jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Limoges |
| Section | Tribunal Administratif de Limoges |
| N° Dossier | TA87-2100389 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS CHARTIER PREVOST -PLAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, respectivement enregistrés les 3 mars 2021, 27 septembre 2023, 19 octobre 2023 et 17 novembre 2023, Mme F D, épouse E et M. A G, représentés par Me Laurent, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner la commune de Guéret à verser à Mme D la somme de 20 000 euros en réparation du préjudice d'affection causé par la chute puis le décès subséquent de B G le 4 novembre 2016 ;
2°) de condamner la commune de Guéret à verser à M. G la somme de 8 000 euros en réparation du préjudice d'affection causé par la chute puis le décès subséquent de B G le 4 novembre 2016 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Guéret la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens éventuels.
Ils soutiennent que :
- leur enfant, B G a chuté du parcours acrobatique Acrolud, ouvrage public appartenant à la commune de Guéret ;
- la responsabilité de la commune de Guéret, propriétaire du parcours acrobatique, est engagée pour défaut d'aménagement de son ouvrage public dès lors qu'elle a méconnu les dispositions du décret n° 96-1136 du 18 décembre 1996 fixant les prescriptions de sécurité relatives aux aires collectives de jeux et qu'elle n'a pas établi de plan d'évaluation et de gestion des risques en application de la norme EN 15 567-1 (annexe D) :
' la seule installation d'un portillon, aisément franchissable, n'était pas de nature à empêcher l'accès au parcours acrobatique et son usage à titre individuel ; les autres aménagements en termes de sécurité étaient manifestement défaillants faute d'avoir été pensés en termes de prévention des risques potentiels d'utilisation ;
' les plateformes du parcours se situent à une hauteur de deux mètres au-dessus du sol ; les barres de renfort soutenant les poteaux sont sans protection ; le revêtement des zones sur lesquelles les enfants sont susceptibles de tomber ne sont pas revêtus des amortissants appropriés ; il s'agit d'un ancien terrain de tennis recouvert d'une surface dure de type goudron ;
' les anciens dispositifs de sécurité ont été abandonnés, le portillon d'accès n'était pas verrouillé, les agrès n'ont pas été partiellement démontés pour la période hivernale ; la fermeture de l'accès qui figurait parmi les mesures de sécurité à l'installation fait partie des mesures abandonnées par la commune ; la commune qui aurait dû remplacer le cadenas a commis une négligence ;
' l'énoncé des consignes de sécurité est insuffisant ; la ligne de vie n'est pas mentionnée par les pictogrammes ; le texte renvoie à un " équipement de protection individuelle " sans l'expliciter ; aucun pictogramme ou aucun texte ne signale que l'équipement ne peut être utilisé que sous la présence et la responsabilité d'un parent ;
' il était prévisible que des enfants de l'âge de la fille et sœur des requérants accèdent au parcours acrobatique non fermé en dehors de toute surveillance de la commune ou d'un adulte ; B G était âgée de 12 ans et 2 mois, était scolarisée en SEGPA et a fait l'objet d'un bilan orthophonique de la part du CMPP de Guéret qui avait constaté que, si elle comprenait assez bien ce qu'elle lisait, elle oubliait certains éléments ; elle n'était pas placée sous la responsabilité directe d'un adulte ; les témoignages des agents municipaux ne sont pas de nature à établir que B G avait déjà pratiqué ce parcours acrobatique et en maitrisait ainsi les règles ; la commune ne pouvait ignorer que le parcours acrobatique pouvait s'adresser à un public jeune, inexpérimenté et turbulent ;
- l'expertise judiciaire a respecté le principe du contradictoire ; le maire et les agents communaux ont été entendus et ont pu faire valoir leurs arguments ; la famille de la victime n'a été sollicitée que pour s'enquérir de l'état de santé de l'enfant ;
- la responsabilité sans faute de la commune de Guéret est également engagée en sa qualité d'exploitant du parcours acrobatique ;
- la causalité du décès de la victime avec sa chute du parcours acrobatique est clairement établie par les pièces médicales et le rapport d'autopsie ;
- ils sont fondés à réclamer en réparation des préjudices nés du décès de leur fille et sœur le 4 novembre 2016 l'octroi d'une somme de 20 000 euros à Mme D et de 8 000 euros à M. G en réparation de leur préjudice respectif d'affection.
