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AccueilJurisprudence administrativeN° TA87-2100304

Tribunal Administratif de Limoges — Décision N° TA87-2100304

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Limoges
SectionTribunal Administratif de Limoges
N° DossierTA87-2100304
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantDEBLOIS DANCIE BOURRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2021, Mme D F représentée par Me Soltner, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2020 par lequel la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a retiré la décision implicite d'acceptation née du silence conservé à sa demande du 31 janvier 2020 d'autorisation d'exploiter 9, 69 hectares de terres sur la commune de Nouic ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme F soutient que :

- l'arrêté portant retrait de l'autorisation implicitement accordée est illégal dès lors qu'il est tardif ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 331-3-2 du code rural et de la pêche maritime.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Par un mémoire en intervention du 22 septembre 2021, M. A B, représenté par Me Dancie, conclut au rejet de la requête présentée par Mme F.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de M. E,

- et les observations de Me Soltner représentant Mme F et de Me Martin représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 31 janvier 2020, Mme F a présenté une demande d'autorisation d'exploiter portant sur 9,69 hectares de terres lui appartenant, situées sur la commune de Nouic, demande dont il a été accusé réception le 3 février 2020. A la suite du silence gardé par l'administration pendant une durée de 4 mois, l'intéressée a bénéficié d'une autorisation implicite d'exploiter. Par un arrêté du 21 décembre 2020 dont Mme F demande l'annulation, la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a retiré cette décision implicite et a refusé à l'intéressée l'autorisation sollicitée.

Sur l'intervention de M. A B :

2. Dès lors qu'il n'est pas contesté que M. B, en vertu d'un bail rural signé le 20 décembre 2012, s'est vu confié l'exploitation des parcelles en litige, parcelles pour lesquelles il avait obtenu une autorisation auprès de l'administration le 15 septembre 2010, ce dernier justifie d'un intérêt suffisant à intervenir au soutien des conclusions présentées en défense par la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine et tendant au rejet de la requête présentée par Mme F. Par suite, cette intervention, qui a été formée par mémoire distinct et est suffisamment motivée, doit être admise.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ". Aux termes de l'article 6 de cette ordonnance : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'Etat, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs ainsi qu'aux organismes et personnes de droit public et de droit privé chargés d'une mission de service public administratif, y compris les organismes de sécurité sociale ". Enfin, aux termes de l'article 7 de la même ordonnance : " Sous réserve des obligations qui découlent d'un engagement international ou du droit de l'Union européenne, les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnés à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'autorisation d'exploiter de Mme F du 31 janvier 2020 a fait l'objet d'un accusé de réception le 3 février 2020, lui indiquant notamment, outre le caractère complet de son dossier, qu'elle bénéficierait, à défaut de décision expresse dans un délai de 4 mois suivant la date de réception d'un dossier complet, d'une autorisation implicite d'exploiter. Compte tenu des dispositions de l'ordonnance mentionnée au point 4, le délai d'instruction de la demande de Mme F a été suspendu entre le 12 mars 2020 et le 23 juin inclus, de sorte qu'une décision implicite d'acceptation est née le 14 septembre 2020. Dès lors et comme elle le soutient, la préfète disposait d'un délai courant jusqu'au 14 janvier 2021 pour retirer sa décision. Par suite, par l'arrêté critiqué, pris le 21 décembre 2020, la préfète n'a pas, contrairement à ce que soutient la requérante, procédé à un retrait tardif et par suite illégal de sa décision du 14 septembre 2020.

6. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " () A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

7. D'autre part, aux termes du II de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : I.-La décision d'autorisation ou de refus d'autorisation d'exploiter prise par le préfet de région doit être motivée au regard du schéma directeur régional des exploitations agricoles et des motifs de refus énumérés à l'article L. 331-3-1". Enfin aux termes de l'article L. 331-3-1 de ce code : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : () 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place (). ".

8. La décision contestée, en tant qu'elle retire la décision du 14 septembre 2020 mentionnée au point 5 et refuse à Mme F l'autorisation qu'elle a sollicitée, vise les articles L. 331-1 à L. 331-11 du code rural et de la pêche maritime ainsi que l'arrêté préfectoral du 24 décembre 2015 arrêtant le schéma directeur régional des exploitations agricoles du Limousin sur lesquels elle est fondée et dont la préfète a fait application, ainsi qu'il résulte également des termes du courrier de notification de l'arrêté contesté. Elle vise également les demandes d'autorisation d'exploiter présentées par Mme F ainsi que celle présentée par M. B et mentionne d'une part, l'erreur dans la procédure de l'instruction de la demande de Mme F, laquelle procédure n'a pas tenu compte de la concurrence avec M. B, preneur en place, d'autre part que la reprise des parcelles en cause par Mme F était de nature à compromettre la viabilité de l'exploitation de M. B. Ainsi la préfète a suffisamment motivé sa décision au regard des exigences de l'article R. 331-6 précité du code rural et de la pêche maritime.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime: " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. Ce contrôle a aussi pour objectifs de : 1° Consolider ou maintenir les exploitations afin de permettre à celles-ci d'atteindre ou de conserver une dimension économique viable au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles;() ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B exploite les terres en cause depuis 2012 sous bail à ferme. Il n'est d'ailleurs pas contesté qu'il exploite 22 hectares en élevage équin et que la décision d'autoriser Mme F à exploiter une châtaigneraie sur les 9, 69 hectares le priverait de 44% de la superficie totale qu'il exploite, notamment de la surface qu'il utilise pour les installations destinées à l'hébergement et l'entraînement des chevaux. Dans ces conditions, et alors que l'article 5 du schéma directeur régional fixe à 70ha/UTH le seuil de viabilité économique d'une exploitation, seuil dont au demeurant il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet de Mme F l'atteindrait, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime citées au point 7 que la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine a considéré, pour retirer à Mme F l'autorisation implicite qu'elle avait obtenue et lui refuser cette autorisation, que M. B était prioritaire pour l'obtention des terres en litige au vu des risques pesant sur la viabilité de son exploitation s'il ne pouvait plus exploiter ces terres.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Mme F doit être rejetée y compris les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er: L'intervention de M. B est admise.

Article 2:La requête de Mme F est rejetée.

Article 3:Le présent jugement sera notifié à Mme D F, à M. A B et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Une copie en sera adressée pour information à la préfète de la région Nouvelle-Aquitaine.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023 où siégeaient :

- M. Gensac, président,

- M. Martha, premier conseiller,

- M. Boschet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

F. C

Le président,

P. GENSAC

Le greffier,

G. JOURDAN-VIALLARD

La République mande et ordonne

au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

Pour expédition conforme

Pour le Greffier en Chef

Le Greffier

G. JOURDAN-VIALLARD

mf

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