mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100320 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ZIMBRIS-GOLLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 février 2021, 5 novembre 2021 et 27 janvier 2022, M. et Mme A D, représentés par Me Zimbris-Golleau, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017 en raison de l'imposition des salaires versés à M. D par la société NES GLOBAL TALENT IRAK ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'absence de mention du droit au recours hiérarchique sur la proposition de rectification constitue une erreur substantielle entachant la régularité de la procédure d'imposition ;
- n'entrant dans aucun des cas prévus à l'article 4 B du code général des impôts au titre des années 2016 et 2017, ils ne pouvaient être regardés comme résidents fiscaux français, sans qu'il y ait lieu d'appliquer les critères de la convention franco-espagnoles du 10 octobre 1995 ;
- en vertu de l'article 4 A du code général des impôts, ils étaient soumis à une obligation fiscale limitée aux revenus de source française, ce qui n'est pas le cas des salaires versés par la société NES GLOBAL TALENT IRAK imposés par l'administration fiscale.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2021, la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête comme non-fondée.
La directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne a produit un mémoire en défense en date du 18 novembre 2021 qui n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre la République française et le Royaume d'Espagne en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune signée le 10 octobre 1995 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Houssais, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Respectivement de nationalités anglaise et sud-africaine, M. et Mme D, installés dans leur maison sise chemin de Chemes à Montastruc (Hautes-Pyrénées) qu'ils mentionnaient comme leur domicile dans leurs déclarations de revenus souscrites en France, ont acquis, le 22 avril 2015, une nouvelle maison à San Roque, en C. Le 7 décembre 2015, ils ont vendu leur maison située à Montastruc. Au titre des années 2016 et 2017, les époux D ont continué à déposer des déclarations de revenus en France, sur lesquelles ils ont indiqué être domiciliés dans les appartements dans lesquels leur fils aîné majeur a été successivement logé à Limoges. Sur ces déclarations, les époux ont reporté les salaires versés à M. D par la société NES GLOBAL TALENT IRAK au titre des revenus exonérés en application de l'article 81 A du code général des impôts, pour des montants de 184 165 euros pour 2016 et de 186 438 euros pour 2017. Estimant que les conditions de cette exonération n'étaient pas remplies puisque cette société était établie en Irak, le pôle de contrôle des revenus du patrimoine de Limoges a adressé aux époux D une proposition de rectification du 1er février 2019 mentionnant des rehaussements de cotisations d'impôt sur le revenu en raison de la réintégration de ces salaires dans les bases imposables. Après mise en recouvrement de ces impositions supplémentaires, pour des montants de 51 949 euros au titre de l'année 2016 et de 50 951 euros au titre de l'année 2017, les époux D ont contesté ces rehaussements par une réclamation contentieuse du 12 octobre 2020 dans laquelle ils se sont prévalus de ce qu'ils ne pouvaient être regardés comme des résidents français au titre des années en cause. Leur réclamation ayant été expressément rejetée par une décision du 15 décembre 2020, ils demandent la décharge totale des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus. / Celles dont le domicile fiscal est situé hors de France sont passibles de cet impôt en raison de leurs seuls revenus de source française ". Selon l'article 4 B de ce code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal ; / b. Celles qui exercent en France une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elles ne justifient que cette activité y est exercée à titre accessoire ; () / c. Celles qui ont en France le centre de leurs intérêts économiques ".
3. Premièrement, pour l'application du paragraphe a du 1 de l'article 4 B du code général des impôts, le foyer s'entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux, sans qu'il soit tenu compte des séjours effectués temporairement ailleurs en raison des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles. Sauf circonstances particulières, le fait qu'un enfant majeur réside en France est étranger à la détermination du centre des intérêts familiaux des parents.