Par des mémoires en défense enregistrés respectivement les 16 décembre 2021, 13 octobre 2023 et 2 novembre 2023, la commune de Guéret, représentée par Me Plas, conclut au rejet de la requête et demande que soit mis à la charge de Mme D et de M. G la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les règles de sécurité et les conditions d'utilisation du parcours avec des baudriers et la nécessaire présence d'animateurs ou d'éducateurs étaient clairement énoncées sur le parcours par des phrases et des pictogrammes ;
- la vérification de la structure est assurée par des éducateurs avant chaque utilisation ; la structure est réservée à un usage périscolaire et est encadrée par des éducateurs ;
- la victime a sciemment méconnu les prescriptions de sécurité dont elle avait parfaitement conscience ; il s'agit d'une désobéissance fautive de nature à exonérer purement et simplement la responsabilité de la commune ; il n'est pas établi par les requérants que la victime ne disposait pas de la capacité de comprendre les pictogrammes et les textes de sécurité ;
- les requérants s'appuient sur une expertise qui a été réalisée dans des conditions qui ne respectent pas le contradictoire et sur la seule présentation des faits allégués par la famille de la victime.
La clôture de l'instruction a été fixée au 20 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n° 96-1136 du 18 décembre 1996 fixant les prescriptions de sécurité relatives aux aires collectives de jeux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Siquier,
- les conclusions de Mme Benzaid, rapporteure publique,
- et les observations de Me Laurent, représentant les requérants, et Me Plas, représentant la commune de Guéret.
Considérant ce qui suit :
1. B G, fille de Mme D et sœur de M. G, âgée de 12 ans, s'est rendue avec une amie à la base de loisirs de Courtille (Guéret) le 1er novembre 2016. Les enfants ont grimpé sur le parcours acrobatique " ACROLUD ", propriété de la commune de Guéret. La jeune B a chuté d'une des plateformes du parcours acrobatique. Hospitalisée, elle est décédée le 4 novembre 2016. Par la présente requête, Mme D et M. G recherchent la responsabilité de la commune de Guéret afin d'obtenir réparation du préjudice d'affection qu'ils estiment que chacun d'entre eux a subi.
Sur le rapport d'expertise judiciaire du 30 août 2018 :
2. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier.
3. L'expertise menée par un expert judiciaire près de la cour d'appel de Paris a été ordonnée le 1er février 2016 par le procureur de la République du tribunal de grande instance de Guéret dans le cadre de l'enquête pénale ouverte pour homicide involontaire le 4 novembre 2016. Le contenu de cette expertise a été soumis au contradictoire. Cette expertise dont le dépôt du rapport est intervenu le 30 juin 2018, ne révèle pas d'audition des parents de la victime. Elle comprend un exposé de faits et de constats détaillés de l'installation dont a chuté la victime. Elle n'est entachée d'aucune irrégularité et peut valablement être prise en compte par le tribunal.
