit être écarté.

8. De troisième part, en vertu des dispositions citées au point 3, applicables à compter de l'année 2017, le processus de révision des valeurs locatives cadastrales des locaux professionnels notamment retenues pour l'assiette de la taxe foncière sur les propriétés bâties, abandonne la méthode d'évaluation dite par comparaison avec des locaux-types au profit d'une méthode tarifaire consistant à appliquer à la surface pondérée du local un tarif représentatif du marché locatif.

9. Il résulte de l'instruction que le bâtiment en litige a été évalué selon la méthode tarifaire de révision des valeurs locatives cadastrales des locaux professionnels mise en place à compter du 1er janvier 2017 en vertu des dispositions précitées, l'administration fiscale ayant appliqué à l'immeuble le tarif de la catégorie DEP 2 " lieux de dépôt couverts " du sous-groupe " lieux de dépôt ou de stockage et parcs de stationnement ". Elle a ensuite retenu une superficie de 3 860 m2 en P1 (surfaces principales) et 3860 m2 en P2 (surfaces secondaires) pour arrêter la valeur locative de l'immeuble. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit, pour la détermination des valeurs locatives révisées des locaux professionnels applicable à compter du 1er janvier 2017, la mise en œuvre de mécanismes d'ajustement qui viendraient adapter les tarifs sectoriels de chaque catégorie de propriétés bâties en fonction de l'état de vétusté et ou d'entretien du local à évaluer. Le requérant, en se bornant à indiquer que la méthode comparative aurait dû être employée pour l'appréciation de la valeur locative de son bien et que l'administration ne démontre pas qu'elle ne serait pas en mesure de procéder à l'estimation de [cette valeur locative] en fonction de l'état du marché locatif ne remet pas utilement en cause l'évaluation de la valeur locative ainsi arrêtée par le service.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société Imprimerie Moderne n'est pas fondée à demander la décharge ni la réduction de la cotisation de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2020. Sa requête doit ainsi être rejetée y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de la société Imprimerie Moderne est rejetée.

Article 2:Le présent jugement sera notifié à la société Imprimerie Moderne et à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

F. MARTHA

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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