4. Il résulte de l'instruction que le domicile situé au 13 rue Camille See à Limoges que les époux D ont renseigné dans leur déclaration de revenus souscrite en France au titre de l'année 2016 correspondait à un logement de 40 m² avec une seule chambre, occupé en location par leur fils ainé majeur poursuivant ses études à Limoges, dont les caractéristiques et l'absence d'élément au dossier susceptible de démontrer qu'ils y aient effectivement résidé même de manière temporaire, rendent peu probable que les requérants y aient habités normalement pendant cette année. Il en est de même de l'appartement situé au 97 rue des Tuilières à Limoges déclaré comme domicile par les requérants au titre de l'année 2017, qu'ils ont acquis en septembre 2016, et dans lequel leur fils ainé majeur a vécu à compter du mois de janvier 2017 à la suite de divers travaux de rénovation, un voisin direct attestant notamment de ce que M. D n'a à sa connaissance rendu que très rarement visite à son fils à cette adresse. En outre, alors que cette circonstance est relative à une année antérieure à la période d'imposition litigieuse, il résulte de l'instruction qu'au titre de l'année 2015, l'appartement situé au 34 rue Georges Clemenceau à Lannemezan déclaré comme domicile par les requérants dans leur déclaration de revenu correspondait à un studio, qui a été occupé en location le week-end par leur fils cadet, alors âgé de 17 ans, qui suivait son année de terminale dans un lycée privé disposant d'un internat où il résidait en semaine, et pour lequel le contrat de bail a été résilié en septembre 2016 après que leur enfant ait eu son baccalauréat.
5. Par ailleurs, les époux D font valoir qu'à compter de la fin d'année 2015, ils ont emménagé dans la maison de 195 m² située à San Roque, en C, qu'ils ont acquis le 22 avril 2015 et dans laquelle ils habitaient alors normalement. Pour en justifier, les requérants produisent de nombreuses pièces probantes, notamment des extraits d'un compte bancaire ouvert à leur nom en C desquels il ressort qu'ils ont régulièrement engagé dans ce pays des dépenses courantes d'alimentation, d'eau, d'électricité, de téléphone, de santé, de loisirs, d'ameublement, tout au long des années 2016 et 2017, des justificatifs de souscription en C de contrats d'assurance-vie et d'assurance santé, des factures relatives à des travaux de rénovation et d'ameublement de leur nouvelle maison à San Roque, le carnet de santé de leur chien, des documents médicaux concernant des actes de soins en C ou encore des documents relatifs à un changement d'immatriculation de leur véhicule et à l'achat d'un second véhicule en C. Il résulte également de l'instruction que, depuis 2016, pour se rendre en Irak dans le cadre de son activité professionnelle, M. D prenait systématiquement des vols aller-retour au départ de l'Espagne.
6. Si le service se prévaut en particulier de ce que les requérants ont disposé de plusieurs comptes bancaires en France et ont été affiliés à la CPAM de la Haute-Vienne, ces circonstances ne sauraient, par elles-mêmes, et en l'absence notamment de tout élément relatifs aux mouvements en crédit ou en débit sur ces comptes bancaires et sur la nature et le nombre des prestations qui ont éventuellement été prises en charge par cette CPAM, suffire à considérer qu'ils auraient eu leur foyer en France en 2016 et en 2017.
7. Dans ces conditions, en dépit des mentions portées sur les déclarations qu'ils ont eux-mêmes souscrites en France, M. et Mme D, qui n'habitaient pas normalement en France mais en C, ne pouvaient, comme l'a fait l'administration fiscale, être regardés comme ayant eu leur foyer en France au titre des années 2016 et 2017.
8. En second lieu, alors qu'il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté en défense, qu'au titre des années 2016 et 2017, les requérants n'ont pas séjourné principalement en France, n'y ont pas exercé d'activité professionnelle et n'y avaient pas le centre de leurs intérêts économiques, il résulte de ce qui précède que les intéressés, d'une part, n'entraient dans aucun des cas prévus au 1. de l'article 4 B du code général des impôts et ne pouvaient donc être regardés comme ayant leur domicile fiscal en France et voir les salaires litigieux de source non française être assujettis à l'impôt sur le revenu en France, d'autre part, et par conséquent, sont fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils sont été assujettis au titre de ces deux années.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui est la partie perdante, une somme de 1 500 euros à verser aux époux D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: Les époux D sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017.
Article 2:L'Etat versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros aux époux D sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3:Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A D et à la directrice départementale des finances publiques de la Haute-Vienne
Délibéré après l'audience du 9 février 2023 où siégeaient :
- M. Gensac, président,
- M. Martha, premier conseiller,
- M. Boschet, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
Le rapporteur,
J.B. B
Le président,
P. GENSAC
Le greffier,
G. JOURDAN-VIALLARD
La République mande et ordonne
au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
Le Greffier
G. JOURDAN-VIALLARD
mf
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026