Sur la responsabilité de la commune :
4. Il appartient à la victime d'un dommage survenu à l'occasion de l'utilisation d'un ouvrage public d'apporter la preuve du lien de causalité entre l'ouvrage public dont elle était usager et le dommage dont elle se prévaut. La collectivité en charge de l'ouvrage public peut s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit de ce que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
5. Il résulte de l'instruction que la commune de Guéret a acquis un parcours acrobatique en hauteur installé au plan d'eau de Courtille. Cette structure aménagée et équipée pour être utilisée, de façon collective, par des enfants à des fins de jeux, est exploitée par la commune dans le cadre des activités périscolaires et des animations de vacances durant la période d'été. Il résulte du rapport d'expertise judiciaire ainsi que des témoignages recueillis lors de l'enquête judiciaire de l'accident que la structure est facilement accessible y compris pour des enfants en dehors des heures d'ouverture du parcours acrobatique en hauteur. Si une palissade et un portillon muni d'un cadenas ont été installés par la commune autour du seul escalier d'accès à la structure, ce dispositif est insuffisant dès lors que les plateformes du parcours se situent à 2 mètres du sol et qu'aucune procédure n'a été mise en place afin de vérifier la présence du cadenas, pourtant régulièrement cassé. En outre, le sol est constitué de béton et n'est revêtu d'aucun matériau amortissant, pas plus que les barres de la structure placées en dessous de la ligne de vie et des plateformes. Il résulte encore de l'instruction que les directeurs et responsables de service de la commune savaient que la structure était utilisée, hors de tout encadrement par les usagers du plan d'eau, y compris des enfants, qui ne pouvaient disposer d'équipement de sécurité individuel. Or, aucun dispositif particulier suffisamment dissuasif n'a été instauré afin d'empêcher l'accès au parcours acrobatique en hauteur en dehors des heures d'ouverture de la structure ni même pour prévenir la gravité des chutes hors la " mise en hivernage " à la fin de la saison d'été consistant au démontage de certains éléments de l'équipement afin d'empêcher l'accès aux plateformes. En outre, à la fin de l'été 2016, compte-tenu de la clémence de la météorologie, la commune a décidé de ne pas mettre en hivernage cet équipement avant la fin des vacances d'automne. Le 1er novembre 2016, le portillon était ainsi grand ouvert en l'absence de tout cadenas. L'ensemble de ces éléments caractérise ainsi un défaut d'entretien normal de l'installation. Il résulte encore de l'autopsie que le décès de la jeune B résulte des lésions cérébrales multiples, conséquences d'un traumatisme crânien, suite à une chute d'une grande hauteur, les témoins indiquant que lors de sa chute sa tête a heurté le sol ou l'une des barres de structure du parcours. Dans ces conditions, les requérants établissent le lien de causalité entre l'ouvrage public et le décès de la victime en sa qualité d'usager de l'ouvrage.
Sur la cause exonératoire :
6. Le comportement de la victime, alors qu'elle était âgée de 12 ans est constitutif d'une faute dès lors que les panneaux et les pictogrammes apposés par la commune sur le site étaient suffisants pour qu'elle comprenne l'interdiction d'utilisation de la structure en l'absence de tout équipement et de tout encadrement, ce qui n'est pas contredit par le bilan orthophonique de la jeune B produit par les requérants. Par suite, le non-respect de l'interdiction et des règles d'utilisation du parcours acrobatique en hauteur est de nature à atténuer la responsabilité encourue par la commune de Guéret. Dans ces conditions, il y a lieu de limiter la part de responsabilité incombant à cette collectivité à quatre-vingt-cinq pour cent des conséquences dommageables de l'accident.
Sur le préjudice :
7. En premier lieu, le décès de B G a nécessairement causé à sa mère, Mme D, un préjudice d'affection. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le chiffrant à la somme globale de 20 000 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu au point 6 du présent jugement, l'indemnité destinée à la réparer doit être fixée à 17 000 euros.
8. En second lieu, le décès de B G a nécessairement causé à son frère, M. G, un préjudice d'affection. Par suite, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le chiffrant à la somme globale de 8 000 euros. Compte-tenu du partage de responsabilité retenu au point 6 du présent jugement, l'indemnité destinée à la réparer doit être fixée à 6 800 euros.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Guéret une somme de 900 euros à verser respectivement à Mme D et à M. G en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 font obstacle à ce qu'une somme d'argent soit mise à la charge de Mme D et de M. G qui ne sont pas les parties perdantes.
D E C I D E :
Article 1er: La commune de Guéret versera à Mme D une somme totale de 17 000 (dix-sept mille) euros en réparation de son préjudice d'affection.
Article 2:La commune de Guéret versera à M. G une somme totale de 6 800 (six mille huit cents) euros en réparation de son préjudice d'affection.
Article 3:La commune versera respectivement à Mme D et à M. G la somme de 900 (neuf cents) euros chacun en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4:Les conclusions présentées par la commune de Guéret sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5:Le présent jugement sera notifié à Mme D F, épouse E, à M. A G et à la commune de Guéret.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024 où siégeaient :
- M. Normand, président,
- Mme Siquier, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
La rapporteure,
H. SIQUIER
Le président,
N. NORMAND
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne
à la préfète de la Creuse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Pour expédition conforme
Pour le Greffier en Chef
La Greffière
M. C
if
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026